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vendredi 5 décembre 2025

Aider les apprenants à se questionner face à une activité d'apprentissage

Une formation de qualité est certainement celle qui associe de manière équilibrée les activités d'apports, d'apprentissage et de remédiation.  

Parfois, les apprenants éprouvent des difficultés à se lancer dans une activité d'apprentissage et/ou de production. Il est alors utile, de manière préventive, de les aider à se questionner sur l'intérêt pour eux, l'effort nécessaire, la méthode à privilégier, les bénéfices qu'ils en tireront, leur motivation et d'autres dimensions encore qui sont abordées dans ce document

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mercredi 3 décembre 2025

Aider les apprenants à sélectionner leur lieu d'apprentissage

En formation à distance, la responsabilité de trouver ses lieux d'apprentissage est transférée aux apprenants. Il est pourtant souvent nécessaire de les aider à faire les bons choix. 

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samedi 20 août 2022

Questions pour les apprenants face à la réalisation d'une activité pédagogique

 

Si les concepteurs de formations proposent des activités pédagogiques, ce sont bien les apprenants qui en disposent. Ces derniers, face aux propositions d’activités, se posent de manière inconsciente ou délibérée les questions suivantes : Quel est l’intérêt de cette activité ? Quel effort va-t-elle me demander ? Quelles sont les méthodes que je vais devoir mobiliser pour faire cette activité ? Quel est mon niveau de maîtrise de ces méthodes ? Quelle est ma probabilité de réaliser l’activité avec succès ? Quels bénéfices vais-je en retirer et seront-ils supérieurs aux efforts que je ferai ? Quelle est l’importance réelle pour moi de faire cette activité ? Quel est mon niveau de motivation pour cette activité ? Quel est mon rapport affectif avec cette activité ? Est-ce que je peux en retirer du plaisir ? 

Bien évidemment, lorsque l’apprenant en reste à une posture d’appréhension implicite de l’activité, il ne se posera pas toutes ces questions et c’est le rapport efforts/bénéfices qui sera tout d’abord pris en compte par lui et dimensionnera son investissement dans l’activité. 

Pourtant, il y a un grand intérêt pour l’apprenant à ce que son questionnement devienne plus complet et explicite. C’est là que les accompagnateurs, facilitateurs, formateurs et tuteurs à distance ont un rôle à jouer dans la mesure où les concepteurs investissent souvent assez peu la dimension métacognitive des activités pédagogiques qu’ils proposent. 

Plusieurs méthodes peuvent être utilisées pour amener l’apprenant à se questionner et à se préparer à la réalisation des activités pédagogiques. Si l’entretien apparaît comme la plus naturelle, cette méthode se révèle très chronophage dans la mesure où elle est à reproduire pour les différentes activités de la formation et se révèlera peu supportable économiquement si elle est réalisée individuellement. Il est donc préférable d’utiliser des méthodes alternatives. 

Tout d’abord, il peut être apporté de manière proactive une réponse à plusieurs de ces questions. Identifier l’intérêt de l’activité passe par la présentation de ses objectifs et de leur recontextualisation au regard du parcours de formation et de ses finalités. En ce qui concerne les efforts, outre l’indication du temps à consacrer à déterminer de manière réaliste et non volontariste, ici une fourchette de durée étant la plus adaptée, le rappel des connaissances, savoir-faire et savoir-être à mobiliser pour la réalisation de l’activité est bienvenu. Des conseils méthodologiques peuvent également être formulés et illustrés par des exemples afin de guider l’apprenant et de renforcer son sentiment d’auto-efficacité. 

Les autres questions gagneront à faire l’objet d’un auto positionnement de l’apprenant à partir d’un questionnaire. Ce même questionnaire peut être à nouveau utilisé à la fin de la réalisation de l’activité. La comparaison entre les réponses formulées avant et après l’activité fera apparaître des informations de type métacognitifs riches pour l’apprenant et l’amèneront à un exercice plus complet de son autonomie d’apprenant. 

Enfin, il est utile d’aménager un espace d’échanges après la première itération du questionnaire. Le dialogue qui peut alors être organisé, entre l’apprenant et la personne chargée de l'accompagner, sera plus fécond car il s’appuiera sur les réponses formulées par l’apprenant. Cet échange, dans une démarche plus sociale, peut être réalisé entre les apprenants afin qu’ils mutualisent leurs ressentis, leurs réponses et s’enrichissent les uns les autres.

lundi 12 avril 2021

Objectifs de pratique du tutorat à distance

Le tutorat est certes un domaine de connaissances à s’approprier pour soutenir de manière efficiente les apprenants mais il est indispensable de le pratiquer et de porter un regard distancié sur ses pratiques pour devenir un tuteur à distance expérimenté. 

Les catégories d’objectifs de Bloom (connaître, comprendre, appliquer, analyser, évaluer et créer) constituent un bon viatique pour l’individu qui souhaite progresser dans sa connaissance et sa pratique du tutorat à distance. 

Le parcours peut paraître long et ardu, surtout pour ceux que la pandémie a jeté de manière improvisée dans ce nouveau rôle d’accompagnateur d’apprenants à distance. 

L’illustration ci-dessous présente quelques-uns des objectifs qu’ils peuvent se fixer.



mardi 5 janvier 2021

Après les vacances, la reprise









Les vacances, elles sont faites pour cela, permettent de couper de son quotidien afin de se ressourcer. Pour un apprenant à distance, c’est certainement aussi un temps de déconnexion au sens premier du terme. Vous l’avez peut-être remarqué, malgré les bienfaits des vacances, il arrive que la reprise soit un peu difficile. Retrouver le rythme, mobiliser l’énergie qui permet de consentir aux efforts de l’apprentissage, renouer avec son environnement numérique, se replonger dans les travaux interrompus, relancer la dynamique des échanges avec ses pairs, tout autant de tâches qui ne vont pas forcément de soi. 

Ceci ne devrait pas laisser indifférents les tuteurs à distance, qui là encore, doivent agir pour faciliter et soutenir les apprenants. De très nombreuses interventions tutorales sont envisageables pour que la reprise se déroule positivement. En voici quelques-unes. 

Message proactif. Outre le fait de souhaiter une bonne reprise aux apprenants, les tuteurs à distance peuvent faire un point d’étape sur ce qui a été réalisé avant les vacances et ce qui reste à faire. Redonner de la visibilité et souligner la continuité de l’apprentissage, avant et après les vacances, se révèle être une bonne pratique pour la remobilisation des apprenants. 

Aménager un sas. J’ai le souvenir de mon enseignant de CM1 qui démarrait toujours les séances par une activité intermédiaire entre la cour de récréation et les leçons. Elle consistait, dans la salle de classe, en un jeu de manipulation de balles de tennis, activité physique, comme celles durant la récréation, mais dont les règles à respecter et l'effort de concentration aménageaient une transition douce avec les leçons à venir. De manière similaire, il peut être aménager un espace d’échanges où les apprenants exposent telle ou telle activité qu’ils ont menée durant les vacances et leur demander d’établir un lien avec leur activité d’apprentissage. 

Pour ma part, les vacances sont un temps privilégié de lectures de loisir. Cette année, j’ai relu Lao-Tseu et une de ses paroles m’a fait réfléchir à ma pratique de tuteur à distance : "L'enseignement sans parole, l'efficace du non-agir, rien au monde ne saurait les égaler." Alors que la proactivité est essentielle dans une pratique d’accompagnement, on ne peut que constater qu’elle n’est pas rattachable au « non-agir ». Elle est précisément son contraire puisqu’il s’agit d’intervenir en prévention, sans avoir été sollicité. Si j’ai quelques réserves avec le concept du « non-agir », cette pensée de Lao-tseu me permet de me reposer différemment la double question - est-ce que j’en fais assez ? Est-ce que je n’en fais pas trop ? - qui précède chacune de mes interventions tutorales : Est-ce que le bénéfice de mon intervention pour les apprenants est supérieur à celui qu’ils auraient si je ne la réalisais pas ? 

Classe virtuelle de reprise. La classe virtuelle est plébiscitée, surtout en ces temps de pandémie, pour son aspect plus humain et social que l’étude solitaire de modules en ligne. Et même, si des excès ont pu être observés lors des derniers mois, comme celui de remplacer un présentiel par une classe virtuelle de même durée, elle est certainement bien adaptée pour une reprise de formation. 

C’est le choix que j’ai fait pour mon cours d’ingénierie tutorale dans le master MFEG de Rennes 1. Alors que les étudiants ont démarré, début décembre, une activité collaborative de production de livrable dont l’échéance est début février, il m’est apparu nécessaire, en l’absence de tout regroupement présentiel, de planifier une classe virtuelle supplémentaire pour faciliter leur redémarrage. Son déroulé n’a rien de révolutionnaire : échanges de bons vœux ; échanges d’anecdotes vécues durant les vacances pouvant éclairer leur parcours, leurs pratiques et stratégies d’apprentissage ; point d’étape par chaque groupe sur l’avancée de leurs travaux, conseils méthodologiques et annonce de la procédure de demande d’un éventuel délai supplémentaire à l’échéance prévue ; Encouragements pour la poursuite des travaux et rappel de ma disponibilité. 

Et vous, comment aménagez-vous votre reprise et celle de vos apprenants ?

mardi 3 novembre 2020

10 conseils pour déconfiner à distance les apprenants

Le confinement, c’est la réduction des rencontres physiques mais ce ne peut être l’absence d’interactions sociales. En ce début de deuxième période de confinement (notez bien que je ne parle pas de seconde…) l’activité de formation est déportée à distance. Si lors du premier confinement, les acteurs de la formation ont mis à disposition de nombreuses ressources en ligne et réalisé une multitude de webinaires, souvent expositifs, le décrochage de nombreux apprenants a mis en lumière plusieurs vérités trop souvent oubliées : 

  • Il est impossible de reproduire à distance ce que l’on fait en présentiel sans risque de perte affectant directement l’atteinte des objectifs. Il faut donc faire différemment. 
  • La formation s’incarne dans la rencontre et l’échange entre personnes. 
  • Aucune ressource, quelle que soit sa qualité, ne peut remplacer la réflexion argumentée et la construction du sens qu’offre les échanges entre apprenants et formateurs. 
  • Tous les apprenants ne sont pas égaux face aux difficultés liées à la distance. 
  • L’autonomie de l’apprenant ne peut être érigée en préalable mais est à considérer un objectif à poursuivre. 
  • La distance oblige à rééquilibrer la proportion d’activités d’apports et de soutien à l’apprentissage. Il faut donc « enseigner moins pour qu’ils apprennent plus » 
C’est sur ce dernier point que je veux plus particulièrement attirer l’attention à travers 10 conseils pour déconfiner à distance les apprenants. 


Chaque apprenant confiné dispose de conditions matérielles et environnementales différentes. Pour ceux qui sont le plus dans l’inconfort, le risque de décrochage est accru. Il s’agit donc, à partir des éléments recueillis, de convenir avec chaque apprenant des aménagements de la formation lui permettant de poursuivre son apprentissage. 

Si les outils de communication sont nombreux, les préférences des formateurs pour tel ou tel ne doivent pas être imposées aux apprenants. Bien au contraire, il s’agit de rejoindre les apprenants dans leurs habitudes communicationnelles et de privilégier le ou les outils qui font consensus tant en termes de fonctionnalités que d’accessibilité par tous. 

La relation tutorale pour exister doit bien évidemment être une proposition faite aux apprenants sans ambiguïtés mais elle gagne à être contractualisée à travers une charte tutorale précisant les droits et les devoirs des formateurs et des apprenants entre eux. 

La littérature sur le tutorat à distance est abondante et les besoins de soutien des apprenants à distance sont largement décrits. Il est nécessaire de les contextualiser et de les prioriser au regard du public et du format de la formation puis de prévoir la manière dont il sera possible d’y répondre. Il s’agit donc de produire un scénario tutoral. 

Chaque apprenant apprend différemment et à un rythme qui lui est propre. Si le parcours de formation est forcément balisé et rythmé par les communications synchrones, il est souhaitable de laisser aux apprenants des possibilités de choix dans la planification de leurs activités. Et comme tous les apprenants ne sont pas égaux en matière d’habileté à planifier, il est utile de les aider dans cette tâche. 

« Faire circuler des signes de présence » constitue un levier puissant pour rompre l’isolement des apprenants et prévenir le décrochage. Aussi, tant pour donner des informations sur le déroulement de la formation, que pour manifester ses encouragements, soutenir la motivation, amener les apprenants à adopter une posture réflexive sur leurs stratégies d’apprentissage, le formateur doit communiquer de manière régulière et proactive. 

La réduction du temps entre la sollicitation d’un apprenant et la réponse du formateur se révèle souvent bénéfique. Aussi, sans exiger du formateur une disponibilité permanente, sa disponibilité doit être définie dans la charte tutorale et faire l’objet de rappels réguliers par le formateur. 

Les temps d’échanges et de mutualisation sont essentiels à la construction des connaissances. Si certains ont lieu directement entre apprenants dans des espaces où le formateur n’est pas présent, cela ne devrait pas l’exonérer d’en organiser de plus formels à certains moments remarquables de la formation tels que les retours sur des productions individuelles ou collaboratives. 

Une des activités les plus formatrices sont les commentaires du formateur sur les productions des apprenants. Que ceux-ci soient réalisés à l’occasion d’une classe virtuelle ou de manière plus personnalisée par écrit, ils gagnent à ne pas être uniquement négatifs ou positifs mais formulés dans un style constructif permettant la poursuite de l’apprentissage. 

Parce que la distance, a fortiori le confinement, n’est pas une condition naturelle, l’aménagement d’espace de prise de recul réflexive sur la manière de la vivre, de la réguler, de l’aménager se révèle un moyen efficace de lutter contre le décrochage.

dimanche 12 juillet 2020

Bricolage et ingénierie, les deux mamelles du tutorat à distance



Le bricolage et l’ingénierie sont deux figures, deux approches, deux démarches que parait tout opposer. Ici, où l’aptitude serait développée par le faire, elle serait, là, initiée par l’organisation et la modélisation. Ici, l’induction, là, la déduction.

Dans le digital learning, les institutions contraignent souvent les individus promus tuteurs à distance à s’adapter subito, à faire preuve de créativité, à transférer à la situation distancielle, leurs pratiques présentielles de l’accompagnement, bref à bricoler. Puis, dans le meilleur des cas, à tirer progressivement de leurs expériences sinon des modèles, du moins un savoir-faire repéré et énonçable.

Depuis une quinzaine d’années, j’ai avancé l’idée d’ingénierie tutorale en soulignant qu’il n’était ni raisonnable ni responsable pour les institutions de transférer entièrement la responsabilité de la qualité des services tutoraux aux seuls tuteurs à distance. Cette démarche d’ingénierie, pour ceux qui la découvrent, relève bien de la démarche déductive. Ainsi, les étudiants auprès desquels j’interviens dans le master MFEG de Rennes 1, le plus souvent sans expérience de l’accompagnement des apprenants à distance, sont d’abord amenés à prendre connaissance des méthodes, livrables et actions de l’ingénierie tutorale avant de les mettre en pratique. Or, mes propositions ne sont que le résultat de ma pratique de tuteur à distance et de consultant, soit une mise à distance réflexive de nature inductive.

Lors des formations de tuteurs à distance que j’anime, si une part importante est donnée à la pratique et qu’elles sont bâties sur le principe de l’isomorphisme entre les situations vécues comme apprenant et celles que les apprenants auront comme tuteurs à distance, c’est bien une démarche déductive qui est le plus souvent favorisée car se révélant plus adaptée aux contraintes de temps et de coûts imposées par les donneurs d’ordre.

La pensée complexe, et avant elle la dialectique, nous enseignent que les pôles contraires se servent l’un l’autre, plus, ne peuvent exister en l’absence d’un seul. Bricolage et ingénierie sont donc à considérer comme un couple indissociable et nécessaire. Ce sont les allers-retours de l’individu, de l’un à l’autre, à force de boucles rétroactives, qui lui permettent de dépasser les limites de l’ingénierie et du bricolage et de nourrir ce que d'aucuns nomment l'expertise. Il faut à l’individu, à la fois et successivement, successivement et à la fois, vouloir, pouvoir et savoir parcourir le chemin spiralé du modèle à l’improvisation et de l’improvisation au modèle. Se nourrir à chacune des mamelles du tutorat à distance pour grandir et devenir un tuteur à distance expérimenté.

Le bricolage tutoral
Bricoler, c’est refuser l’application stricte d’un modèle, aussi performant qu’il puisse paraître. C’est savoir prendre la situation réelle pour ce qu’elle est et non pour sa description. Le seul Maître du bricolage est la situation. Pour ce faire, le tuteur à distance doit être capable de flexibilité, de discernement et de ce tour de main qui n’est pas transférable, même s’il peut être observé, comme Michel de Certeau l’a fait pour les gestes du quotidien.

Bricoler le tutorat, c’est alors identifier les tâches de soutien à réaliser à destination de l’apprenant et choisir les moyens permettant de s’en acquitter, cela sans suivre une procédure établie mais faire avec les « moyens du bord ». Ce compromis entre l’intention et les moyens disponibles font que le résultat de l’intervention tutorale est forcément décalé. Décalage que l’on retrouve dans toute communication, et tutorer à distance est toujours une action de communication, entre ce que je pense, ce que je dis, ce qui est entendu, ce qui est compris, ce qui est utilisé par mon interlocuteur. Dans « La pensée sauvage » Lévi-Strauss a cette formule éclairante : « Une fois réalisé celui-ci [ici le résultat de l’intervention tutorale] sera donc inévitablement décalé par rapport à l’intention initiale (d’ailleurs simple schème), effet que les surréalistes ont nommé avec bonheur « hasard objectif ». Aussi, les interventions tutorales seraient à réaliser sans les subordonner aux effets qui en sont attendus afin d’ouvrir un espace relationnel entre le tuteur et l’apprenant, où le fortuit et la poésie qui est sienne puisse s’épanouir et être agissante.

Bricoler le tutorat serait mettre l’accent sur la relation à établir avec l’apprenant, ouvrir des possibles, pratiquer l’écoute active, s’autoriser la spontanéité, mais également faire avec les moyens contingents, recourir à la guidance, conseiller, réfléchir son action. Naviguer entre ces pôles que sont la relation tutorale et les interventions tutorales, c’est pour le tuteur à distance s’offrir l’opportunité de l’expérience et du savoir pratique.

Si donc, savoir bricoler est indispensable au tuteur à distance, est-ce pour autant suffisant pour que le tutorat à distance soit une réalité dans les dispositifs de digital learning ?

L’ingénierie tutorale
Le tutorat à distance étant reconnu comme un élément déterminant de la qualité d’un digital learning, il ne peut être ignoré par les concepteurs et laissé à la seule pratique des tuteurs. Tout comme l’animation d’une formation présentielle est encadrée par une ingénierie pédagogique, les services tutoraux et les pratiques des tuteurs à distance gagnent à l’être par les résultats d’une ingénierie tutorale. Il s’agit de définir, de concevoir, de préparer la diffusion et d’évaluer les services d’accompagnement des apprenants d’un digital learning.

Les enjeux pour l’institution sont de déterminer une politique d’accompagnement fondée sur des valeurs dans lesquelles elle se reconnaît, d’identifier les moyens à mettre en œuvre au service de cette politique, de construire le modèle économique assurant la viabilité du dispositif tutoral. Cela nécessite d’identifier les besoins de soutien les plus courants des apprenants à distance, de les prioriser afin de ne formuler des réponses qu’à ceux dont l’atteinte est estimée supportable au regard des contraintes contextuelles, de relier ces interventions tutorales aux différents profils de tuteurs. Afin de pouvoir répondre à davantage de besoins de soutien et d’offrir un accompagnement plus complet, il est primordial de faciliter la tâche des tuteurs en décrivant et quantifiant leurs interventions. Ceci est également nécessaire afin d’assurer une harmonisation minimale des services tutoraux rendus aux apprenants lorsqu’une institution emploie plusieurs tuteurs pour différentes sessions d’une même formation. Dès lors, il s’agit pour l’institution d’organiser la montée en compétences des tuteurs à distance en les formant et en initiant des communautés de pratiques destinées à la mutualisation des interventions tutorales réalisées. Le dimensionnement d’outils de suivi de la relation tutorale, et des interventions tutorales effectuées, est essentiel lorsque le nombre d’apprenants accompagnés par un tuteur excède sa capacité de mémorisation. Ce n’est qu’à cette condition qu’une réelle personnalisation de l’accompagnement peut être envisagée. La mise en place d’une évaluation des services tutoraux qui peut prendre la forme d’un audit auprès des responsables de formation, des formateurs-tuteurs et des apprenants amène ainsi l’institution à s’engager dans un processus d’amélioration continue de l’accompagnement des apprenants à distance.

Parce que le tuteur à distance intervient toujours dans le cadre formel d’une formation voulue par une institution, il ne peut se contenter de bricoler son accompagnement de manière isolée et sans avoir à en justifier. Mais alors, comment associer bricolage et ingénierie ?

Associer bricolage et ingénierie
Associer le bricolage des tuteurs à distance et l’ingénierie tutorale paraît difficile au premier abord tant les points de départ et les ressorts d’action de l’un et de l’autre sont éloignés. Là ou le bricoleur met l’accent sur la relation avec l’apprenant en situation, l’ingénierie tutorale prétend modéliser l’accompagnement, du moins lui fixer un cadre conçu par avance.

Il existe pourtant des leviers permettant d’articuler ces pôles contraires dont voici les principaux.

Construire un vocabulaire et une culture partagée du tutorat à distance. L’élaboration d’un vocabulaire spécifique au tutorat à distance mais également des échanges entre l’institution et les tuteurs sur les valeurs accordées au tutorat est certainement une des premières actions à mener. Elle permet aux acteurs de se reconnaître, d’identifier leurs différences de représentations, de construire leurs convergences.

Dimensionner les conditions et les moyens de la délivrance des services tutoraux. Si les contraintes contextuelles pèsent sur les résultats de l’ingénierie tutorale, il est néanmoins prudent de ménager des marges de liberté et d’initiative aux tuteurs dans l’adaptation de leur accompagnement aux situations réelles des apprenants. Afin que le bricolage tutoral puisse être pratiqué, un espace, au périmètre énoncé, devra être prévu lors de l’ingénierie tutorale. Il sera alors nécessaire de lui donner une dimension contractuelle par la rédaction de deux chartes tutorales, l'une définissant les droits et devoirs des tuteurs envers l’institution et inversement et l'autre concernant les tuteurs et les apprenants.

Associer les tuteurs à la conception des dispositifs tutoraux. Afin de diminuer les préconisations de l’ingénierie tutorale que l’expérience réelle de l’accompagnement des apprenants invalidera, il est utile d’associer des tuteurs à la définition du scénario tutoral. De même, des espaces d’échanges, en présence et à distance, entre concepteurs et tuteurs devraient être aménagés durant la diffusion de la formation, en particulier lors de la première session de la formation, afin que les tuteurs puissent faire remonter les difficultés des apprenants sur tel ou tel aspect du contenu ou du matériel pédagogique et suggérer des modifications.

Expérimenter et partager les expériences. Un dispositif tutoral conçu n’est qu’une élaboration intellectuelle qui ne peut s’exonérer d’être passer au crible de l’action réelle. Il est donc nécessaire de procéder à des expérimentations et surtout d’organiser des retours d’expérience afin de relever les manques, les inadaptations, le superflu des résultats de l’ingénierie tutorale que seul l’exercice du tutorat à distance permet de révéler.

Mutualiser le bricolage pour le conceptualiser. Les praticiens de la didactique professionnelle en témoignent fréquemment, les professionnels ont beaucoup de difficultés à décrire leur savoir-faire pratique, les raisonnements qui les amènent à telle ou telle comportement, l’enchaînement de leurs actions. Il en est de même pour les tuteurs à distance. Ce n’est pourtant qu’à cette condition que des lignes de force peuvent émerger et aboutir à enrichir la modélisation des interventions tutorales. Il serait donc intéressant que des didacticiens, des psychologues et des ergonomes interviennent auprès de groupes de tuteurs à distance pour fournir de nouveaux éléments à ceux qui sont chargés de l’ingénierie tutorale.

Il est évident que ce billet est très loin d’épuiser le sujet du dépassement des postures des tuteurs bricoleurs et des ingénieurs du tutorat à distance. Aussi, n’hésitez pas à l’enrichir par vos réactions et commentaires.

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Sources

De Certeau, Michel. L'invention du quotidien. Gallimard. 1980.

Levi-Srauss, Claude. La pensée sauvage. Plon. 1962.

Morin, Edgar. La méthode. Le Seuil. 1977-2004.

Paul, Maela. La démarche d'accompagnement. De Boeck. 2020.

Pastré, Pierre. La didactique professionnelle. PUF. 2011.

Rodet, Jacques. L'ingénierie tutorale. JIP Editions. 2016.

vendredi 7 juin 2019

Utiliser sa voix à distance




Dans de nombreux digital learning, la voix et plus généralement les sons ne font pas l’objet de la même attention que les éléments graphiques et d’animation. De même, en situation d’accompagnement, la voix est soit absente lors des interventions écrites soit de qualité plus ou moins bonne à travers les classes virtuelles et autres outils permettant une communication orale. Pourtant, tout formateur sait d’expérience que sa voix est son premier atout en situation d’animation. Voici quelques rappels la concernant.

Le volume, c’est la force de la voix. Il faut savoir ajuster le volume selon l’auditoire et les éléments sonores ambiants : plus doux lorsque le public est restreint et les sons ambiants limités plus élevé lorsque l’auditoire est plus étendu ou que les sons ambiants sont plus dérangeants. Le tuteur prendra soin lors d’une classe virtuelle de vérifier le volume de son micro en demandant aux apprenants s’ils l’entendent bien et de l’ajuster si nécessaire.

L’intonation correspond à la variation de la hauteur de la voix. Un énoncé articulé avec une courbe intonative montante puis descendante, est habituellement perçu comme déclaratif. Le même énoncé, prononcé avec une courbe montante en finale, est plutôt interprété comme une question.

Le débit, c’est-à-dire la vitesse d’élocution, la vitesse à laquelle le message est dit. Lent pour s’assurer de la compréhension du message ou pour réconforter. Moyen pour informer, compléter, préciser ses propos. Rapide pour stimuler le destinataire, pour se montrer dynamique, entraînant, etc.).

L’articulation, c’est le détachement et l’enchaînement correct des sons. Elle dépend des mouvements de la langue, des mâchoires et des lèvres. Elle est essentielle à la compréhension du propos et demande une attention particulière lorsque le débit est rapide.

Le rythme est créé par l’alternance plus ou moins régulière des syllabes accentuées, des syllabes inaccentuées et des pauses. Il peut être calme et posé, rapide et dynamique, saccadé et nerveux, etc. Les pauses et les silences donnent le temps d’assimiler, scandent la structure du propos, souligne un passage important.

La variation de ces éléments et de leur combinaison permet aux apprenants de maintenir davantage leur attention et d’assimiler les propos qui sont tenus.

Source : https://lacroiseefr.wordpress.com/2010/06/01/les-elements-prosodiques-et-sonores/

dimanche 6 janvier 2019

Briser la glace à distance

Image de Jean-Paul Moiraud

Le démarrage d’une formation hybride fait fréquemment l’objet d’une séance présentielle. Toutefois, ceci n’est en rien une obligation et lorsque le concepteur est contraint à réduire les séances présentielles, il est préférable de réaliser les activités de brise-glace à distance. Dès lors, deux modalités synchrone et asynchrone sont envisageables.

Brise-glace en classe virtuelle
La classe virtuelle est certainement la modalité distancielle qui se rapproche le plus du présentiel. Ceci n’est réel que dans la mesure où l’on ne se contente pas de réaliser un webinaire expositif mais que l’on permette aux participants de s’exprimer tant par écrit qu’oralement durant la classe virtuelle. Ainsi, la plupart des activités de brise-glace peuvent s’y dérouler. En voici trois exemples.

Le classique tour de table peut être réalisé bien qu’il soit assez chronophage. Il gagne à être supporté par un pecha kucha préparé à l’avance par l’animateur. Ce diaporama minuté, où sur chaque écran une question est posée, est lancé par l’animateur pour chaque participant qui se présente au rythme imposé.

Le portrait chinois consiste pour l’animateur à proposer une liste de mots tels que : animal, couleur, film, chanson, plat, plante, acteur, objet, vêtement, etc. Ceci peut être réalisé sur le tableau blanc de la classe virtuelle où chaque apprenant est invité à écrire ou dessiner ses réponses.

La présentation croisée consiste dans un premier temps à former des binômes d’apprenants qui échangent sur qui ils sont, sur leurs attentes vis-à-vis de la formation, sur leur projet professionnel, etc. Cette première étape est réalisable par la fonction « ateliers » qui permet à des apprenants d’avoir accès à toutes les fonctionnalités de la classe virtuelle dans un espace privé. Plusieurs ateliers peuvent se tenir simultanément dans la classe virtuelle et l’animateur peut aller d’atelier en atelier ou s’adresser à tous les ateliers en même temps. La seconde étape, réalisée avec l’ensemble du groupe, consiste pour chaque apprenant à présenter son collègue qui est également invité à compléter au besoin.

Brise-glace via un forum
Il peut être intéressant et parfois plus aisé de réaliser le brise-glace en asynchrone. Le forum est un outil adapté à cela dans la mesure où il s’agit d’une expression publique envers le groupe dont le contenu écrit reste disponible tout au long de la formation.

Vous l’avez peut-être déjà expérimenté, il n’est pas toujours facile d’engager les apprenants à contribuer dans un forum. Aussi quelques précautions sont à prendre pour lancer et animer un forum de présentation des apprenants. La première est d’annoncer l’existence de ce forum et d’en préciser l’enjeu. Si la formation prévoit des activités collaboratives, préciser par exemple, que les contributions des uns et des autres permettront à chacun de mieux se constituer en groupe collaboratif. La deuxième précaution est de proposer un cadre, un plan de présentation. Par exemple : lieu de résidence, activités professionnelles, expérience de la formation en ligne, ce que je vise à travers la formation, ce que j’aime en formation, ce que j’ai envie de dire de moi… La troisième précaution est de donner l'exemple en publiant sa présentation selon le plan proposé. L’expérience montre que les apprenants contribuent presque en totalité ou en totalité à cette activité.

Et vous, quelles sont les activités à distance que vous réaliser pour briser la glace ? 



mardi 19 juin 2018

Les interventions tutorales individuelles

Si la collaboration est une modalité fréquemment utilisée dans un digital learning et que les interventions tutorales collectives sont les plus courantes pour supporter les apprenants, il n’en reste pas moins que certains besoins d’aide sont purement personnels.

La réalisation d’interventions tutorales individuelles peut concerner un apprenant en particulier et dans ce cas, on parle plus volontiers de personnalisation ou un groupe d’apprenants présentant des caractéristiques communes telles que le niveau de connaissances préalables, le temps disponible pour leur apprentissage, les objectifs visés, la profession, etc. Individualiser, c’est donc apporter des réponses circonstanciées à un apprenant ou à un sous-groupe d’apprenants. Cela suppose d’avoir recueilli au préalable un certain nombre d’informations sur les apprenants concernés permettant une prise en compte spécifique de leur situation.

Lorsque le dispositif tutoral prévoit ce type d’interventions, il est important de ne pas en sous-estimer la durée tant celles-ci peuvent se révéler chronophages pour le tuteur.

La plupart de ces interventions sont réactives, en réponse à une sollicitation de l’apprenant, mais peuvent être également proactives en cas de risque d’abandon ou pour anticiper telle ou telle difficulté probable qui sera rencontrée par un sous-groupe d’apprenants.

Elles sont essentiellement centrées sur les plans socio-affectif, motivationnel et métacognitif. En effet, les interventions cognitives, portant sur le contenu, gagnent à être collectives dans la mesure où la difficulté de compréhension de l’un peut également être ressentie par d’autres, même s’ils ne la manifestent pas. De manière générale, il est déconseillé de réaliser une intervention tutorale individuelle dès lors qu’elle peut bénéficier à d’autres apprenants. Il s’agit là d’un principe d’économie du temps tutoral d’autant plus important à respecter que le taux tutoral est faible. (cf. Proportion du tutorat dans un digital Learning).

Les interventions tutorales individuelles peuvent porter sur des aspects très personnels qui ont vocation à ne pas être dévoilés au risque de saper la confiance entre l’apprenant et le tuteur. En effet, il n’est déjà pas si facile pour un apprenant d’oser s’ouvrir et faire connaitre au tuteur les difficultés personnelles qu’il rencontre. En conséquence il doit avoir l’assurance que les échanges qu’il aura avec le tuteur resteront strictement privés.

samedi 9 juin 2018

Projet pilote-tutorat au Cégep à distance


Marie-Michèle Rhéaume, Conseillère pédagogique et chargée de projets au secteur du tutorat et Sabrina Boisvert, Tutrice-accompagnatrice ont fait une présentation d'expérimentation du tutorat à distance au Cégep à distance lors du Colloque de l'AQPC 2018, intitulée "Pour un encadrement technologique au profit de la persévérance des étudiants"

Le diaporama de sa présentation est disponible à

A remarquer cette vidéo de relance des étudiants pour la remise de leur premier devoir dont le propos est encourageant et incitatif en prenant soin d'éviter toute culpabilisation et de manifester la disponibilité de la tutrice à aider les étudiants.