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mercredi 9 décembre 2020

A propos de la problématisation du tutorat à distance














Le dernier numéro de "L'interlettre Chemin Faisant du Réseau Intelligence de la complexité - MCX - APC" est largement consacré à la notion de « problématisation ». 

Dans son éditorial intitulé «Problématiser, c’est d’abord modéliser en responsabilisant le modélisateur» Jean-Louis Lemoigne attire notre attention sur l’impasse qui serait celle de ne confier qu’à des machines et autre intelligences artificielles la résolution des problèmes tout en évacuant la dimension humaine et forcément complexe de la construction des réponses qui ne peuvent être que contextualisées et transitoires. Lisons-le : 

«N’est-ce pas cette volonté réfléchie de maintenir ouvert ‘le bon usage de la raison dans les affaires humaines’ s’attachant à la fois à ‘faire pour comprendre en même temps qu’à ‘comprendre pour faire’ qui incite aujourd’hui à questionner les méthodes et recettes de type algorithmique automatisant les ‘résolutions de problème’ devant conduire aux présumées ‘meilleures décisions’ ? Chacun sait d’expérience que l’application de procédures automatisées dont on ne connait ni ne comprend l’organisation (conçue par un par un tiers ignorant des multiples spécificités des contextes et que l’on ne peut joindre), ne fait pas d’elle une connaissance légitimant la résolution : Les décisions de type bureaucratique ignorent en général la diversité des problématisations pouvant être considérées et ne sollicitent pas l’intelligence de la complexité du contexte perçu par les acteurs en situation.» 

Les lecteurs les plus assidus de ce blog ont pu constater que plusieurs de mes derniers billets proposent certaines modélisations du tutorat à distance et de son ingénierie et plus modestement du digital learning. D’autres sont consacrés au recours à l’intelligence artificielle et à ce que pourrait être une «cobotique tutorale». L’interpellation de Le Moigne m’amène donc à réfléchir à ma responsabilisation en tant que créateur de modèles et ce d’autant plus que l’accompagnement des apprenants à distance, devenant un thème d’actualité pressante au regard de la crise sanitaire de la Covid19, un plus grand nombre de personnes découvrent ce blog. 

Pour ma part, les leviers de la responsabilisation, je les puise dans une pratique réflexive de mes actions tant la métacognition est puissante à m'aider à déterminer qui j’ai été, ce que je suis et ce que je peux devenir. Il est vrai que, depuis plusieurs mois d’activité intense, tant la nécessité fait loi, et que cela s’est particulièrement révélé vrai durant ces périodes de confinement amenant un développement jamais vu de la formation à distance, j’ai peu accordé de temps à l’introspection. L’arrivée prochaine de la pause de fin d’année et les résolutions à prendre pour celle qui vient seront donc peut-être propices à ce temps de retour sur ma responsabilisation comme auteur du tutorat à distance. 

L’éditorial de Le Moigne m’a également interpellé sur l’usage de l’intelligence artificielle dans le tutorat à distance. Lors d’un récent webinaire, j’ai eu l’occasion de voir présenté, rapidement, un algorithme permettant de prédire les abandons d’apprenants engagés dans une formation à distance. Développé au sein de la communauté Moodle, il sera prochainement disponible et j’espère pouvoir bientôt le tester au sein d’un cours universitaire. Toutefois, il apparaît que les indicateurs choisis par les concepteurs de cet algorithme ne soient ni accessibles ni modifiables par l’enseignant-tuteur que je suis. Bien évidemment, je sais, pour connaître une des personnes ayant collaboré à la conception de cet algorithme, que les auteurs ne sont pas des ignorants des raisons multiples qui poussent un apprenant à distance à abandonner et que d’autre part, la prédiction ne pourra que s’améliorer selon les principes du big data et du machine learning, et qu’enfin, il ne s’agit pas de déresponsabiliser les tuteurs par la réalisation d’actions prédéterminées par la machine mais que ceux-ci resteront les juges des actions à mener envers les apprenants. 

Pour autant, l’absence de dialogue entre les concepteurs des algorithmes et les personnes qui sont sensées les utiliser, me semble significative d’une distance à parcourir. J’espère qu’elle le sera davantage que lorsqu’au début des années 2000, j’interpellais les éditeurs de LMS pour qu’ils instrumentent mieux le travail des tuteurs à distance, et lorsque, plus récemment, j'ai eu un début de dialogue, au point mort à l’heure actuelle, avec des spécialistes français d’xAPI afin d’expérimenter le potentiel de ce standard pour garder mémoire de la relation tutorale. 

En cette fin d’année, horribilis, et à l’aube de la nouvelle, la responsabilisation de chacun et plus particulièrement des modélisateurs, revêt une importance et une urgence certaines tant comme l’a constamment souligné Edgar Morin, tout au long de son œuvre et plus particulièrement dans « La connaissance de la connaissance » (Tome 3 de la Méthode) : «Toute connaissance acquise sur la connaissance devient un moyen de connaissance éclairant la connaissance qui a permis de l’acquérir».

lundi 16 novembre 2009

Chronique de Philippe Inowlocki : All things in moderation


Pour faire suite à notre projet d'identifier des réseaux d'acteurs et des institutions de tradition anglo-saxonne pour la formation ouverte et à distance, il nous a semblé intéressant de présenter la communauté de recherche sur le tutorat et l'apprentissage collaboratif en lien avec les travaux du Professeur Gilly Salmon.


Son ouvrage "e-moderating, the key to teaching and learning online" publié en seconde édition en 2004 est cité 1701 fois dans les revues scientifiques indéxées par Google Scholar ! Nous pouvons identifier là, un réseau large de recherche, faisant émerger un certain nombre de définitions de consensus sur les concepts et les pratiques du tutorat en formation à distance (Open University, Elearning-Europa...).

Cette communauté de scientifiques et de praticiens est décrite sur le portail "all things in moderation", (En toutes choses avec modération), que la chercheuse a mis en place pour la promotion de son offre de services commerciale. Le site présente des chercheurs ayant des collaborations régulières, des communautés de pratiques sur le e-learning et des ressources en ligne comme par exemple des bases pour l'indexation d'articles de revues académiques.

Le Dr Gilly Salmon est professeure de E-learning et de technologies de l'apprentissage depuis 2004 à l 'Université Nationale de Leicester au Royaume-Uni dans le centre du pays. Elle a obtenu le titre de Teaching Fellow en 2006 pour la qualité de son enseignement. Elle est aujourd'hui responsable du " Beyond Distance Research Alliance", réseau national et international de chercheurs en technologies éducatives. Elle a mis en place le "Media Zoo", un espace documentaire physique et virtuel pour la diffusion de ressources et des pratiques de e-learning auprès de l'université et de son réseau.

Les concepts du e-moderating

Quels sont donc les concepts dans l'approche de G. Salmon et ses collègues qui interviennent dans la définition de la collaboration en ligne pour l'apprentissage identifiables par le terme "e-moderating" ?

Nous l'avons vu dans un billet précédent, la notion de tutorat en formation à distance est décrite par différents concepts dans les travaux de tradition anglo-saxonne en fonction des réalités qu'ils désignent, G.Salmon décrit aussi bien le processus de "e-moderating" que la fonction tutorale dans les dispositifs de formation à distance, le "e-moderator".

L'encyclopédie des technologies éducatives du TECFA de Genève en Suisse sur son Wiki propose une série de définitions qui permettent de discriminer les concepts employés dans la littérature :
  • E-moderation : concerne le processus de gestion de la communication avec les autres en ligne (Coghlan, 2001).
  • Dans le contexte du e-learning Seufert et Euler (2005) distinguent entre e-tutoring, e-moderation et e-coaching,
  • E-tutoring fait référence à l'aide auprès des étudiants pour la réalisation des exercices, en particulier, dans le contexte de l'enseignement en ligne l'e-moderation fait référence à l'organisation de travaux de groupes en ligne,
  • tandis que le e-coaching ferait référence au soutien des étudiants dans une perspective de tâches de gestion de projets.
Gilly Salmon a décrit de longue date un modèle en 5 étapes qui éclairent les processus de groupes préalables à la collaboration dans les apprentissages. Le modèle est également un guide pour planifier et scénariser les interventions tutorales du dispositif.

Le Cegep à distance , établissement d'enseignement au Québec propose en français une appréhension concrète de ces étapes, en simulant par des exemples la trentaine d'interactions de communication et d'activités pédagogiques dans les forums décrits par le modèle.

Modèle en 5 phases de la mise en place de la collaboration et du tutorat,
avec type d'interactions d'après Salmon 2000
- clic sur le tableau pour l'agrandir -


Nous n'entreprendrons pas ici la discussion sur la pertinence de ce modèle mais nous pouvons observer les éléments suivant :
  1. Il s'agit d'un modèle à la fois descriptif de processus psychosociologiques et prescriptif d'une ingénierie tutorale pour mettre en place de l'apprentissage collaboratif,
  2. le modèle est un guide pour la formation des tuteurs en formation à distance aussi bien qu'un support pour scénariser des activités pédagogiques,
  3. les étapes supposent le développement concomitant de compétences à la fois sociales et technologiques de la part des tuteurs et des apprenants,
  4. Le modèle en phases met l'accent sur les modes d'intervention du tuteur , cognitifs, socio-affectifs, motivationnels, métacognitifs dans sa relation avec les apprenants pour chacune des phases.
Nous avons pu observer tout au long de l'exploration des réseaux de chercheurs et de publication que ce type d'approche empirique à la fois orienté pour la recherche et pour l'ingénierie rassemble un grand nombre d'acteurs de la formation ouverte et à distance en Europe, en Australie et aux États-Unis .

Enfin, il semble proposer un niveau de théorisation réunissant à la fois "du "concept" et du "vécu" permettant de s'abstraire du terrain et de la situation rencontrée, tout en y retrouvant des phénomènes observés par les enseignants et les tuteurs. Ce niveau explique certainement son succès également auprès des enseignants, des formateurs et des tuteurs confrontés à des questions de scénarisation et d'ingénierie, en particulier pour l'évaluation de la qualité des dispositifs.

Références

Chapitre 16 : "The collaboration Principle in Multimedia Learning" in Mayer R. E. (Ed.), The Cambridge handbook of multimedia Learning, Cambridge, Cambridge UP, 2006.

Site ressource de G. salmon : In all things Moderation http://www.atimod.com/index.shtml

Animation interactive en anglais présentant le phasage du tutorat dans les activités collaboratives selon G. Salmon http://www.atimod.com/e-moderating/fivestepflash.htm

Illustration de Chantal Dumont et Christophe Jeunesse, Une pédagogie pour susciter l’apprentissage collaboratif en ligne, Revue permanente en ligne des utilisateurs des Technologies de l'Information et de la Communication, 2004


Derniers Livres publiés

A Map of the e-Territory (due for publication in 2007 by Routledge, London)

Jaques D. and Salmon, G. ‘Learning in Groups, in on and offline environments’ London: Taylor and Francis – publication date 27th December 2006 www.learningingroups.com

Salmon, G. (2000 & 2004) E-moderating: the key to teaching and learning online, London: Taylor and Francis www.e-moderating.com

Salmon, G. (2002) E-tivities: the key to active online learning, London Taylor and Francis www.e-tivities.com

vendredi 19 juin 2009

Exemple de système tutoral. Par Jacques Rodet


Lors de la conférence que j'ai donnée à l'occasion des 4e rencontres du e-learning et de la formation mixte, j'ai abordé la question du dimensionnement des systèmes tutoraux.


Je reproduis ci-dessous une des illustrations sur lesquelles je me suis appuyé. J'y distingue différents espaces (module, formation et institution) et indique pour chacun les ressources tutorales qui peuvent être à la disposition de l'apprenant située en position centrale.



Clic sur l'image pour l'agrandir


jeudi 10 avril 2008

A propos des modèles d'exercice des fonctions tutorales de Viviane Glikman. Pour des systèmes tutoraux diversifiés. Par Jacques Rodet

Dans son article « Quels modèles d'exercices de la fonction tutorale à distance pour quels types d'apprenants ? », Viviane Glikman présente quatre modèles : « fonctionnel » ; « affectif » ; « pédagogique » ; « holistique ».

Ces modèles sont définis à partir de différents éléments tels que le(s) plan(s) de support à l'apprentissage privilégiés, le statut du tuteur au sein de l'institution, le niveau d'implication du tuteur dans ses fonctions, la modalité d'intervention (proactive ou réactive), le type de communication entre le tuteur et le(s) apprenant(s), le rapprochement de la démarche tutorale à un modèle pédagogique.

Glikman examine également à quels types d'apprenants, ces modèles sont les mieux adaptés. Pour cela, elle s'appuie sur la typologie des apprenants qu'elle avait proposée dans un article précédent « Apprenants et tuteurs : une approche européenne des médiations humaines » (Education permanente. 2002 , no 152.). Ceci l'amène à constater que « En tout état de cause, on peut d’ores et déjà, à partir de cette première approche, exclure l’existence d’un "bon modèle", normalisable, d’exercice de la fonction tutorale. »

L'application d'un de ces modèles, dans un dispositif de formation, apparaît être davantage attachée à la volonté institutionnelle de l'organisme dispensateur de la formation qu'à la prise en compte individualisée des besoins de support des apprenants ou même à celle des compétences et préférences d'exercice de leurs fonctions par les tuteurs puisque « Il n’est, d’ailleurs, pas rare de constater qu’un même tuteur exerçant dans plusieurs institutions est conduit à incarner dans chacune d’elle un modèle différent. »

Comme par ailleurs, il a été constaté au cours de cette recherche que l'adoption d'un modèle était, sauf exception, exclusive de la mise en oeuvre des autres modèles, Glikman tire pertinemment la conclusion suivante : « Il en résulte que beaucoup d’apprenants ne rencontrent pas, dans une institution donnée, le modèle tutoral correspondant à leurs besoins, ce qui a des conséquences non négligeables sur la poursuite de leurs études. »

C'est pourquoi Glikman formule quelques propositions qui seraient susceptibles d'améliorer cette situation. « Des stratégies pour traiter ce problème peuvent consister, selon les possibilités et les contraintes locales, à renforcer la formation des tuteurs (très souvent insuffisante, sinon même inexistante), notamment en insistant sur la nécessaire vigilance quant aux caractéristiques des apprenants qu’ils doivent accompagner, ou à distribuer la charge tutorale entre des tuteurs aux missions différenciées en fonction de leurs conceptions pédagogiques et de leurs compétences, ou encore à créer des équipes tutorales échangeant sur leurs pratiques, prenant en charge collectivement certains apprenants ou se les répartissant selon les compatibilités entre les besoins de ces derniers et les modèles privilégiés par leurs différents membres. »

Si je rejoins Viviane Glikman lorsqu'elle pointe la « fausse évidence qui tendrait à regarder le modèle ''holistique et personnalisé'' comme le modèle idéal », il me semble qu'il peut néanmoins être considéré un peu à la manière de la démocratie, comme n'étant pas le meilleur mais le moins pire des systèmes. J'en veux pour preuve que dans le tableau de Glikman qui résume les pratiques tutorales correspondant aux quatre modèles, c'est bien le modèle « holistique et personnalisé » qui permet de recouvrir le spectre le plus large des fonctions tutorales.

Je me demande également si ce n'est pas le caractère prédominant de la proactivité plutôt que les autres caractéristiques de ce modèle qui le rendent inadapté aux apprenants « déterminés » et « indépendants ». Ne faudrait-il donc pas jouer plus subtilement de cette proactivité, voire, lui préférer la réactivité pour ces profils d'apprenants ?

De manière plus pragmatique, il est certain que les « indépendants » et les « déterminés » sont bien moins nombreux que les « désarmés », les « hésitants » et tous les autres types d'apprenants pour lesquels le modèle « holistique et personnalisé » est adapté. Adopter ce modèle d'exercice de la fonction tutorale pourrait donc constituer un pari gagnant.

Mais, il est possible aussi de considérer ce modèle comme non idéal pour d'autres raisons. Il nécessite des tuteurs aux compétences plus larges que pour les autres modèles et sa mise en place nécessiterait des engagements, y-compris financiers, plus lourds pour l'institution. Ces tuteurs devraient également être mieux formés et il est vrai qu'en l'absence de filière de formation initiale et diplômante pour l'exercice du métier de tuteur, la formation de ceux-ci relèvent de la formation continue et reste donc très largement à la charge des employeurs. Le récent conflit des tuteurs de la Téluq a bien montré que la reconnaissance de l'identité professionnelle des tuteurs passait par une augmentation des rémunérations. Mais toujours dans le cadre de ce conflit, il est apparu que des coûts symboliques pouvaient également impacter une démarche tutorale ambitieuse. Ainsi, des réactions pour le moins ambivalentes de professeurs à l'égard des tuteurs de la Téluq, certains se sentant dépossédés de leur spécificité professionnelle. Réaction assez classique, du moins bien décrite par les sociologues des professions, qui veut que tout groupe de professionnels se définisse, entre autres, par sa capacité à filtrer l'accès à la profession.

Glikman nous montre que c'est bien l'institution qui décide du modèle qui sera en vigueur. Si celle-ci reste centrée sur ses seuls intérêts, il y a de forte chances pour que le modèle choisi soit le modèle « fonctionnel » assez économique et facile à mettre en oeuvre puisqu'il réclame des apprenants préalablement autonomes auxquels il est offert un support essentiellement didactique et réactif. N'est-ce pas ce que nous pouvons constater aujourd'hui dans de nombreuses institutions ?

Si maintenant, nous essayons de nous mettre à la place des apprenants dans toute leur diversité, il va de soi que la suggestion de Glikman visant à ce que les institutions « diversifient leurs modèles tutoraux de façon à satisfaire un plus grand nombre d’apprenants » est de loin préférable à l'autre hypothèse qui serait de sélectionner à l'entrée les apprenants en fonction de la compatibilité de leurs profil d'apprenant avec le modèle d'exercice des fonctions tutorales adopté par l'institution.

Faire cohabiter une variété de modèles, n'est-ce pas là, un autre idéal ? Certainement, mais il vaut la peine d'être poursuivi !

Les modèles « affectif » et « pédagogique » pouvant être considérés, à mon sens, comme des sous ensembles du modèle « holistique et personnalisé », deux stratégies sont envisageables. Soit introduire à côté du modèle « fonctionnel », le modèle « affectif », puis le modèle « pédagogique » puis le modèle « holistique et personnalisé ». Cette méthode risque d'être longue et ne répondra donc que tardivement aux besoins des « désarmés » et des « hésitants ». Soit introduire directement à côté du modèle « fonctionnel », le modèle « holistique et personnalisé » en remettant en question le caractère fortement proactif des interventions tutorales induit par ce modèle lorsqu'il s'agit d'accompagner les « déterminés » et les « marginaux » pour qui le modèle « pédagogique » est plus adapté.

Ainsi, si le modèle « holistique et personnalisé » n'est pas un modèle idéal d'exercice des fonctions tutorales, sa mise en oeuvre, pour beaucoup d'institutions, contribuerait de manière réelle, à la diversification des modèles utilisés qui, elle, est le véritable idéal tutoral à poursuivre pour la satisfaction de tous les apprenants.

Un autre aspect important du texte de Glikman tient aux statuts et positions professionnelles des personnes qui exercent des fonctions tutorales. Lors de l'enquête réalisée en Allemagne, en Angleterre et en France, les personnes qui ont été repérées comme ayant des fonctions tutorales n'étaient pas toutes des tuteurs mais également des enseignants, des formateurs, des personnels administratifs, des conseillers, etc.

Cette implication, pour l'atteinte d'un objectif commun, de personnes ayant des profils professionnels divers, étant attachées à des services différents, est caractéristique des démarches globales impactant les organisations telle que la démarche qualité. Le service aux apprenants relèverait donc d'une ingénierie impactant le plus grand nombre des salariés de l'institution, du moins, tous ceux qui, à un titre ou à un autre, sont à un moment donné en relation avec les apprenants. Il s'agit bien là d'une autre diversification, celle des « personnes tutrices », à côté de celle des modèles d'exercice des fonctions tutorales. C'est en quelque sorte de cela dont il est question lorsque Glikman évoque la distribution de « la charge tutorale entre des tuteurs aux missions différenciées » et la « création d'équipes tutorales échangeant sur leurs pratiques, prenant en charge collectivement certains apprenants ou se les répartissant selon les compatibilités entre les besoins de ces derniers et les modèles privilégiés par leurs différents membres.».

Ces deux diversifications fonctionnent sur la spécialisation du support à l'apprenant, tant en fonction de ce qu'il est, lui, et de ses besoins, que de celle des compétences des « personnes tutrices » sur tel ou tel plan de support à l'apprentissage*. L'apprenant n'étant qu'une seule et même personne, ces spécialisations devraient forcément être coordonnées au sein d'un système tutoral, spécifiant les rôles et les périmètres de chacun des acteurs et qui en organiserait la saine économie.

Ceci me paraît effectivement une piste, en particulier pour les entreprises qui, pour différentes raisons, sont moins susceptibles que l'université, de fonctionner de manière itérative et expérimentale et qui par ailleurs possèdent un savoir-faire en ingénierie et mise en oeuvre de démarches globales en leur sein.

Il existe pourtant une autre diversification possible du support à l'apprenant qui ne fonctionne plus sur la spécialisation mais sur l'offre multiple et la redondance du service qui permet à l'apprenant de choisir le type d'encadrement et la personne-ressource qu'il souhaite solliciter à un moment donné**. L'intérêt de cette formule est de ne pas enfermer l'apprenant dans un profil, une fois pour toutes, mais au contraire de lui permettre de se révéler autre au long de son parcours de formation. Cette démarche est celle qui prévaut, par exemple, au programme FAD de la Téluq, où chaque apprenant peut bénéficier de différents types d'encadrement (encadrement-programme, encadrement-cours, encadrement par les pairs). Dans cette perspective, la coordination des personnes-ressources de l'apprenant n'existe pas réellement, voire est refusée (cf. Rodet (2004) L'encadrement par les pairs est-il concurrent de l'encadrement-cours ?) afin de préserver la liberté de l'apprenant. Si cette démarche se revendique d'une approche socioconstructiviste et est donc un exemple du choix du modèle « holistique et personnalisé », l'encadrement-cours peut tout à fait prendre une orientation plus fonctionnelle au gré du besoin de l'apprenant.

En guise de conclusion, il apparaît que les modèles proposés par Glikman sont de précieux outils venant s'ajouter à sa typologie des apprenants, permettant de penser les fonctions tutorales et leur organisation.

Pour ma part, j'ai tendance à réorganiser ces quatre modèles en deux ensembles. Le premier est constitué du modèle « fonctionnel » que j'appelle «Approche tutorale académique » et le second, «Approche tutorale active » qui regroupe les trois autres modèles de Glikman à deux niveaux différents, le modèle « holistique et personnalisé » contenant les modèles « affectif » et « pédagogique ». La co-existence de ces deux ensembles en un seul système tutoral devrait permettre à une institution dispensant des formations à distance de rejoindre tous ses apprenants dans leurs besoins de support à l'apprentissage.


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* Il est à noter que ces spécialisations peuvent aller à l'encontre de l'émergence d'une identité et de la reconnaissance professionnelle des tuteurs dont la professionnalité réside dans la capacité à agir simultanément sur tous les plans de support, pour tous les types d'apprenants. A contrario, il est également vrai que l'exigence de compétence disciplinaire enferme les tuteurs dans des champs d'actions étroits qui les condamnent à exercer leurs fonctions tutorales comme une activité professionnelle annexe. Alors qu'il est demandé aux tuteurs d'être compétents sur le plan disciplinaire et d'être des accompagnateurs, les tuteurs sont statutairement, soit des enseignants qui ne sont pas des accompagnateurs, soit des accompagnateurs, sous diverses appellations, qui ne sont pas des enseignants.

** Sur l'approche synergique des différentes modalités de support à l'apprentissage cf. Rodet (2006) Diversification du support à l'apprentissage

dimanche 2 décembre 2007

Choisir un modèle de tutorat

Pablo Picasso - Le peintre et son modèle - Plume et encre de Chine sur papier

Il y a plusieurs semaines, je présentais le "Guide d’orientation pour la scénarisation du tutorat en ligne" de Richard Hotte et Véronique Besançon.

Des nombreuses informations contenues dans ce guide, celles concernant les modèles du tutorat me paraissent pouvoir faciliter la conception d'une stratégie tutorale.

C'est pourquoi je reproduis ci-après les textes présentant 3 modèles (prescriptif, collaboratif, relationnel). Les illustrations qui les accompagnent peuvent être visualisées sur le site d'origine (Dossiers technopédagogiques de Profetic).

Il est à remarquer qu'un modèle de tutorat ne saurait être choisi de manière indépendante de l'approche pédagogique du dispositif de formation. Sur ce point, je vous conseille la visite du site DismoiTic de Pierre Bénech.

- Modèle prescriptif

Le modèle prescriptif explicite l’intervention du tuteur sous forme de tâches qui sont étroitement liées au contenu du cours, surtout aux travaux notés. Ces tâches sont prescrites par l’enseignant-concepteur de manière à orienter l’intervention du tuteur sur la dimension cognitive de l’apprentissage. L’intervention du tuteur est donc davantage axée sur le contenu du cours qu’orientée sur la démarche d’apprentissage de l’étudiant.

En général, peu de temps est consacré à l’encadrement des étudiants comme tel dans ce type d’approche, l’accent étant mis sur l’élaboration du cours et sur le scénario pédagogique d’apprentissage. Ce modèle demeure implicite et, par le fait même, il est rarement formalisé sous forme d’un scénario. D’une part, il se résume aux tâches apparaissant à la description de fonction administrative du tuteur : contact de démarrage, contacts individuels de suivi, gestion d’un forum pour les informations générales et évaluation des travaux notés. D’autre part, il est défini par la présentation du contenu, visant essentiellement la transmission de connaissances.

La compétence exigée du tuteur est de type cognitif, donc détenir une excellente connaissance du domaine.

L’instrumentation supportant l’intervention du tuteur dans ce modèle se compose d’abord du matériel de cours. La communication, surtout individuelle, est supportée par le téléphone et par le courrier électronique. L’information générale sur le fonctionnement du cours est, dans la majorité des cas, communiquée à l’aide d’un forum électronique.

- Modèle collaboratif

Le modèle collaboratif s’est inspiré des travaux de Johnson et Johnson (1986) qui faisaient la preuve que des étudiants travaillant dans de petits groupes apprennent plus en profondeur et de manière plus persistante que ceux qui sont seuls et isolés. Le modèle collaboratif s’est donc appuyé sur ces expériences, des formations ont été planifiées mettant en place des groupes de travail utilisant les réseaux.

C’est donc lors de la conception des activités d’apprentissage que l’on met en place un modèle collaboratif de tutorat. Cette approche est beaucoup expérimentée dans les activités utilisant le forum comme environnement de discussion et de production. Par exemple, le forum sert d’espace de discussion pour petits groupes afin de préparer un travail soit d’équipe, soit individuel. L’animation de discussions dans le forum a comme but d’explorer un domaine en collaboration où chaque participant adopte un comportement collaboratif sous le guidage du tuteur. Le forum s’avère aussi un lieu privilégié pour la co-construction de connaissances par le travail en équipe.

Le formateur de ce cours jouera le rôle d’un tuteur-animateur qui a comme tâche de fond de favoriser l’émergence d’une communauté d’apprenants et de gérer (animer) les activités dans les forums de discussion et de production. Pour cela, on s’attend à ce que ce formateur possède certaines compétences propres à ce type d’intervention. Lise Damphousse (1996) nous les présente sous forme d’une carte conceptuelle.

La compétence de base exigée du tuteur est de type social et vise l’animation de groupe en plus, bien sûr, d’une connaissance du domaine. Sur le plan social, un tuteur à distance et en ligne est capable de planifier une façon de se comporter en groupe qui fasse progresser le groupe, de fournir de l’aide à la formation d’un groupe et finalement d’influencer la progression d’un groupe.

Dans le modèle de Damphousse (1996), on identifie quatre compétences de base : appliquer les techniques d’animation, appliquer les techniques d’encadrement et d’administration d’un groupe, adopter une attitude favorisant la collaboration et appliquer les fonctions d’animation du travail de groupe.

L’instrumentation supportant l’intervention du tuteur dans ce modèle se compose, en plus du matériel de cours, du courrier électronique pour la communication en mode individuel et du forum électronique pour la communication de groupe.

- Modèle relationnel

Le modèle relationnel représente un scénario de tutorat en ligne qui trouve ses fondements dans les données tirées des enquêtes menées dans le cadre du projet Tuteur, instrumentation et communautés virtuelles (FQRSC), des travaux conduits par Emmanuel Duplàa dans le cadre de sa thèse de doctorat (2003-2006) et de l’évaluation d’une formation de moniteurs en ligne offerte à l’Université numérique de Bretagne (2004 et 2005). Ce modèle vise à renforcer l’affirmation identitaire du tuteur dans l’exécution de la fonction tutorale au sein de l’établissement de formation.

Ce modèle de scénario relationnel est fondé sur la capacité du tuteur à autoévaluer ses compétences en fonction de la formation dont il a la charge, mais aussi en fonction du profil du ou des apprenants, de leur histoire de vie réciproque, dont il va encadrer la démarche d’apprentissage. Il est également axé sur la notion de collaboration dans le sens où le tuteur devient un guide pour l’apprenant et agit en fonction des besoins de ce dernier. La conception et le développement de ce modèle font appel à l’ingénierie des compétences (Paquette, 2002) et visent à permettre de satisfaire les besoins des tuteurs tout en facilitant leur construction identitaire au sein de l’établissement de formation où ils exercent leur fonction. Ce modèle a été présenté au colloque du CEFES à l’Université de Montréal (octobre 2005).

La cognition envisagée comme construction de significations (Bruner, 1991) trouve dans l’interaction interhumaine un lieu privilégié. Dans le contexte éducatif de la formation en ligne, cette interaction humaine se déploie dans un monde médiatisé par des signes et des artefacts. Là, la relation pédagogique prend la forme d’une relation de collaboration avec l’apprenant par laquelle cet apprenant peut toujours faire plus que lorsqu’il est seul, tout comme l’entendait Vygotski (1997) en écrivant qu’« en collaboration avec quelqu’un l’enfant peut toujours faire plus que lorsqu’il est tout seul ». En collaboration signifie « sous la direction et avec l’aide de quelqu’un », ici ce quelqu’un est le tuteur.

La compétence exigée du tuteur est de type savoir-être, accompagnée d’une excellente connaissance du domaine. Le tuteur est alors capable d’adopter un comportement facilitant. Ici, l’acte éducatif repose sur une rencontre humaine entre un tuteur et un apprenant.

L’instrumentation supportant l’intervention du tuteur dans ce modèle se compose, en plus du matériel de cours, du téléphone et du courrier électronique pour la communication en mode individuel et du forum électronique pour la communication de groupe. À ces moyens de base, on peut, selon le cas, ajouter les nouvelles applications apportées par le web social, par exemple les blogues et les wikis. Ce choix reste à l’entière discrétion du tuteur et de l’apprenant au moment où ils déterminent, conjointement, le type de collaboration qui favorisera, dans le respect des compétences du tuteur et des attentes de l’apprenant, l’apprentissage désiré.

jeudi 27 septembre 2007

Le modèle tutoral compréhensif au sein du DESS UTICEF

Analyse de pratiques de tutorat humain dans un environnement de travail collaboratif a distance. Nassira Hedjerassi http://atrium.unice.fr/nte/colloque/communication_fichiers/34-hedjerassi.pdf ou en HTML

Dans cet article, Nassira Hedjerassi rend compte des premiers résultats d'une recherche menée auprès de certains tuteurs du DESS Uticef durant la période 2003-2005.

Cette recherche visait « la production de connaissances et de savoirs sur les pratiques de tutorat à distance à partir d’un dispositif particulier d'enseignement et de formation, nos résultats de recherche et d’analyse pourraient ouvrir la voie à de nouveaux processus professionnalisants et identificatoires des pratiques d’enseignement et de formation dans des dispositifs médiés, conduisant in fine à des redéfinitions du métier d’enseignant ou de formateur, et à l’émergence de nouveaux profils, tels celui de tuteur à distance, à qui pourraient être reconnus un vrai statut et une formation. »

Les tuteurs interviewés, au nombre de 9, ont été choisi parmi les deux catégories suivantes : « les "semi-novices" – celles et ceux qui ont tutoré depuis au moins un an, les "expérimentés" – celles et ceux qui ont une expérience de plus d’1 an du tutorat dans leDess Uticef, ainsi que dans d'autres formations. ». Les « "novices" - celles et ceux qui vont tutorer, n'ont pas été retenus.

Après avoir présenté les profils de ces tuteurs dont la majorité (5) est constituée de personnes souhaitant poursuivre des recherches sur le tutorat lors de leur doctorat, l'article s'intéresse à la formation au tutorat qu'il ont ou non reçu. En fait, seule une personne a bénéficié d'une formation d'une journée qui ne lui a pas été très profitable car trop théorique. Par contre, la totalité des tuteurs a pu mobiliser son savoir-faire d'enseignant ou de formateur et pour 5 d'entre eux, leurs expériences de tuteur dans d'autres dispositifs.

Nassira Hedjerassi caractérise alors les rôles de ces tuteurs à travers ce qu'elle nomme « un modèle tutoral compréhensif » dans lequel l'accent est mis sur la fonction de médiateur humain stimulant, relançant et motivant les apprenants. Il semble donc, sans que cela soit explicite que le style de ces tuteurs soit largement proactif. Le « modèle tutoral compréhensif » emprunterait au « tutorat affectif » ou au « modèle holistique et personnalisé » de la typologie de Glikman http://s144125082.onlinehome.fr/explorer/Tutorat/Apprenants%20et%20tuteurs_une%20approche%20europ%E9enne%20des%20m%E9diations%20humaines.pdf

« Chez tous, cette exigence d’une qualité d’écoute, d’attention à l’autre, à chacun des apprenants, rencontre dans sa forme « mesurée » l’empathie : il s’agit d’être « compréhensifs », au sens étymologique du terme. Ce modèle tutoral que nous qualifions de compréhensif fait déborder l’une des personnes-tutrices dans des relations qui vont au-delà même de la sympathie. »

Dès lors, rien d'étonnant à ce que le tutorat soit vécu par ces tuteurs comme une activité chronophage où le surinvestissement devient une règle acceptée car participant d'une logique d'entraide entre les pairs constituant aussi matière utile pour de futures recherches doctorales.

L'auteur parle alors de modèle de compagnonnage comme moteur de la formation des tuteurs : « C’est un modèle praxique et collaboratif qui se dégage des discours : l’apprentissage au tutorat à distance se réaliserait par le faire et les groupes d’échanges sur les pratiques. Est préconisé très explicitement par tous le principe de mutualisation des compétences au sein d’une communauté de tuteurs. ».

Cela ne vous rappelle rien ?...

lundi 24 septembre 2007

Le Guide d’orientation pour la scénarisation du tutorat en ligne de Richard Hotte et Véronique Besançon

Le Guide d’orientation pour la scénarisation du tutorat en ligne est un outil d’accompagnement développé à l’intention des enseignants, concepteurs de formations en ligne (cours, modules, séquences et autres) en provenance tant des établissements publics de formation que de l’entreprise. Il aborde des questionnements touchant la conception et la mise en ligne d’un dispositif de tutorat. Il propose un ensemble de ressources diversifiées sur le tutorat en ligne, présentées sous divers formats : textes, témoignages, cartes conceptuelles, modèles et autres. Le Guide d’orientation pour la scénarisation du tutorat en ligne contribue à l’amélioration de l’encadrement pédagogique de groupes d’apprenants dans des contextes de formation en ligne en rendant possible une instrumentation adéquate de l’activité du tuteur.

Source : profetic