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lundi 29 janvier 2018

Quelques actions à réaliser pour le tutorat dans les MOOC

Dans les MOOC comme dans de nombreux digital learning, l’organisation des services tutoraux est souvent traitée tardivement, voire improvisée au démarrage du dispositif. Ceci tient à de nombreuses raisons : méconnaissance du tutorat et de son ingénierie par les concepteurs, priorité donnée à la production des ressources, budget non prévu pour le tutorat, limitation des plateformes de MOOC sur les possibilités d’interactions entre apprenants et l’équipe pédagogique. Sur ce dernier point, le fait qu’il soit fréquemment impossible d’envoyer des messages à des sélections de participants limite très fortement la réalisation d’un accompagnement plus individualisé.

Dans l’illustration ci-dessous, sont positionnées quelques-unes des actions à mettre en œuvre pour assurer un tutorat de qualité dans les MOOC afin d'augmenter significativement le taux de complétion. Elles sont classées en trois catégories. Les actions à entreprendre au moment de la conception du MOOC et donc avant son démarrage, celles qui sont à réaliser durant la session du MOOC et celles à entreprendre une fois que le MOCC est terminé.




Avant

L’individualisation de l’accompagnement nécessite d’identifier différentes catégories de participants (cf. « Typologie de participants aux MOOC »). C’est lors du processus d’inscription, que par l’utilisation de questions discriminantes, il est possible de répartir les participants en différents publics. Pour chacun d’entre eux, un scénario tutoral est à concevoir. Il recense l’ensemble des interventions que l’équipe d’animation entreprendra pour éviter l’abandon des participants et leur permettre d’atteindre leurs objectifs de formation. S’appuyant sur le scénario pédagogique, les interventions sont positionnées, quantifiées et décrites. Ces fiches d’intervention tutorales ont pour but de faciliter la réalisation de leurs actions par les tuteurs et peuvent utilement servir de matériel pour les y préparer. 

La présentation du MOOC, souvent réalisée sous forme de teaser gagnerait également à présenter les modalités d’accompagnement dont bénéficieront les participants tout au long du MOOC. 

Enfin, il est utile de prévoir du matériel de support à l’apprentissage (didacticiels, FAQ, Wiki, mémos…) tels que des conseils sur l’organisation de son apprentissage, sa planification, les outils utilisés, les méthodes à maîtriser pour réaliser les activités, etc.

Pendant

Durant le MOOC, l’équipe d’animation interviendra selon différentes modalités. La plus importante et indispensable est la proactivité qui consiste à fournir du support par avance aux participants afin de leur donner les moyens d’exercer leur autonomie d’apprenant. Ces interventions peuvent être structurelles, c’est-à-dire liées au scénario général du MOOC, ou conjoncturelles, en rapport avec telle ou telle activité d’apprentissage prévue, obligatoire ou facultative.

Les interventions réactives, venant en réponse aux sollicitations des participants sont plus difficiles à prévoir et peuvent se révéler bien nombreuses dès lors que l'effectif des participants se calcule en milliers. Il est donc prudent de prévoir un forfait temporel pour ces interventions mais surtout d’organiser le flux des demandes selon les principes de la réactivité ascendante qui permet d’absorber un nombre important de sollicitations. Sur ce point cf. « Schéma de la réactivité ascendante » 

Il est également important de capitaliser les interventions de soutien des apprenants qui ont été réalisées. La mise en place d’outils permettant d’en garder des traces, la production ou l’abondement de FAQ mais également la mise en place d’une communauté de pratiques des tuteurs permettent non seulement de gagner en efficacité, de session en session, mais également de professionnaliser l’équipe d’accompagnement dans ses pratiques tutorales. 

A cet égard, la comptabilisation des temps passés par les tuteurs à intervenir auprès des apprenants est la condition indispensable pour une meilleure compréhension, par leur institution ou entreprise, de leurs rôles et reconnaissance de leur travail qui n’a pas vocation à être réalisé en temps caché.

Après

Tout processus d’amélioration de la qualité d’une prestation ne peut faire l’économie d’une interpellation de ses bénéficiaires. Aussi, il est important d’inclure, dans les enquêtes de satisfaction, un certain nombre d’items permettant de recueillir des données sur la perception de l’accompagnement de l’équipe pédagogique. 

Ceci peut être très utilement complété par un audit de la performance tutorale (cf. http://www.jrodet.fr/APT/index.htm) aboutissant à des préconisations d’amélioration tant sur le dispositif tutoral, que sur les scénarios tutoraux, les modalités d’interventions, la montée en compétence des tuteurs…


lundi 22 janvier 2018

Typologie de participants aux MOOC par Jacques Rodet

Les initiateurs de MOOC communiquent fréquemment sur le nombre d’inscrits, bien que souvent ils ne calculent leur taux de complétion que sur les personnes ayant démarré le parcours. Il est vrai que la proportion de non démarreurs est importante et se situe généralement entre un quart et la moitié des inscrits. Ceci constitue la contre partie de la facilité d’inscription à un mooc : gratuité, procédure à un clic, teaser engageant… 

Afin d'y voir un peu plus clair sur la diversité des participants à un MOOC, je propose la typologie suivante :


Le non démarreur est une personne qui s’inscrit au MOOC de manière impulsive ou sous la pression d’un tiers mais pour qui l’enjeu de réalisation est faible ou inexistant. Il ne s’estime pas dans l’obligation de réaliser le MOOC et plus la période entre son inscription et le démarrage du MOOC est étendue, plus la probabilité qu’il ne démarre pas s’accroît. Pourtant, cette période d’avant MOOC est nécessaire et importante. Elle peut notamment être employée pour donner de la visibilité sur le parcours, des conseils méthodologiques permettant de réussir les activités, présenter le dispositif d’accompagnement dont les participants pourront bénéficier. Réduire la proportion des non démarreurs implique de prévoir une procédure d’inscription qui s’en décourager de le faire implique davantage l’individu et lui permet de mûrir son projet de formation.

Le velléitaire est une personne qui s’inscrit au MOOC avec l’intention de le compléter mais qui confronté à des résultats moyens ou décevants, à des aléas extérieurs au MOOC, et sans soutien de l’équipe pédagogique abandonne facilement. Il est important d’identifier rapidement les velléitaires afin d’être en mesure de leur apporter le soutien nécessaire qui les fera persévérer et atteindre les objectifs du MOOC. Cette identification peut naturellement s’appuyer sur les remontées de participation et de scores aux activités. Toutefois, ces premières indications arrivent souvent un peu tard, fin de première semaine ou en cours de deuxième semaine et nécessitent donc une réactivité forte de l’équipe d’animation. Il est possible, dès l’inscription, de repérer les velléitaires en leur demandant de répondre à quelques questions simples relatives au temps qu’ils prévoient de consacrer au MOOC, d’estimer leur niveau de motivation, de faire le point sur leurs stratégies d'apprentissage...

Le picoreur est une personne qui s’inscrit au MOOC afin de trouver des réponses à des sujets précis. Il a des objectifs personnels qui ne sont pas en pleine concordance avec l’ensemble des objectifs pédagogiques du MOOC. Dès lors qu’il a atteint ses objectifs, il a de fortes chances de ne pas poursuivre le parcours ou de le commencer uniquement lorsque les contenus sont relatifs à ses intérêts. En cas d’abandon, il vient diminuer le taux de complétion. Ce taux ne semble donc pas adapté à mesurer la diversité des situations des participants et il est possible de lui substituer un autre calcul qui est le taux de réussite. Pour pouvoir mesurer ce dernier, il est nécessaire d’identifier les objectifs poursuivis par la personne au moment de son inscription et de procéder à une enquête en fin de MOOC permettant de mesurer l’atteinte des objectifs énoncés. Il est donc utile de distinguer la réussite académique qui correspond à l’atteinte des objectifs du MOOC tels qu’ils ont été définis par les concepteurs et la réussite personnelle qui souligne l’atteinte des objectifs particuliers que le participant a indiqués lors de son inscription. Sur ce sujet cf. « Compléter ou réussir un MOOC ? » 

Le déterminé est une personne qui s’inscrit au MOOC avec l’intention d’obtenir la certification qui représente un enjeu personnel et/ou professionnel. Il est fréquemment un apprenant exerçant son autonomie et se recrute davantage parmi les personnes ayant déjà réaliser d’autres MOOC. Il se caractérise par un engagement réel dans le groupe, réalise toutes ou la très grande majorité des activités prévues, réalise des productions qui vont souvent au-delà des consignes, est actif dans les forums et autres espaces de communication avec ses pairs et l’équipe pédagogique. Il représente un peu l’apprenant idéal, tel que les concepteurs s’imaginent avec confiance ou souhaitent que sera l’ensemble des participants.

Bien évidemment, cette typologie est réductrice de la réalité d’un individu qui est souvent bien plus complexe. Le positionnement d’un participant dans une de ces catégories n’est pas immuable mais dépend fortement de l’équipe pédagogique et des services d’accompagnement mis en place. Réduire le nombre de non démarreurs, permettre aux velléitaires de trouver la motivation et les moyens de persévérer, prendre en compte les attentes des picoreurs et rendre le plus possible de participants déterminés sont les enjeux du tutorat dans les MOOC.

Le tableau ci-dessous résume les principales causes d’abandons selon les catégories de participants.
  • + + indique une cause forte d'abandon et nécessite la mise en place d'interventions tutorales pour la réduire
  • + indique une cause plutôt forte d'abandon et il est souhaitable de mettre en place des interventions tutorales pour la réduire
  • - indique une cause plutôt faible d'abandon et il est opportun de mettre en place des interventions tutorales pour la réduire
  • - - indique une cause faible d'abandon ne nécessitant pas, sauf cas particulier, la mise en place d'interventions tutorales


La première mission des tuteurs étant d’éviter l’abandon, les concepteurs doivent imaginer les scénarios tutoraux adaptés. Ces derniers ne peuvent donc être rigoureusement identiques pour chacune des catégories et nécessite une réelle ingénierie tutorale s’appuyant sur le scénario pédagogique du MOOC.


lundi 18 janvier 2016

Compléter ou réussir un mooc ?



Le taux de complétion est sujet à de nombreux débats dans le monde des moocs. Différentes définitions en sont données et de là, les comparaisons entre les moocs ne sont pas toujours aisées. Certains estiment que le taux de complétion doit être calculé sur le nombre de participants actifs. D’autres, dont je suis, jugent plus pertinent de le calculer sur le nombre d’inscrits.

De deux choses l’une, soit le nombre d’inscrits a une signification, soit il n’en a pas. A partir du moment où il est habituel de communiquer sur le nombre d’inscrits pour mesurer l’audience d’un mooc, c’est que ce chiffre est signifiant. A titre d’exemple, FUN a récemment indiqué que le nombre d’inscrits à ses 175 moocs était, début 2016, de 1 373 700 inscriptions soit en moyenne 7850 par mooc (cf.ce billet).

Je retiens donc la formule suivante pour le calcul du taux de complétion 



Toutefois, le taux de complétion ne renseigne que de manière imprécise sur les bénéfices que les inscrits ont retiré de leur participation à un mooc. Pour ce faire, il est nécessaire de calculer un autre taux : le taux de réussite.

Qu'est-ce que la réussite ?

La réussite est une notion relative. Il est possible de distinguer deux types de réussites, d'une part, la réussite académique qui correspond à l’atteinte des objectifs fixés par les initiateurs du mooc, souvent sanctionnée par l'obtention de badges et/ou d'une certification, et d'autre part, la réussite personnelle qui peut être mesurée à partir des autoévaluations que les participants réalisent sur l’atteinte de leurs objectifs personnels.

Pour calculer ces taux de réussite, il est logique de ne plus prendre en compte les personnes inscrites mais qui n’ont réalisé aucune activité. En effet, ceux-ci sont des non-démarreurs et n'ont donc aucune chance, ni désir ou ni les moyens de réussir le mooc. La base de calcul n’est plus le nombre d’inscrits, comme dans le taux de complétion, mais celui du nombre de participants actifs. Dans certains moocs, les actifs sont considérés comme tels lorsqu’ils réalisent au moins 50% des activités. Pour ma part, je considére comme actif tout inscrit ayant réalisé au moins une activité d’apprentissage ou d’évaluation. En effet, la réalisation d'une activité d'apprentissage ou d'évaluation indique une volonté de l'inscrit de se former et elle implique de la part de l'équipe d'animation une responsabilité d'accompagnement. C'est souvent parce que les interventions tutorales sont insuffisantes ou non efficaces que les apprenants ayant réalisé une activité ne poursuivent pas et abandonnent. Or, le tutorat est précisément mis en place pour contrer les abandons.

Une des richesses des moocs est d’offrir la possibilité à des personnes de poursuivre de manière plus autodidacte des objectifs de formation personnels. Le corollaire de ce ceci est le recrutement de participants qui n’ont pas d’objectifs, ni académiques, ni personnels, qui viennent pour butiner de l'information mais sans s’engager dans un processus formatif défini. Cette catégorie d’inscrits ne devrait pas être pris en compte pour calculer le taux de réussite puisque les personnes qu’elle rassemble n’ont pas d’objectifs de formation.

La réussite académique

La réussite académique est assez simple à calculer. Le plus souvent, les moocs proposent des évaluations sous forme de quizz qui permettent d’obtenir un score. L’objectif pédagogique est considéré comme atteint dès lors que les participants obtiennent un score minimal. Le niveau de ce score diffère selon les moocs. Certains le fixe à 50% du score, d’autres à 60% ou même 80%. Qu’elle que soit le niveau choisi, il n’y a réussite du participant qu’à partir du moment où il l’égale ou le dépasse. Dans une perspective de certification, il peut être demandé aux participants d’avoir atteint chaque objectif académique, d’avoir atteint la moyenne voulue pour un ensemble d’objectifs pédagogiques ou pour l’ensemble de ceux-ci. Quoi qu’il en soit, les actifs qui ont réussi du point de vue académique sont facilement identifiables.

La formule du taux de réussite académique que je propose est donc la suivante



La réussite personnelle

Bien évidemment, tous les participants d’un mooc ne visent pas l’atteinte des objectifs académiques et dès lors leur prise en compte dans le calcul de la réussite académique n’est pas opportune. Il est donc nécessaire, lors de la semaine zéro ou au moment de l’inscription, de demander aux inscrits quels types d’objectifs (académiques et/ou personnels) ils poursuivent. Envers ceux qui veulent atteindre des objectifs personnels, il est souhaitable de leur demander de les formuler et d’indiquer (ou de leur proposer) des critères et des indicateurs de réussite. Lors de la dernière semaine du mooc, il leur est demandé de s’autoévaluer en fonction de ces critères et indicateurs. Sur la base des réponses fournies, il est possible de calculer la réussite personnelle en considérant qu’un objectif personnel ou un ensemble d'objectifs personnels atteint à plus de 50% correspond à une réussite.

La formule du taux de réussite personnelle que je propose est donc la suivante



La distinction entre les taux de complétion et les taux de réussite permet de déplacer le débat sans fin sur la manière de comptabiliser les abandons vers le calcul de la réussite qui reste un enjeu central qu'elle que soit la forme du dispositif de formation. Si la mise en place d'un système tutoral n'assure pas toujours une augmentation du taux de complétion, bien que ce soit généralement le cas, il a une influence importante sur les taux de réussite. Certains données tirées d'audits de moocs m'incitent à penser que c'est sur les actifs ayant des difficultés à atteindre le niveau de réussite que les effets des interventions tutorales sont les plus remarquables. Il est également à noter qu'un apprenant qui, grâce au tutorat, accumule successivement des réussites, est plus enclin à persévérer. Le tutorat répond ainsi à ses vocations premières qui est de limiter le nombre d'abandons et d'aider les apprenants à atteindre leurs objectifs de formation. 

Je reviendrai plus tard sur ces questions à la lumière de chiffres tirés de prochains moocs.

lundi 11 janvier 2016

Le tutorat dans les moocs, cela fonctionne !





Dans de nombreux moocs, le tutorat reste le parent pauvre et n’est même pas toujours considéré comme utile par leurs initiateurs. Les arguments développés par ceux-ci pour ne pas mettre en place des services d’accompagnement restent pourtant assez faibles. 

Il est facile de se réfugier derrière l’autonomie présupposée des apprenants pour ne pas leur offrir des services tutoraux, surtout lorsque l’on ne prend pas la peine de définir ce qu’est un mooceur autonome. Faut-il rappeler que l'autonomie est un processus qui nécessite étayage et désétayage ? (cf. Omelette et couscous. De l'autonomie des apprenants à distance)

Il est curieux d’estimer que le taux de réussite des participants ne peut être un critère d’évaluation de la pertinence des moocs. Ainsi, ce qui est un élément de validation de n’importe quel dispositif de formation ne devrait pas s’appliquer aux moocs sous prétexte que chacun est libre de s’y inscrire. Il serait plus fécond de ne pas persister à faire l'autruche face aux taux d'échec.

Il est de calcul de court terme d’estimer que le tutorat est un coût insupportable pour des dispositifs gratuits. D’une part la gratuité est celle de l’inscription mais surement pas celle de la production du mooc. Ainsi, il apparaît normal de consacrer des budgets, parfois importants, pour la production des ressources, mais il serait impossible de prévoir un budget pour l'animation. Cela est-il autre chose que de l'inconséquence ? D’autre part, l’ignorance que le tutorat peut dégager des bénéfices est grande. Or, à partir du moment où le tutorat fait réussir davantage d’apprenants, le coût unitaire de la formation diminue d’autant. De plus, comme seuls les participants qui réussissent sont en mesure d’acheter les certifications, il est d’un intérêt évident d’en faire réussir le plus possible pour dégager de nouvelles recettes (cf. Les coûts du tutorat et Le tutorat pour améliorer le ROI du e-learning et des moocs).

Il est assez naïf de croire en la pleine autoportance des ressources, au fait qu’elles se suffisent à elles-mêmes et que le processus formatif se résume à leur consultation. Cette croyance est tenace mais ne résiste pas à l’examen des chiffres : EdX indique que « Seuls 9% des inscrits ont vu plus de la moitié du cours, et 5% l'ont validé en entier (cf. L'Etudiant). Une ressource, même la plus parfaite n'est jamais qu'une information mise à disposition  (cf. ce billet de Bruno Devauchelle). Or, le processus de construction de connaissances nécessite forcément une action permettant d'utiliser cette information. L'efficacité de l'action dépend, pour de nombreux apprenants, du soutien qui leur est apporté pour la réaliser.

Il est optimiste de penser que l’évaluation par les pairs est LA solution à l’évaluation du grand nombre et qu’il est possible de faire l’économie de personnes expérimentées en évaluation comme le sont les tuteurs. D’une part, le nombre de personnes acceptant de participer et de bénéficier de l’évaluation par les pairs ne représente qu’une faible partie des mooceurs. D’autre part, cette évaluation ne jouit pas, auprès des apprenants, de la légitimité de l’institution, à plus forte raison s'il y a un enjeu de diplomation. La rétroaction aux travaux par des tuteurs, acteurs dotés de la légitimité institutionnelle, permet à tous les apprenants de se situer et de poursuivre leur apprentissage.

Si le tutorat est si peu considéré par beaucoup d’initiateurs de moocs c’est que ceux-ci évoluent habituellement dans un contexte où la préoccupation de la réussite des apprenants n’est pas centrale : les universités. Quel centre de formation pourrait se prévaloir auprès des organismes financeurs et de sa clientèle d’un taux d’échec dépassant les 40%. En 2013, les universités françaises enregistraient un taux de 46,2% des premières années qui ne passaient pas en deuxième année (cf. etudiant.figaro.fr). Par ailleurs, les pratiques pédagogiques des universités, traditionnellement centrées sur l’enseignement et non sur l’apprentissage, ne les prédisposent pas à investir dans le soutien à l’apprentissage.

Les choses changent dès lors que les moocs deviennent des coocs car si les entreprises sont intéressées par l’impact positif sur leur image que leur procure la production d’un dispositif massif de formation, elles visent également des objectifs tout aussi importants comme le retour sur investissement, le renforcement de leur culture d’entreprise, l’amélioration des compétences de leurs collaborateurs, la détection de ceux d’entre eux ayant un fort potentiel d’évolution, bref, elles replacent la formation dans le champ des ressources humaines qu’il est toujours aventureux de déserter lorsque l'on traite de formation.

Les entreprises sont donc davantage intéressées par l’amélioration du taux de réussite dans leurs coocs et elles en prennent les moyens en mettant en place des systèmes tutoraux. Dans mes missions de conseil et d’ingénierie tutorale, j’ai l’occasion de constater que le tutorat fonctionne dans les moocs, dès lors qu’il est pensé de manière stratégique, qu’il respecte les caractéristiques de la massification des participants en ne cherchant pas à démultiplier les formules qui fonctionnent bien dans les FOAD mais en faisant preuve d’imagination et de conviction. 

J’aurai l’occasion, dans les prochains mois, de faire part plus complètement de ces expériences. Dans l’attente, je renvoie à la présentation de mon service tutmooc et à ma conférence sur l'influence du tutorat sur la persévérance des mooceurs.

jeudi 20 novembre 2014

Quelques éléments pour penser le tutorat dans les moocs par Jacques Rodet

Texte d'appui à mon intervention lors de la table ronde du REFAD « Encadrement et MOOC : paradoxe ou réel potentiel ? » 20 novembre 2014

Evoquer l’encadrement dans les moocs revient aujourd’hui davantage à poser des questions, parfois à élaborer des solutions, plutôt qu’échanger et mutualiser sur les résultats que ces solutions auraient permis d’enregistrer. Ceci n’est pas anormal dans la mesure où la récente apparition des moocs, que je qualifie volontiers de dernier avatar de la mise à distance de la formation, n’échappe pas aux travers qu’ont connus, à leurs débuts, ses prédécesseurs. En effet, que ce soit les cours par correspondance, ceux par radio ou télévision, puis l’EAO, la FAD, la FOAD, la e-formation, la formation hybride… tous ont dans un premier temps accordé peu d’attention à l’accompagnement des apprenants… et ont connu des taux d’abandon très élevés, dépassant fréquemment les 90%.

Des données récentes [1] font apparaître que seuls 10% des inscrits aux moocs d’edX sont actifs. Dans les moocs de l’UCL sur edX, seulement un peu plus de la moitié de ses 10% d’actifs terminent leur parcours par l’obtention d’une certification.

Il apparait donc que les moocs, comme les autres formes de FAD avant eux, doivent répondre au défi de l’abandon et donc à celui de l’accompagnement, du soutien à l’apprentissage, du tutorat à distance.

Parmi les questions qui peuvent être posées, en voici quelques-unes.

L’arrivée, via les moocs, de nouveaux acteurs dans la sphère de la formation à distance ne possédant pas la mémoire de la FAD, ce qui est plutôt un signe de vitalité de ce secteur d’activité, ne favorise-t-elle pas l’oubli de la nécessité première de l’accompagnement des apprenants ?

La focalisation sur la construction et la gestion des dispositifs des moocs n’est-elle pas comparable à celle sur la technique et les outils qu’ont connue les premières FOAD ? Focalisations qui rejettent au second plan, voire à un horizon lointain et indistinct, la prise en compte du soutien à l’apprentissage ?

L’inspiration connectiviste de certains moocs ne rejoint-elle pas celle de l’approche transmissive d’autres moocs, lorsque dans un cas comme dans l’autre, les apprenants sont promus autonomes dans leurs apprentissages, du seul fait qu’ils s’inscrivent à un mooc ? [2]

La gratuité consubstantielle aux moocs n’est-elle pas un handicap au développement des services d’accompagnement ? [3]

Bien d’autres questions peuvent être posées, en particulier sur les modalités que les interventions tutorales pourraient avoir lorsqu’il ne s’agit plus d’encadrer quelques dizaines, voire quelques centaines d’apprenants mais bien des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers. Il apparait très vite qu’une simple duplication des solutions tutorales appliquées dans les FOAD est impraticable dans les moocs. Il faut donc inventer autre chose.

Durant l’été 2013, j’ai participé, à la Téluq, à un atelier [4] réunissant quelques personnes : Sylvie Pelletier, tutrice à la TÉLUQ et Présidente du syndicat des tuteurs, France Henri, Caroline Brassard et Pierre Gagné, tous trois professeurs dans cette même institution. Cet atelier avait pour but la formulation de quelques idées sur le tutorat dans les moocs afin d’introduire la table ronde [5]  traitant du même sujet qui s’est tenue le 25 novembre 2013 dans le cadre du séminaire des 10 ans de t@d. [6]

De cet atelier, et de réflexions précédentes que j’avais notamment présentées aux JEL 2013 en juin, [7] j’ai retiré les sept idées suivantes :
  1. Procéder à une ingénierie tutorale lors de la conception d’un mooc.
  2. Utiliser la période d’inscription pour analyser les besoins d’aide des apprenants.
  3. Structurer les services d’encadrement selon le degré d’engagement de l’apprenant dans sa formation et selon son évaluation de ses propres besoins.
  4. Chaque fois que cela est possible, concevoir des documents, des outils, des interventions préenregistrées apportant du soutien à l’apprentissage.
  5. Organiser le tutorat par les pairs.
  6. Former les animateurs des moocs aux fonctions tutorales.
  7. Procéder à des enquêtes auprès des apprenants sur les services tutoraux dont ils bénéficient et les associer à leur amélioration.

De manière plus récente, j’ai formulé sept propositions pour l’accompagnement dans les Réseaux Sociaux Massifs d’Apprentissage, dont les moocs sont, à mon sens, préfigurateurs. [8] Je me suis plus particulièrement intéressé à un modèle organisationnel des interventions tutorales réactives au sein de ces dispositifs. En effet, s’il est relativement aisé de penser les interventions proactives, le grand nombre d’apprenants d’un mooc rend plus délicat la réalisation des interventions réactives qui sont pourtant de la première importance dans la mesure où c’est bien lors de ces interactions que le soutien peut être personnalisé. Mes sept propositions sont les suivantes :

Proposition 01. L’accompagnement doit faire l’objet d’une stratégie élaborée lors d’actions d’ingénierie tutorale qui précèdent la diffusion du dispositif.

Proposition 02. Les rôles et fonctions, ainsi que les modalités des différents acteurs de l’accompagnement doivent être décrits et leurs champs d’intervention précisés. Ils peuvent l’être à partir des fonctions tutorales et des plans de support à l’apprentissage à investir.

Proposition 03. Les modalités d’accompagnement doivent être variées : experts, tuteurs, tuteurs-pairs ou community managers, pairs, ressources de support à l’apprentissage.

Proposition 04. La proactivité des accompagnateurs est indispensable. Une constante dans l’accompagnement est que ce sont rarement ceux qui ont le plus besoin d’être accompagnés qui sollicitent d’eux-mêmes les services d’accompagnement. La proactivité consiste donc, pour les accompagnateurs, à rejoindre les apprenants là où ils sont et les encourager à s’engager dans la relation d’aide.

Proposition 05. Les modalités d’accompagnement doivent être présentées très clairement aux apprenants. Le recours à une charte tutorale étant conseillé.

Proposition 06. Le choix des outils de réseaux sociaux doit idéalement être réalisé avec les apprenants en amont de la formation, durant la phase d’inscription, et être guidé par le respect des critères d’accessibilité de l’outil et d’acceptabilité par les utilisateurs.

Proposition 07 : La réactivité ascendante structurée autour des étapes suivantes : i) L’apprenant est son premier soutien et peut s’appuyer sur les ressources de support à l’apprentissage ; ii) S’il ne trouve pas de réponses satisfaisantes dans les ressources de support à l’apprentissage, il interroge ses pairs ; iii) Si les pairs ne l’aident pas, ce sont les tuteurs-pairs qui prennent le relais ; iv) Si les tuteurs-pairs ne l’aident pas, ce sont les tuteurs de l’équipe pédagogique qui prennent le relais ; v) Si les tuteurs de l’équipe pédagogique ne l’aident pas, ce sont les experts qui prennent le relais.

A ce jour, les moocs étant encore largement un terrain vierge en termes d’accompagnement des apprenants, nul doute que l’aménagement d’actions visant à contrer les abandons permettrait d’enregistrer de rapides progrès. La pérennité des moocs et la tenue de leurs promesses ne sont-elles pas à ce prix ?

Au plaisir d’échanger…

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Notes

[1] Bilan des premiers MOOCs UCL (2) - les chiffres http://blogs.uclouvain.be/ipmblog/2014/09/15/bilan-2-les-chiffres/ consulté le 11/11/14.

[2] A noter, que tant l’autonomie des apprenants que l’accessibilité des moocs sont très largement réduites par le rythme d’apprentissage imposé dans ces dispositifs, fréquemment de 4 à 6 semaines.

[3] La gratuité est trop souvent l’alpha et l’omega de l’accessibilité des moocs. Or, la notion de flexibilité a enrichi très fortement la vision de l’accessibilité. Sur la flexibilité, cf. les actes du colloque « Flexibilité des apprentissages et du tutorat dans la FOAD et la formation hybride » ACFAS 2014. http://www.jrodet.fr/tad/tutorales/tutorales13.pdf consulté le 11/11/14.

[4] Synthèse d'un atelier sur le tutorat dans les MOOCs http://blogdetad.blogspot.fr/2013/10/synthese-dun-atelier-sur-le-tutorat.html consulté le 11/11/14.

[5] Enregistrement vidéo de la table ronde http://youtu.be/pp1aQOefOV4 consulté le 11/11/14.

[6] Les actes du séminaire des 10 ans de t@d https://sites.google.com/site/letutoratadistance/Home/10-ans-de-t-d/actes-du-seminaire consulté le 11/11/14.

[7] Moocs et tutorat : l’impossible équation ? http://fr.slideshare.net/jrodet/jel2013 consulté le 11/11/14.

[8] Les principes des RSMA sont les suivants : L’existence d’une formation en ligne ou hybride. Un groupe massif d’apprenants (de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers). La volonté d’horizontaliser les communications entre tous les participants. Une stratégie d’accompagnement annoncée et appliquée. Une définition des rôles des participants (de consommateur à producteur). Une charte précisant les droits et devoirs des participants. La présence de formateurs, tuteurs, animateurs. Un ou des outils de réseaux sociaux permettant de structurer, de mémoriser et de retrouver les échanges entre les participants. Des outils permettant d’évaluer la cohésion et la productivité. Des instances d’auto-régulation. Rodet J. (2014) La réactivité ascendante, et quelques autres modalités d’accompagnement des apprenants à distance dans les réseaux sociaux massifs d’apprentissage (RSMA)


Quelques autres éléments

Rodet, J. (2014). Quelques commentaires au tutorat dans les moocs d'après Bruno de Lièvre http://blogdetad.blogspot.fr/2014/11/quelques-commentaires-au-tutorat-dans.html consulté le 11/11/14.

Rodet, J. (2013). Défauts de jeunesse des moocs et propositions pour leur accès à la maturité https://sites.google.com/site/jacquesrodet/Home/essai/defautsdejeunessedesmoocsetpropositionspourleuraccesalamaturite consulté le 11/11/14.

Rodet, J. (2013). A l’heure des moocs : l’évaluation par les pairs, si neuve que cela ? https://sites.google.com/site/jacquesrodet/Home/essai/alheuredesmoocslevaluationparlespairssineuvequecela consulté le 11/11/14.

Rodet, J. (2013). Tutorat et Moocs https://sites.google.com/site/jacquesrodet/Home/essai/tutoratetmoocs consulté le 11/11/14

Rodet, J. (2012). Les formes de la rentrée en FOAD et dans les MOOC. https://sites.google.com/site/jacquesrodet/Home/essai/lesformesdelarentreeenfoadetdanslesmooc consulté le 11/11/14


lundi 3 novembre 2014

Quelques commentaires au tutorat dans les moocs d'après Bruno de Lièvre

L'an dernier, Bruno de Lièvre, donnait une conférence pour les 10 ans de t@d durant laquelle il avait argumenté pour que le tutorat à distance soit envisagé de manière systémique. Il y a quelques mois, il s'est intéressé à la manière dont cette vision, renommée pour l'occasion "Social tutoring", pouvait être adaptée aux MOOCs.

Le schéma suivant présente un condensé de ses dernières propositions.



























Fidèle à son parti pris, que je partage, d'une pluralité des formes tutorales à aménager dans un dispositif, il identifie plusieurs profils de tuteurs sans oublier que les pairs investissent également certaines fonctions tutorales en particulier sur le plan socio-affectif. Il insiste sur la nécessaire collaboration de ces différents acteurs qui doivent entretenir des relations plus horizontales que verticales. Toutefois, reprenant ma proposition de la réactivité ascendante, il note que le tutorat peut être incrémentiel, simultanément à ses formes horizontales.

Ce qui évolue fortement, ce sont les outils que ces différents acteurs vont utiliser pour échanger entre eux. Ceux-ci ne sont plus seulement disponibles dans les plateformes e-learning, mais ce sont bien tous les médias sociaux qui peuvent être potentiellement mobilisés à des fins tutorales. Cette approche d'inspiration connectiviste semble effectivement adaptées aux MOOCs, du moins à certains. De même, l'emphase est mise sur le travail collaboratif qui, lui, est davantage redevable au socio-constructivisme et qui n'est aménageable dans les MOOCs qu'à partir d'une constitution de sous-groupes, par centres d'intérêts, par appariement de compétences, selon la proximité géographique...

Il est à noter que le recours aux médias sociaux pour la réalisation d'interventions tutorales peut les rendre plus rapides. J'avais conclu, lors d'une enquête menée auprès d'étudiants, que la rapidité de réponse des tuteurs étaient un élément de la qualité perçue de leurs interventions par les apprenants. 

La dimension sociale du tutorat est affirmée bien que celle-ci ne puisse être considérée comme une nouveauté tant elle est également à l'oeuvre dans les FOAD. Il n'y a donc pas, à mon sens, une redéfinition suffisante du tutorat à distance qui nécessiterait une nouvelle dénomination spécifique aux MOOCs bien que je conçois aisément que la dénomination "social tutoring" soit davantage porteuse d'imaginaire (en particulier pour ceux et celles qui n'ont pas la mémoire longue du tutorat à distance - ce qui n'est assurément pas le cas de Bruno) que celle de "tutorat social" et plus encore de "tutorat à distance".

Plus sérieusement, la démultiplication potentielle des relations tutorales entre acteurs d'un MOOC, si elle peut être réelle de manière quantitative, ne l'est pas obligatoirement du point de vue qualitatif. Comme Bruno de Lièvre le spécifie dans le schéma ci-dessus, il faut atteindre une certaine permanence de la vie de groupe. C'est bien à cette condition que les relations entre acteurs peuvent être davantage approfondies. L'engagement dans la relation tutorale est fait de découvertes, de dévoilements des uns envers les autres qui nécessitent l'établissement d'un lien de confiance que seule la durée peut tisser et éprouver. 

Or, dans un MOOC, si le nombre d'acteurs peut être un élément facilitateur de rencontres et de relations nouées (trop ?) facilement, ce même nombre peut aussi constituer un frein, à tout le moins un biais, pour des relations riches et approfondies. Tout d'abord, il est notable qu'une promotion d'apprenants dans un MOOC est beaucoup moins stable dans la durée que celle d'une FOAD. Les non démarreurs, les abandons nombreux et échelonnés mais aussi la diversité forte des objectifs visés par les apprenants, en particulier dans les cMOOCs, sont autant de facteurs de redimensionnement permanents de la promotion d'un MOOC. Dans une FOAD de quelques dizaines d'apprenants, le groupe est rarement homogène et ceci en fait sa richesse. Les formes tutorales qui y sont développées permettent très fréquemment d'atteindre des taux élevés de complétude de la formation pour tous les apprenants. Il existe donc une réelle stabilité de promotion d'apprenants dans une FOAD. Dès lors que dans un MOOC, de plusieurs milliers d'apprenants, des sous-groupes sont constitués pour réaliser des activités collaboratives, le risque d'une homogénéité plus grande liée aux critères de constitution du groupe s'accroît et avec elle s'amoindrissent les occasions de débats contradictoires et constructifs, de conflits cognitifs, de négociation du sens. 

C'est, à mon sens, par le fait même que le tutorat à distance est une affaire éminemment relationnelle que sa mise en oeuvre dans les MOOCs est plus délicate que dans une FOAD et nécessite une ingénierie spécifique à laquelle il serait souhaitable que les concepteurs de MOOCs s'intéressent aussi fortement que des chercheurs et praticiens comme Bruno de Lièvre le font déjà.

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Publication connexe
Guide sur la socialisation des étudiants en formation à distance au Canada francophone préparé pour le REFAD par Jean Loisier

lundi 27 octobre 2014

En préparation de la table d'échanges pédagogiques du REFAD sur "Encadrement et MOOC"

Le 20 novembre prochain, à l'initiative du REFAD, se tiendra une nouvelle session de la "Table d'échanges pédagogiques" intitulée "Encadrement et MOOC: paradoxe ou réel potentiel ?" Si vous êtes intéressés, veuillez communiquer directement avec le REFAD: (514) 284-9109; refad@sympatico.ca 

En préparation de cette rencontre, ci-dessous, les principaux résultats des réflexions sur cette thématique qui ont été menées, depuis 2 ans, dans le cadre de t@d.

La réactivité ascendante, et quelques autres modalités d’accompagnement des apprenants à distance dans les réseaux sociaux massifs d’apprentissage (RSMA) – juillet 2014

Table ronde « Le tutorat dans les moocs » - novembre 2013
Réalisée lors du séminaire des 10 ans de t@d, elle a regroupé Rémi Bachelet, Maître de conférences à l'Ecole Centrale de Lille, initiateur du Mooc ABC gestion de projet ; Anne-Céline Grolleau, conseillère pédagogique au SUP de l'Université de Nantes ; co-animatrice du MOOC ITyPA ; Brigitte Friang, Consultant formateur. Professeur d'EPS à l'université Paris-Sorbonne. Directrice du SUAPS, Chargée de mission auprès du Président. Participante du mooc ITyPA et ABC gestion de projet

Synthèse d'un atelier sur le tutorat dans les MOOCs – octobre 2013
Cet atelier a été tenu par vidéoconférence entre les bureaux de la TÉLUQ à Québec et à Montréal, le 14 août 2013. Autour de Jacques Rodet, consultant-formateur en FOAD et initiateur et animateur t@d le portail du tutorat à distance, l’atelier a réuni Sylvie Pelletier, tutrice à la TÉLUQ, ainsi que France Henri, Caroline Brassard et Pierre Gagné, tous trois professeurs à la TÉLUQ.

Moocs et tutorat, l’impossible équation ? juin 2013
Diaporama utilisé lors des JEL

A l’heure des moocs : l’évaluation par les pairs, si neuve que cela ? mai 2013

De l’accessibilité des moocs… financement, autonomie, tutorat, temps d’apprentissage – mars 2013

Tutorat et Moocs – mars 2013

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Les comptes-rendus des précédentes tables d'échanges pédagogiques du REFAD sont disponibles en ligne

samedi 19 octobre 2013

Synthèse d'un atelier sur le tutorat dans les MOOCs

Cet atelier a été tenu par vidéoconférence entre les bureaux de la TÉLUQ à Québec et à Montréal, le 14 août 2013. Autour de Jacques Rodet, consultant-formateur en FOAD et initiateur et animateur t@d le portail du tutorat à distance, l’atelier a réuni Sylvie Pelletier, tutrice à la TÉLUQ, ainsi que France Henri, Caroline Brassard et Pierre Gagné, tous trois professeurs à la TÉLUQ.

L’atelier a été l’occasion d’échanger à partir des expériences des participants pour émettre des préconisations en matière d’encadrement à l’intention des concepteurs de MOOCs. L’expérience des participants des MOOCs était très variée : expériences directe d’étudiant inscrit, visites et observations de MOOCs, échanges avec un proche inscrit à un MOOC.

Cette synthèse n’est pas tant un résumé des échanges qu’une tentative d’en organiser les éléments en intégrant ce qui a été exprimé formellement, ce qui a été effleuré ou ce qu’il est possible d’inférer des propos tenus. De plus, la discussion ayant été très libre, la synthèse ne correspond pas non plus au déroulement des échanges.

Nous avons organisés nos propos de la manière suivante : d’abord de cerner le phénomène des MOOCs, puis présenter les caractéristiques observées dans l’expérience des participants, enfin, regrouper ce qui a été dit concernant la manière de concevoir l’encadrement dans un MOOC. Évidemment, cette synthèse a pour limite l’étendue relative de l’expérience directe des MOOCS des participants présents.

1. Les MOOCS, un phénomène très diversifié

Dès le départ, un premier tour de table a permis de constater qu’il y a MOOC et MOOC. Ainsi, une participante avait participé à un MOOC d’inspiration connectiviste alors que d’autres avaient participé ou observé des xMOOCs dont certains n’étaient pas aussi « massifs » que l’expression le prétend. Au-delà de ces différences facilement observables, on découvre que les MOOCs procèdent d’intentions et d’objectifs institutionnels, de modèles pédagogiques et de modèles d’affaires variés.

Les intentions des établissements qui pratiquent l’enseignement par MOOC peuvent être d’acquérir plus de notoriété, d’élargir à terme leur base de fréquentation, d’innover en pédagogie et de remplir une partie de leur mission traditionnelle en donnant accès à un très large public aux savoirs dont elles sont dépositaires et créatrices[1].

Les modèles pédagogiques qui sous-tendent les MOOCs sont potentiellement aussi variés qu’ailleurs dans l’enseignement. Les approches socioconstructivistes ou connectivistes donnent lieu à des cMOOCs articulés autour des démarches très ouvertes, faisant une large place à la collaboration entre apprenants et campent l’encadrement comme un accompagnement qui vient en soutien aux initiatives diverses des individus et des équipes. Les xMOOCs font appel à des démarches pédagogiques plus traditionnelles qui font appel à la médiatisation des interventions d’enseignement et à des démarches individualisées[2]. Rien n’empêche d’imaginer des configurations différentes.

En ce qui a trait aux modèles d’affaires, on peut constater jusqu’à maintenant leur absence dans les initiatives des grandes institutions. Les MOOCs sont expérimentaux et les établissements semblent moins préoccupés de leur trouver un modèle viable de financement et d’en tirer des revenus que d’explorer leur potentiel de fréquentation, de notoriété, d’innovation pédagogique pour leurs programmes campus.

2. Caractéristiques des MOOCs dans l’expérience des participants

Les MOOCs observés possèdent trois caractéristiques communes : l’ampleur de leur fréquentation, leur traitement pédagogique plutôt rudimentaire, et leur dépendance par rapport à l’autonomie des étudiants.

Premièrement, considérant leur prétention d’élargir, voire de massifier, l’accès aux savoirs spécialisés, les MOOCs sont conçus pour servir de très grands nombres d’étudiants. Il y a là un changement d’échelle pour les établissements campus ou à distance où la fréquentation d’un cours n’atteint pas souvent le millier d’étudiants. Même quand ces objectifs de fréquentation ne se réalisent pas, le MOOC n’en demeure pas moins conçu et organisé en fonction de cette capacité d’accueil.

Deuxièmement, la pédagogie des MOOCs est souvent rudimentaire quand on la compare à celle qui a cours dans les établissements de formation à distance et dans plusieurs initiatives de e-learning. Le traitement médiatique est à l’avenant : par exemple, des séquences vidéo relativement statiques véhiculent le contenu (conférences de professeurs), des textes à télécharger, des tests en ligne avec ou sans autocorrection. Les technologies sociales y sont plus plus ou moins élaborées et y jouent un rôle plus ou moins intense selon les approches pédagogiques préconisées : alors qu’elles doivent soutenir des interactions fréquentes et complexes dans les démarches connectivistes des cMOOCs, elles ont un usage plus limité dans les démarches individualisées des xMOOCs. Les compétences des intervenants en encadrement ne sont pas toujours à la hauteur des attentes des apprenants. Cependant, même peu développé, le traitement pédagogique et médiatique peut constituer une innovation très positive pour un enseignant sur campus. Par contre, l’utilisation des MOOCs se pose différemment dans les établissements de formation à distance, où leur conception implique une réduction (downgrading) contrôlée d’un dispositif à l’origine plus élaboré.

Troisièmement, les MOOCs, peut-être à cause de leur forte fréquentation et de leur faible élaboration pédagogique, misent implicitement sur l’autonomie de l’étudiant. Les services d’encadrement y sont peu élaborés, soit concentrés sur le lancement d’une démarche essentiellement autodidacte (individuelle ou collaborative), soit centrés sur les fonctions socio-affectives de l’apprentissage (soutenir la motivation, créer un sentiment d’appartenance, etc.) et moins sur les fonctions cognitives (répondre aux questions de contenu, élaborer sur les points mal compris, etc.) qui exigent des interventions plus spécialisées.

3. Que peut-on préconiser en matière d’encadrement pour les moocs

Les trois caractéristiques décrites ont des conséquences sur la manière de concevoir l’encadrement dans les MOOCs.

À cause des fréquentations élevées visées, on peut penser qu’il est impossible d’offrir le niveau d’encadrement caractéristique des cours à distance et que l’encadrement dans un MOOC doit être planifié et organisé en fonction d’un ratio tuteur étudiant beaucoup plus élevé que celui qu’on rencontre habituellement en formation à distance. Même si les modèles d’affaires n’ont pas été encore formalisés, on peut prévoir que les établissements voudront profiter des économies d’échelle et garder sous contrôle la partie des coûts qui grandit avec le nombre d’étudiants, dont les coûts d’encadrement. Il serait donc approprié d’adopter une approche d’ingénierie du tutorat.

Ainsi, en tenant compte des potentiels et des contraintes issues du contexte institutionnel, pédagogique et économique particulier à chaque MOOC, il serait souhaitable de procéder à une analyse des besoins d’encadrement pour identifier les services et les tâches d’encadrement à offrir. À cet égard, des dispositifs de recherche sur le comportement des étudiants dans les MOOCs sont grandement souhaitables. En attendant, on peut réfléchir à différentes approches.

Une première approche amènerait à structurer les services d’encadrement selon le degré d’engagement de l’apprenant dans sa formation et selon son évaluation de ses propres besoins. Ainsi, on pourrait concevoir plusieurs niveaux de services que l’apprenant pourrait choisir au départ de la formation. Par exemple, un niveau de base assurant le dépannage technique et administratif, pour assurer l’accès à la formation, qui s’appliquerait à tous les apprenants. Puis, un niveau de soutien cognitif, composé d’interventions facilitant l’appropriation des contenus. Ensuite, un niveau de soutien socio-affectif visant le maintien de la motivation, ou dans les cas d’apprentissage en équipe, la régulation des échanges, l’appartenance au groupe, etc. Puis, un niveau de soutien cognitif augmenté, où l’apprenant pourrait obtenir une rétroaction sur les productions. Enfin, un niveau de soutien métacognitif, pour objectiver son expérience d’apprentissage et améliorer sa maîtrise du métier d’apprenant.

À chaque niveau, on doit se concentrer sur les services nécessaires, ceux dont l’absence fait courir le plus grand risque d’abandon et d’échec de la formation. Le leitmotiv dans ce cas pourrait être : pas d’abandon de la formation par défaut de dispense de services d’accompagnement.

À chaque niveau, les interventions nécessaires à la prestation des services, incluant l’évaluation des apprentissages, ont avantage à être déléguées. Ainsi chaque fois que cela est possible, on peut concevoir des documents, des outils, des interventions préenregistrées, confier certaines tâches aux pairs. Cela permettrait de réserver les interventions des tuteurs aux tâches d’encadrement les plus spécialisées. L’autonomie de l’étudiant doit également être considérée comme un actif sollicité et valorisé, ce qui implique que les attentes soient correctement ajustées dès le départ.

À tous les niveaux, on doit se rappeler qu’une offre d’encadrement constitue déjà un encadrement : la disponibilité du service offert contribue à entretenir chez l’apprenant le sentiment qu’il n’est pas tout seul dans cette aventure. Ce sentiment a des effets positifs sur l’apprentissage, même si le service réel n’est jamais sollicité. Par contre, la qualité du service, lorsque qu’il est requis, doit être à la hauteur des attentes.
En matière de financement, on peut penser à des niveaux de facturation associés aux niveaux de service sollicités. On peut également penser à des frais minimaux universels qui permettraient, en raison des économies d’échelle, de financer l’ensemble des services offerts.

Dans la perspective d’élargir l’accès au savoir, une autre approche serait de modulariser l’offre de formation en unités plus petites. Par exemple, un cours donné pourrait être fragmenté en trois unités. Une première propose un survol du contenu, avec des activités assez simples et des services minimaux d’encadrement : elle viserait la compréhension générale du phénomène et la capacité d’en parler dans des contextes peu spécialisés. Elle s’adresse donc à un grand public. Une deuxième et une troisième proposent un approfondissement des contenus et des compétences plus élaborées qui s’exprimeraient dans des activités plus complexes et exigeraient des interventions d’encadrement plus élaborées à l’intention de personnes qui ont des besoins plus poussés.

4. Aspects financiers relatifs à l’encadrement des apprenants des moocs

À l'égard des préconisations exprimées sur l'encadrement dans les MOOCs, le plus difficile serait sans doute de trouver du financement, tant pour la conception que pour l'offre de services d'encadrement. Il est admis que les MOOCs sont des formations gratuites et non diplômantes. Or, l'État accorde son financement aux universités sur la base du nombre d'étudiants inscrits à des formations diplômantes. Quelles universités peuvent s'offrir des MOOCs à leurs frais ?

Les grandes universités à charte peuvent sans doute sacrifier des revenus en échange d'une plus grande visibilité pour leurs programmes menant à des formations diplômantes. Voudraient-elles investir davantage pour offrir un meilleur encadrement aux étudiants qui fréquentent leurs MOOCs ? Autrement, est-il pensable que les étudiants inscrits à leurs MOOCs acceptent d'assumer une partie des coûts d'encadrement afin qu'on puisse les aider à réussir des cours qui ne mènent pas au diplôme ?

Nous avons évoqué l'idée d'ouvrir un passage du MOOC vers la formation diplômante pour l'apprenant qui souhaite se voir reconnaître des crédits universitaires. Le cas échéant, l'université pourrait toucher la subvention gouvernementale et les frais d'inscription de l'étudiant qui migre du MOOC vers le cours crédité. Cette éventuelle source de revenus pourrait inciter l'université à investir dans les MOOCs. Encore faudrait-il qu'elle cible des contenus de cours dont la popularité est démontrée afin de pouvoir amortir les coûts de développement de ses MOOCs dans un délai raisonnable.

Quant à l'idée d'offrir des MOOCs comportant des frais d'inscription, si minimes soient-ils, il est à craindre la résistance farouche de l'internaute qui croit fermement au principe selon lequel tout ce qui se trouve sur Internet se doit d'être gratuit (même en sachant que si c'est gratuit, c'est lui le produit!).

En dépit de ces désagréables considérations financières, le MOOC apparaît être une vitrine formidable pour promouvoir l'offre de cours d'une université. Le défi est d'autant plus facile à relever pour l'université qui dispose d'une solide expertise en FAD. Cela apparaît d'ailleurs un avantage concurrentiel dans le marché des MOOCs, car les autres acteurs sont bien souvent de grandes universités campus qui jouissent d'une solide notoriété, mais qui ne maîtrisent pas encore l'art d'enseigner à distance.

Si l'expérience des MOOCs s'avère profitable pour l'université, il est permis de croire qu'elle veuille bien débourser davantage pour offrir des services d'encadrement convenables aux milliers d'apprenants qu'elle a réussi à séduire.

Conclusion

Comme entreprise d’accessibilité du plus grand nombre aux savoirs spécialisés, les MOOCs méritent notre intérêt, mais à condition qu’ils se préoccupent non seulement du nombre d’entrants, mais également du nombre de sortants, i.e. des résultats d’apprentissage qu’ils prétendent atteindre. Dans ce contexte, le développement des MOOCs constituent une occasion de faire évoluer de manière importante les modèles de tutorat tels qu’ils ont été développés pour les dispositifs de formation à distance.



Les échanges pourront se poursuivre lors de la table ronde "Le tutorat dans les moocs"
organisée dans le cadre des 10 ans de t@d

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[1] Plusieurs de ces intentions peuvent cohabiter dans un même établissement et entretenir entre elles des rapports instrument-finalité différents.

[2] Rien n’empêche d’imaginer des MOOCs faisant appel à n’importe quelle variante pédagogique dans un contexte de distance. Cependant, en matière de fréquence, on devrait retrouver la même distribution des cours à travers les approches pédagogiques qu’on trouve dans l’enseignement universitaire.