mardi 30 juin 2026

Retour sur le 1er semestre 2026












À mi-parcours de l'année, voici un rapide retour sur les billets publiés en 2026. S'il fallait résumer ces six premiers mois en une phrase, ce serait celle-ci : l'intelligence artificielle s'est installée durablement dans ce blog, sans jamais en évincer la question qui lui est plus ancienne et qui demeure centrale, celle de la posture du tuteur. 

Janvier :  L'année a commencé par deux billets de fond

Les fondements théoriques du tutorat à distance a rassemblé dans un tableau synthétique les principaux cadres théoriques qui sous-tendent les pratiques tutorales. Deux billets qui ont planté le décor conceptuel sur lequel la suite de l'année allait s'appuyer. 

Outil d'aide à la décision en cobotique du tutorat à distance a proposé une grille pour déterminer quelles interventions tutorales peuvent être confiées à l'IA, lesquelles nécessitent une coordination entre IA et tuteur humain, et lesquelles doivent rester pleinement humaines. 

Février : la vie de la communauté 

Le 5 février, billet d'annonce de la parution du numéro 17 de Tutorales, fidèle à son ambition de faire dialoguer praticiens et chercheurs sur le tutorat à distance. 

Mai : le mois IATUTEUR 

Mai a été le mois le plus dense, entièrement consacré à l'outil IATUTEUR (aussi appelé DynaMentor), conçu par Jacques Baratti. DynaMentor, Assistance globale sur le tutorat.

Quand l'IA devient partenaire du tuteur a ouvert la série en présentant l'outil et la notion de cobotique tutorale dans laquelle il s'inscrit. 

De la résistance à l'engagement a suivi avec la reproduction d'une simulation de tutorat face à un apprenant démotivé, Pierre, et son débriefing, prolongé par un échange substantiel sur la différence entre forme et fond de l'empathie, et sur les limites de la sur-validation des IA. 

Webinaire IATUTEUR a annoncé une présentation publique de l'outil. 

Le mois s'est refermé sur Repenser la formation des tuteurs avec IATUTEUR, un article plus académique articulant l'outil avec le modèle de formation en sept étapes de Brigitte Denis et la notion de communauté de pratiques. 

Juin : retour aux outils institutionnels

Le 19 juin, billet de présentation de l'outil "La Forge du tuteur IA" de l'UNIL permettant de paramétrer un tuteur IA pédagogique selon 25 dimensions, avec un test concret mené à partir d'un cas de découragement d'apprenant. 

Le 27 juin, Canicule : pourquoi le tutorat à distance devrait enfin s'élever au niveau d'excellence de la communication gouvernementale a clos ce premier semestre sur un ton inhabituel, celui de l'éloge ironique des conseils creux.

samedi 27 juin 2026

Canicule : pourquoi le tutorat à distance devrait enfin s'élever au niveau d'excellence de la communication gouvernementale













Petit éloge, à prendre avec toutes les pincettes qui s'imposent, de l'art de ne rien dire tout en ayant l'air profondément concerné. Généré par Claude

Chaque été, dès que le mercure ose dépasser les 30 degrés, l'État français accomplit l'un des actes de bravoure intellectuelle les plus sous-estimés de notre époque : il informe solennellement la population qu'il fait chaud. Mieux encore : qu'on peut transpirer. Mieux encore : que l'eau, contre toute attente scientifique, hydrate. Certains esprits chagrins osent y voir une absence totale d'effort intellectuel. Ces esprits chagrins n'ont rien compris à la grandeur de la chose. Il s'agit ni plus ni moins d'un chef-d'œuvre de gestion de crise, et il est proprement scandaleux que le secteur du tutorat à distance n'ait pas encore eu l'humilité de s'en inspirer. 

L'évidence : la seule vérité qui ne se discute jamais 

Le génie absolu du conseil gouvernemental tient à une propriété mathématique rarement célébrée : un énoncé vide de contenu est, par définition, irréfutable. « Buvez de l'eau » n'a jamais été contredit par aucun comité d'experts, aucune étude, aucun fact-checker, aucune intelligence artificielle, fût-elle dotée de superpouvoirs analytiques. C'est une forteresse rhétorique imprenable, taillée dans le roc de la banalité la plus pure.  

Le tuteur à distance possède le même filon sous les pieds depuis toujours, et il serait coupable de ne pas l'exploiter avec la même audace. Conclure une session par « pensez à faire des pauses si vous avez chaud » n'aidera vraisemblablement pas plus l'apprenant qu'un calendrier des marées, mais cela présente l'avantage colossal de ne jamais pouvoir se retourner contre son auteur. On pourrait même décerner une médaille à ce type de phrase : la médaille du Conseil Zéro Risque, frappée à l'effigie d'un verre d'eau. 

La sollicitude en kit, sans montage requis 

Autre merveille de ce système : il permet de simuler l'attention sans en supporter le coût. Un tuteur qui glisse, d'un air grave, « n'oubliez pas de vous hydrater », adopte instantanément la posture du mentor bienveillant qui veille sur ses ouailles — alors qu'il vient, en réalité, de réciter une phrase que l'apprenant connaissait avant même de savoir lire. C'est un rendement que la finance la plus spéculative n'oserait rêver : zéro investissement, capital sympathie au plafond. 

On objectera, mesquinement, qu'un tel conseil n'apporte strictement rien à l'apprentissage. C'est vrai, et c'est même tout l'intérêt de la démarche : il ne s'agit pas d'aider, il s'agit de paraître aider, ce qui, dans l'art subtil de la communication moderne, constitue un objectif nettement plus noble et infiniment plus facile à atteindre. 

Vers une doctrine officielle du conseil creux et increvable 

On peut donc rêver, sans le moindre effort d'imagination, d'un référentiel commun, validé en haut lieu, à l'usage de tout tuteur en quête de respectabilité climatique : 

  • « Pensez à boire de l'eau régulièrement. » — l'arme nucléaire de la banalité, efficace en toute saison, recyclable jusqu'à la fin des temps. 
  • « Travaillez dans un endroit frais et aéré. » — sous-entend, sans le moindre diplôme, une maîtrise totale de la thermodynamique du bâtiment. 
  • « Faites des pauses si vous en ressentez le besoin. » — transfère intégralement la responsabilité à l'apprenant, ce qui est toujours, en gestion des risques, du temps gagné. 
  • « N'hésitez pas à reporter la session si la chaleur est trop forte. » — formule généreuse qui, par un heureux hasard, arrange surtout l'emploi du temps du tuteur. 
Appliqué avec la constance et le sérieux qu'il mérite, ce protocole permet de traverser des semaines entières de canicule en donnant l'image parfaite de quelqu'un qui s'investit, sans jamais avoir eu à modifier un seul exercice, raccourcir une seule séance, ni dépenser une seule once d'énergie pédagogique réelle. On appellera cela, faute de mieux, l'excellence sans effort. 

En guise de conclusion, qu'on se gardera bien de prendre au sérieux 

Loin de nous l'idée saugrenue de prétendre que ces conseils sont inutiles : ils ne le sont pas plus que ceux émis par les services compétents de l'État, et c'est précisément ce qui devrait nous alarmer. Si la puissance publique, avec ses cellules de crise, ses experts et ses budgets, juge qu'un rappel sur l'hydratation suffit à répondre à une canicule, on comprend mal au nom de quel excès de zèle un tuteur isolé, devant son ordinateur, devrait viser plus haut. Il restera, hélas pour la cohérence de cet article, une hypothèse beaucoup moins amusante : que les conseils du tout premier message de cette conversation méritaient d'être suivis non pas parce qu'ils étaient spectaculaires, mais précisément parce qu'ils étaient simples, et donc faciles à appliquer pour de vrai. L'évidence a ce défaut irritant de rarement avoir tort.

vendredi 19 juin 2026

La Forge du tuteur IA

 











Présentation

La Forge du Tuteur IA est un outil de l’UNIL qui aide à concevoir un tuteur IA pédagogique en paramétrant un « jumeau numérique » selon 25 dimensions. Il vise à guider les enseignants dans la création de tuteurs adaptés à leurs cours et à leurs étudiants. 

L’idée centrale est d’aider à passer d’un usage générique de l’IA à un tuteur construit sur des bases pédagogiques plus solides. L’outil pose des questions qui orientent la conception du tuteur, plutôt que de laisser l’utilisateur improviser un prompt vague. 

La présentation de l’UNIL indique aussi que l’outil s’inscrit dans une logique de configuration fine, avec un paramétrage en 25 dimensions. Pour un formateur, un enseignant ou une équipe pédagogique, l’intérêt est de mieux aligner l’IA sur des objectifs d’apprentissage précis. Cela peut aider à éviter un tuteur trop approximatif, qui donnerait de mauvaises informations ou affaiblirait l’esprit critique. 


Mon test

Après avoir paramétré les 25 dimensions et obtenu un métaprompt de 9000 caractères, j'ai collé celui-ci dans Claude et lui ai demandé de traité le cas suivant : Un étudiant fait part de son découragement et pense abandonner la formation. Claude m'a proposé d'ajouter d'autres éléments au métaprompt pour fournir sa réponse. Le résultant est tout à fait intéressant. C'est ici https://claude.ai/share/4296bde1-fe28-441c-a6cd-221191529342

Commentaire

La Forge du Tuteur IA de l’UNIL constitue une initiative particulièrement stimulante pour penser l’accompagnement des apprenants à l’heure des agents conversationnels. Elle rappelle utilement qu’un tuteur, qu’il soit humain ou artificiel, ne se réduit pas à distribuer des réponses : il doit organiser une relation d’aide, soutenir l’autonomie, prévenir l’abandon et s’ajuster aux besoins réels des personnes accompagnées. 

Ce qui me paraît fécond dans cette démarche, c’est l’effort de formalisation. L’ingénierie tutorale consiste à définir les besoins d’aide, concevoir les interventions, préciser leurs modalités, puis en évaluer les effets ; or un outil comme celui de l’UNIL peut aider à rendre ces dimensions explicites plutôt que de les laisser dans l’implicite ou l’improvisation. 

Pour autant, la vigilance reste de mise. Un tuteur IA mal configuré peut produire des réponses approximatives, voire encourager une dépendance peu formatrice ; il doit donc être pensé comme un appui à la médiation pédagogique, et non comme un substitut au discernement du tuteur humain ni à la qualité de la relation tutorale. En ce sens, la Forge du Tuteur va dans la bonne direction : elle invite les praticiens à articuler technologie, intention pédagogique et responsabilité humaine. 

C’est précisément là que se joue, me semble-t-il, l’avenir du tutorat à distance et de son ingénierie L’approche est donc moins “outil magique” que cadre de conception pour construire un assistant réellement utile en contexte de formation.