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mercredi 26 novembre 2025

Aider les apprenants à situer l'exercice de leur autonomie

L'autonomie des apprenants est souvent présentée comme un prérequis pour ceux qui suivent des parcours en ligne. Au risque de me répéter, ceci est totalement FAUX. 

L'autonomie s'accompagne ! 

Parmi les actions qui peuvent être menées c'est de permettre aux apprenants de faire le point sur l'exercice de leur autonomie. 

Clic sur le baromètre pour y accéder



lundi 30 janvier 2012

A propos des dimensions constitutives de l'autonomie. Par Jacques Rodet

Ultramarine, Tony Tuckson
Dans leur article " La compétence en formation. Entre instrumentalisation de la notion et instrumentation de l’activité", (revue Education & Formation n°e-296) Brigitte Albero et Marc Nagels évoquent les six dimensions constitutives de l’autonomisation et de son instrumentation qui peuvent être tirées de la littérature scientifique s'intéressant à l'autoformation des adultes.

Ces apports sont intéressants et permettent d'aborder la notion même d'autonomie qui semble néanmoins être acceptée par les auteurs comme un prérequis exigible pour les apprenants à distance. Pour ma part, j'ai plutôt tendance à penser que l'exercice de l'autonomie par les apprenants à distance est un objectif transversal à toute FOAD. (cf. Comment le tuteur peut aider un apprenant à exercer son autonomie)  Celui-ci devrait donc se traduire par une conception d'activités spécifiques, d'ordre essentiellement tutoral, afin de faire progresser les apprenants dans l'exercice de leur autonomie. Il me semble également nécessaire de ne pas penser l'autonomie comme une notion absolue mais toujours relative à la réalisation d'activités et de tâches.

Tout en acceptant l'autonomie comme prérequis les auteurs indiquent qu'il est nécessaire d'en vérifier la réalité chez les apprenants. Ils proposent alors un tableau tout à fait pertinent que je reproduis ci-dessous. Or, celui-ci ressemble fortement aux tableaux auxquels aboutit en général l'analyse des besoins d'aide des apprenants qui constitue la première action de l'ingénierie tutorale. La colonne "dimension" étant celle des plans de support à l'apprentissage (cf. les billets sur ce sujet), la colonne "exemples de compétences requises" étant celle des besoins d'aide des apprenants repérés, la colonne "exemple de conduites attendues" étant similaire et la colonne "exemple de mode d'instrumentation" étant alors renommée interventions tutorales (humaines ou instrumentales).

J'en tire les points suivants :
  • Diagnostiquer est essentiel et il y a intérêt à le faire avant même la diffusion de la formation.
  • L'ingénierie tutorale procédant au diagnostic-analyse des besoins d'aide des apprenants permet de positionner l'exercice de l'autonomie comme un objectif et non un prérequis dont il faut vérifier la présence
  • L'autonomie n'est jamais l'absence d'aide
  • L'aide peut être fournie par une ressource ou une personne-ressource. 
  • L'aide aboutit à l'accroissement de la capacité de l'apprenant à exercer son autonomie 
  • Le point de départ de l'exercice de son autonomie par un apprenant à distance commence par le repérage de ses besoins d'aide pour s'acquitter de ses tâches d'apprenant à distance
  • L'aide aux apprenants à exercer leur autonomie est une des raisons d'être du tutorat à distance et de son ingénierie

Six dimensions constitutives de l’autonomisation et de son instrumentation.
Quelques exemples de compétences requises, conduites attendues et modes d’instrumentation.
Brigitte Albero et Marc Nagels


jeudi 13 octobre 2011

Autorportance des dispositifs FOAD et autonomie des apprenants. Par Jacques Rodet

La détermination des services tutoraux offerts aux apprenants d'un dispositif de formation à distance ou hybride nécessite la prise en compte de nombreux éléments. Les intentions de l'institution, l'expression de ses valeurs en matière d'accompagnement, le repérage des besoins des apprenants en terme de support à l'apprentissage sont les premières étapes incontournables d'une réelle ingénierie tutorale.

Toutefois, un autre paramètre peut permettre assez rapidement d'estimer l'importance des services tutoraux à mettre en oeuvre en fonction du niveau d'autoportance du dispositif et des ressources. Par autoportance, il faut comprendre la possibilité pour l'apprenant de trouver et d'utiliser aisément le dispositif et les ressources pour atteindre ses objectifs de formation. De manière générale, plus le niveau d'autoportance est élevé, moins les services tutoraux sont à développer. A l'inverse, des ressources insuffisantes tant sur le contenu que le support méthodologique, technique ou administratif ainsi que sur les autres plans de suppport à l'apprentissage (motivationnel, socio-affectif, métacognitif) doivent être compensées par la scénarisation d'interventions tutorales.

Il apparait ainsi, qu'en fonction du positionnement d'un dispositif sur les deux axes de l'autoportance du dispositif et des ressources et de la nécessité d'un accompagnement tutoral, deux postures envers l'autonomie de l'apprenant sont identifiables. Lorsque l'autoportance est élevée et la nécessité de l'accompagnement tutoral faible, les concepteurs postulent l'autonomie de l'apprenant comme un préalable. Lorsque l'autoportance est plus faible et la nécessité de l'accompagnement élevé, les concepteurs fixent l'exercice de l'autonomie par les apprenants comme un objectif transversal de la formation pour lequel d'autres interventions tutorales en particulier sur le plan méthodologique et métacognitif sont à prévoir.

mercredi 2 mars 2011

Proactivité des interventions tutorales et autonomie de l'apprenant. Par Jacques Rodet


"Le modèle de tutorat utilisé est innovant et comporte, à la fois, de l'accompagnement proactif afin de permettre à chacun d'évoluer en totale autonomie dans l'environnement numérique pédagogique mis en place, et de l'accompagnement réactif."

Cette formule promotionnelle utilisée ici m'amène à questionner la capacité des interventions tutorales proactives à encourager l'autonomie des apprenants.

L'autonomie : un objectif
Si l'autonomie des apprenants est une compétence souhaitable, elle ne peut, à mon sens, être un préalable. Dès lors, elle est à concevoir plutôt comme un objectif. Il faut d'ailleurs s'entendre sur le sens donné à l'autonomie. Personne n'est autonome dans l'absolu mais toujours relativement à une tâche à effectuer. Par ailleurs, il est toujours possible d'accroitre son autonomie. Un apprenant autonome n'existe pas en soi mais toujours relativement aux tâches d'apprentissage qu'il a accomplir. Pour ce faire, il fait appel à des stratégies d'apprentissage. Celles-ci sont nombreuses et toute personne peut toujours élargir son répertoire de stratégies ou se perfectionner dans l'une d'entre elles. Aussi, l'exercice de son autonomie par un apprenant nécessite qu'il ait une bonne perception de ses forces et faiblesses dans son "métier d'apprenant". Le tuteur peut accompagner l'apprenant vers une plus grande autonomie en lui proposant des activités métacognitives qui lui permettront de porter un regard distancié sur ses stratégies d'apprentissage. De même, le tuteur, par la mise à disposition de fiches méthodologiques sur les tâches peut faciliter la prise d'autonomie de l'apprenant.

Proactivité et autonomie : aspects contradictoires
La proactivité consiste pour le tuteur à intervenir en prévention, par avance, en allant au devant des éventuels besoins d'aide de l'apprenant. Il peut donc exister une certaine contradiction entre le fait d'intervenir de manière proactive et le fait de laisser l'apprenant exercer son autonomie. De nombreux témoignages montrent d'ailleurs que les apprenants plus autonomes reçoivent avec circonspection, parfois avec agacement, les interventions proactives non différenciées de la part des tuteurs à distance. Intervenir de manière proactive trop fréquemment, ne revient-il pas à encadrer, à guider trop fortement l'apprentissage de l'apprenant ? Ce dernier ne risque-t-il pas de devenir dépendant des interventions proactives du tuteur ? Puisque le tuteur proactif intervient par avance, l'apprenant a-t-il encore la nécessité d'identifier ses besoins d'aide ? De porter un regard métacognitif sur sa posture d'apprenant ?

Proactivité et autonomie : une contradiction apparente mais non réelle
Si certaines interventions proactives sont certainement de nature à brider la liberté et donc l'exercice de son autonomie par l'apprenant, d'autres le facilitent. Ces interventions sont d'ordre essentiellement méthodologique, motivationnel et métacognitif. Transmettre par avance des informations et des ressources permettant à l'apprenant de mieux comprendre les attendus d'une tâche d'apprentissage et les stratégies à mettre en oeuvre est une de celles-là. Amener l'apprenant à faire le point sur les objectifs personnels qui le poussent à réaliser sa formation, à identifier sa motivation intrinsèque en est une autre. Proposer à l'apprenant de tenir un journal de formation, de procéder à des auto-évaluations de ses connaissances construites durant la formation est aussi une intervention proactive que le tuteur peut mener à l'intention de l'apprenant à distance.


Il n'y a donc pas de contradiction entre interventions proactives et développement de l'autonomie. Tout dépend des interventions réalisées. A noter, que l'exercice de l'autonomie par l'apprenant est également redevable à l'adoption d'interventions réactives par le tuteur. N'intervenir qu'au cas où, quand l'apprenant en manifeste le besoin, est certainement aussi une manière de respecter son autonomie. Cela suppose que le tuteur ait pu vérifier que sa non sollicitation est le fait d'apprenants autonomes et non d'apprenants n'osant pas demander de l'aide.


illustration : Paul Klee, Projet, 1938



jeudi 10 février 2011

Permettre aux apprenants à distance d’exercer leur autonomie. Par Jacques Rodet


Permettre aux apprenants à distance d’exercer leur autonomie est une des tâches transversale du tuteur à distance. Moins que tout autre, l’autonomie ne se décrète ni se convoque. Il y a d’ailleurs quelques abus à parler d’autonomie de manière générale puisque l’autonomie ne s’exerce que dans l’action et que celle-ci est toujours particulière. Accompagner les apprenants à distance pour qu’ils soient en mesure d’exercer de plus en plus largement leur autonomie consiste donc pour le tuteur à distance à, dans un premier temps, repérer les actions pour lesquelles les apprenants ont intérêt à être autonomes.

De la planification de son apprentissage à la sélection des stratégies cognitives utilisées en passant par la détermination des ressources à solliciter, les tâches sur lesquelles les apprenants doivent exercer leur autonomie sont variées. Le tuteur à distance intervient alors de manière simultanée sur plusieurs plans : méthodologique, motivationnel et métacognitif. Développer l’apprendre à apprendre chez les apprenants, les amener à identifier les éléments qui les motivent à s’engager et à poursuivre leur apprentissage, susciter des pratiques métacognitives telles la tenue d’une journal de formation sont quelques-unes des pratiques tutorales à privilégier pour faciliter la prise en main de leur apprentissage par les apprenants à distance.

A noter, la récente parution d’un livre signé par Brigitte Albero et Nicole Poteaux, « Enjeux et dilemmes de l’autonomie » dont je reproduis ci-dessous la présentation.

En quelques années, l'idée philosophique et politique d'autonomie s'est imposée en principe majeur dans le monde du travail et de la formation. De mode existentiel de rapport au monde et de gouvernement de la cité, elle est devenue simple item dans les référentiels de compétences professionnelles, condition d’accès à l’emploi et critère de gestion des ressources humaines.

Cet ouvrage présente l’analyse d’une expérience d’autoformation des étudiants à l’université qui a placé l’autonomie au centre de son projet sans pour autant la réduire à une prescription normative ni à un outil de management. Exceptionnel par son ampleur et sa durée, le dispositif des Centres de Ressources en Langues progressivement mis en place à l’université Louis Pasteur de Strasbourg, est en effet le premier et le seul jusqu’ici à avoir offert aux étudiants, pendant plus de quinze ans et à grande échelle, la possibilité d’apprendre les langues étrangères par une démarche individualisée d’autonomisation personnelle.

Sept chercheurs ont analysé de divers points de vue, la genèse du dispositif, sa structure et son fonctionnement, ses usages par les acteurs sur le terrain et son évolution dans le temps. Les résultats de leurs analyses dépassent largement le propos initial. Ils ne décrivent pas seulement les voies possibles, les exigences et les conditions de réussite d’une véritable formation à l’étude autonome. Ils montrent le rôle déterminant des dimensions personnelles – cognitives, socio-affectives, motivationnelles - dans les différentes réponses, individuelles et collectives, aux sollicitations des technologies et des dispositifs. Ils révèlent aussi les enjeux et les dilemmes que soulève la mise en œuvre du principe d’autonomie dans les institutions hiérarchiques organisées autour d’autres valeurs. Ils apportent enfin a contrario une explication au malaise et aux tensions sociales suscitées par la prescription d’autonomie quand, prenant la forme pathogène d’injonctions paradoxales, elle interdit aux individus toute possibilité de l’exercer.

Langue français
ISBN-10 2-7351-1305-1
ISBN-13 978-2-7351-1305-7
ISSN 2110-1957
Année de publication octobre 2010

Illustration : Michal Batori, Piano-Folies Enghien-les-Bains? 2006.

lundi 31 janvier 2011

L'accompagnement dans les nouvelles modalités de formation, d'après Frédéric Hauew. Par Jacques Rodet


Frédéric Hauew dans un diaporama intitulé "Individualisation et nouvelles modalités de formation" s'intéresse aux différents types d'accompagnement. Je reproduis ici les trois écrans de Frédéric Hauew relatifs à ce sujet et commente le dernier.





Ce dernier schéma montre que l'autonomie des apprenants et des groupes d'apprenants n'est pas spontanée mais nécessite l'accomplissement d'un parcours en plusieurs étapes où le tuteur à distance aura à apporter son aide, plus présente au début et moins à la fin selon les principes d'étayage et de désétayage évoqués en particulier par Vygotski.

Accès et motivation : le tuteur doit permettre aux apprenants d'avoir accès à l'espace d'échanges et les inciter à participer en présentant les objectifs, les attendus, les étapes, les productions envisagées, les bénéfices à retirer, etc.

Socialisation on-line : Il s'agit pour le tuteur de favoriser l'expression de chacun afin que tous les participants puissent se situer socialement, éventuellement à partir d'une grille prédéfinie, ou de manière plus libre.

Echange réciproque d'informations : cette étape peut être assez différente selon les activités collaboratives proposées. Il peut s'agir de mieux définir le cadre de la collaboration, de permettre à chacun des apprenants d'exprimer leurs représentations des objectifs et des tâches, de déterminer le fonctionnement du groupe, de renforcer son identité, etc. Le rôle du tuteur est de favoriser ces échanges non pas en apportant des réponses par avance mais en les faisant élaborer par les apprenants.

Construction de connaissances : la construction de connaissances est toujours individuelle mais elle est également toujours stimulée, pour chacun des apprenants, par les interactions qu'ils entretiennent entre eux. Le rôle du tuteur consiste à animer ces échanges, à apporter des éléments d'approfondissement, à relever les erreurs conceptuelles éventuelles, à fournir des rétroactions individuelles et au groupe, etc.

Développement et consolidation : les précédentes étapes ont normalement permis aux apprenants de développer leur autonomie et c'est lors de cette dernière étape qu'ils sont le plus à même de l'exercer. Le tuteur tend alors à s'effacer et à n'intervenir plus que de manière réactive aux demandes des apprenants. Il procède aussi à des rétroactions sur les productions réalisées, surtout s'il a une fonction d'évaluateur.



Pour aller plus loin :
cf. France Henri, Karin Lundgren-Cayrol (2001) Apprentissage collaboratif à distance. PUQ


lundi 13 septembre 2010

Comment le tuteur à distance peut agir sur la motivation des apprenants ? Par Jacques Rodet


Si la motivation est considérée par de nombreux formateurs, enseignants, tuteurs comme une des clés de la réussite des apprenants, tous n'identifient pas forcément les actions qu'ils peuvent avoir pour la renforcer et/ou la maintenir.

En premier lieu, il appartient à ces personnes d'améliorer leurs connaissances sur la motivation afin dans un second temps de pouvoir intervenir de manière adaptée auprès des apprenants. A cet égard, l'article de Jacques Forest, Laurence Crevier-Braud et Marylène Gagné (Mieux comprendre la motivation au travail) est intéressant pour distinguer les différentes formes de motivation. Parmi elles, il est fréquemment fait référence à la motivation extrinsèque et la motivation intrinsèque.

La motivation extrinsèque est largement assimilable à la carotte et au bâton. Il est possible d'agir sur la grosseur du bâton et d'augmenter ainsi son effet dissuasif afin que l'apprenant n'adopte pas des comportements préjudiciables à son apprentissage. Rappeler les conditions de réussite ou les conséquences du non respect du règlement, de la charte tutorale sont une manière de brandir le bâton. Toutefois l'efficacité de telles actions n'est pas toujours réelle et présente l'inconvénient de ne pas favoriser l'autonomie. La carotte peut être rendue plus appétissante en indiquant les bénéfices que l'apprenant pourra retirer en allant au terme de son parcours d'apprentissage (compétences développées, diplôme et sa valeur, débouchés professionnels etc.).

La motivation intrinsèque est l'ensemble des ressorts personnels qui ont amené l'apprenant à s'engager dans l'action de formation. A côté des objectifs académiques d'une formation, un apprenant poursuit aussi fréquemment d'autres objectifs relatifs à la reconnaissance de son environnement personnel ou professionnel mais aussi au regard qu'il porte sur lui-même. Permettre à l'apprenant d'identifier ses objectifs personnels de formation et les critères qui permettront d'en évaluer le niveau d'atteinte sont des actions que le tuteur peut entreprendre.

D'autres interventions visant à rendre l'apprentissage signifiant pour l'apprenant agissent positivement sur sa motivation. Privilégier l'émergence de ses connaissances préalables sur l’objet de son apprentissage, proposer des activités d’apprentissage en lien avec des situations authentiques tirées de son environnement, l'encourager à s’auto-évaluer sont quelques unes des actions pouvant être menées par le tuteur à distance.


A la suite d'Amaury Daele (cf. son billet intitulé « Motiver les étudiant-e-s ») j'attire l'attention sur un document de Jacques Lanarès traitant des actions qu'il est possible de mettre en œuvre dans le but de renforcer et soutenir la motivation (Comment renforcer, soutenir la motivation des étudiant-e-s ? Quelques pistes pdf). Selon cet auteur, il faut agir en deux directions. La première vise à ce que l'apprenant reconnaisse plus de valeur à la formation qu'il effectue. La seconde est relative à la valeur que l'apprenant se reconnaît comme apprenant.

«
Qu’est-il possible de faire pour que les étudiant-e-s accordent plus de valeur à un enseignement ou aspect/partie d’un enseignement ?
  • « Contextualiser », c’est-à-dire partir d’une anecdote, d’un vécu possible des étudiant-e-s (même hypothétique), d’une résolution de problème, de quiz, tests, etc. pour que les étudiant-e-s se sentent concerné-e-s par ce qui va être abordé.
  • Partir de questions heuristiques. Les étudiant-e-s perçoivent mieux l’intérêt s’ils/elles voient que les thèmes traités répondent à des questions qu’ils/elles se posent ou dont ils/elles doivent connaître les réponses (on peut donc aussi partir d’une question d’examen par exemple).
  • Clarté sur l’aboutissement de l’enseignement et les bénéfices possibles.
  • Valoriser les résultats des étudiant-e-s.
  • Montrer la pertinence du cours dans le cursus ou par rapport aux besoins professionnels et personnels des étudiant-e-s.
  • Permettre aux étudiant-e-s de faire des choix, de travailler en groupe, s’assurer que ce qui est à faire est réaliste, donner du feedback , favoriser une utilisation rapide du contenu proposé (pour répondre aux besoins d’autonomie, d’appartenance et de compétence).
  • Varier les modalités de formation (méthodes, modes de présentation, etc.) pour permettre aux personnes ayant des styles cognitifs différents de se sentir « chez eux » au moins à certains moments.
  • Demander aux étudiant-e-s de formuler leurs attentes.
  • Introduire une dimension de compétition ou de coopération.
  • Stimuler la curiosité.
  • Être motivé-e soi-même (dans les questionnaires d’évaluation de l’enseignement, les étudiant-e-s disent que c’est contagieux!).
Qu’est il possible de faire pour que les étudiant-e-s augmentent leur sentiment de compétence ?
  • Faire les liens avec le connu (expériences, autres contenus déjà abordés, métaphores, etc).
  • Faire schématiser, résumer (leur permet de réaliser qu’ils/elles ont compris, retenu l’essentiel).
  • Permettre d’appliquer.
  • Doser la quantité d’informations nouvelles (fractionner, reformuler, faire des redondances).
  • Faire prendre conscience des stratégies utilisées (les étudiant-e-s ne sont pas toujours conscient-e-s de leurs compétences ou de celles qu’il faut exercer pour réussir une tâche).
  • Inciter/aider les étudiant-e-s à analyser leurs réussites et échecs (ce qui marche, ce qui ne marche pas).
»

Influer sur la motivation nécessite donc d'agir conjointement sur la métacognition et l'autonomie de l'apprenant. Pour ce faire il peut être utile de se référer au principe de récursion tel qu'Edgar Morin le présente (Cf. La Méthode, 6 volumes de 1977 à 2004, Le Seuil) : « C'est une boucle génératrice dans laquelle les produits et les effets sont eux-mêmes producteurs et causateurs de ce qui les produit. »


Favoriser la métacognition de l'apprenant afin qu'il se connaisse mieux comme apprenant lui permet d'augmenter son autonomie (cf. mon texte "Autonomie et métacognition des apprenants à distance" In Chroniques et entretiens, p. 37 pdf) et d'identifier plus facilement ce qui le motive à se former. Agir de manière autonome, c'est-à-dire prendre la main sur son apprentissage renforce sa motivation et lui permet de mieux se connaitre en particulier en s'auto-évaluant. Le fait d'avoir une plus grande perception de sa motivation amène également l'apprenant à développer son autonomie et à entreprendre des activités métacognitives telles que la tenue d'un journal de formation.
Illustration : Saint Joseph charpentier (détail) Georges de La Tour

lundi 25 août 2008

Besoin de personne... Demander de l'aide ?




Céline Lebel, de la Téluq, a consacré deux billets dans les deux derniers numéros de la revue DistanceS, aux deux facettes d'une même question, celle de l'aide et de l'accompagnement : Besoin de personne... et Demander de l'aide ?

Dans le second billet, Céline Lebel se met à la place de l'étudiant qui a besoin d'aide et imagine les questions qu'il peut se poser :

  • « Est-ce que je vais passer pour un cancre ? un faible ? un profiteur du système ? »
  • « Est-ce que je vais « déranger » mon tuteur ? »
  • « Est-ce que je vais me sentir « bienvenu » ? »
  • « Est-ce que je me ferai bien comprendre ? »

Céline Lebel poursuit ainsi : « Réponse aux deux premières questions : non; réponse à la troisième : oui, votre tuteur est là pour ça. La réponse à la quatrième question est moins évidente. Tout ce que je pourrais vous dire, c’est qu’une « rencontre » avec un tuteur, ça se prépare. »

Surmonter la « peur » de demander à son tuteur est certainement le premier pas vers l'exercice de son autonomie par l'apprenant. Ne pas hésiter à contacter son tuteur en refusant de se cacher derrière un « je ne veux pas le déranger » démontre de la part de l'apprenant qu'il a compris que la disponibilité est un des éléments clés du support tutoral et que par ailleurs, il s'autorise à reconnaître et à formuler son besoin d'aide. Les réponses aux deux dernières questions sont plus complexes car elles ne dépendent pas du seul apprenant mais de l'attitude du tuteur et de la relation que ces deux personnes vont entretenir.

Je suis d'accord avec Céline Lebel pour dire que l'apprenant sera d'autant bienvenu auprès du tuteur qu'il aura identifié précisément son besoin d'aide. Mais comme je l'écrivais dans un précédent billet « Aide-toi, le tuteur t'aidera », dans de nombreux cas « le tuteur doit aider l'apprenant à s'aider lui-même pour obtenir l'aide du tuteur. »

Bien se faire comprendre est rarement gagné d'avance. Là encore, les efforts de l'un pour s'exprimer clairement devront rejoindre les efforts de l'autre pour entendre et comprendre. A cet égard, il me semble de la première importance, pour un tuteur, de développer son écoute active et d'accepter de faire le chemin pour rejoindre l'apprenant là où il est (cf. Le tuteur à distance, compagnon de route).


vendredi 23 mai 2008

Comment le tuteur peut aider un apprenant à exercer son autonomie? Par Jacques Rodet

Il est communément admis que l'apprenant à distance doit être autonome. A moins de considérer l'autonomie du futur apprenant à distance comme un préalable à son inscription à une formation (cf. l'article de Françoise Demaizière : Autonomie : objectif ou prérequis ?), les concepteurs en amont et les tuteurs lors de la formation doivent s'interroger sur la manière dont ils peuvent aider les apprenants à être autonomes.

« Etre autonome » est une expression qui pose problème. En effet, aucun individu n'est autonome dans l'absolu mais toujours relativement à une tâche à réaliser et à ses conditions de réalisation. De plus, il y a une injonction paradoxale à réclamer des apprenants qu'ils soient autonomes. C'est pourquoi, je préfère l'expression, plus lourde mais plus juste à mes yeux, d'exercice de son autonomie. Cet exercice s'inscrit dans un processus où les progrès peuvent être suivis de régressions. Aussi, l'autonomie n'est pas quelque chose qui est possédée mais qui s'exerce et se vit.

Dès lors, la question que le tuteur doit se poser est : comment, comme tuteur, puis-je aider cet apprenant à exercer son autonomie dans le cadre de son parcours d'apprentissage ?

Avant d'apporter quelques éléments de réponse à cette question, il est utile de rappeler que le concepteur de formation à distance doit également avoir pour préoccupation d'aménager les conditions d'exercice de l'autonomie par les apprenants. A cet égard, le texte d'André-Jacques Deschênes indique plusieurs pistes intéressantes (DESCHÊNES, André-Jacques (1991). Autonomie et enseignement à distance. Dans La Revue canadienne pour l'étude de l'éducation des adultes, mai, vol. V, n°1, p.32-54).

Comment, comme tuteur, puis-je aider cet apprenant à exercer son autonomie dans le cadre de son parcours d'apprentissage ?

Il ne s'agit pas pour moi, ici, de donner une recette, mais bien au contraire des pistes à explorer de manière... autonome.

Une des premières choses que le tuteur peut faire est certainement de s'interroger sur ses propres connaissances sur l'autonomie de l'apprenant et à faire le point sur sur ses habiletés à l'exercice de son autonomie.

Ensuite, il peut inviter l'apprenant à faire de même en lui proposant une activité d'auto-évaluation diagnostique tant sur ce qu'il connaît de l'autonomie que sur ses expériences d'exercice de son autonomie.

Le tuteur peut alors engager un dialogue avec l'apprenant sur les difficultés que celui-ci a repéré pour agir de manière autonome dans sa formation et lui transmettre des informations et/ou lui indiquer des ressources susceptibles de lui faciliter l'exercice de son autonomie.

Très fréquemment, les obstacles identifiés par l'apprenant sont d'ordre méthodologique. Par exemple, un apprenant a un travail d'analyse à effectuer mais ne sait pas comment établir sa grille d'analyse. Il appartient alors au tuteur à lui apprendre comme la constituer.

Un autre moyen est relatif au support métacognitif. En effet, il existe de nombreux liens entre la capacité d'un apprenant a porter un regard métacognitif sur lui comme apprenant, sur les tâches qu'il accomplit, sur les stratégies qu'il utilise, sur sa capacité à organiser son apprentissage, et sur sa capacité à agir de manière autonome. (cf. mon texte Autonomie et métacognition in Chroniques et entretiens).

Il appartient donc au tuteur d'aider l'apprenant à se situer relativement à un objet d'apprentissage et à en déduire les activités à lui proposer.

Cliquez sur l'image pour l'agrandir


Source de la photo : http://www.photo-libre.fr


vendredi 4 avril 2008

Aide-toi, le tuteur t'aidera... Par Jacques Rodet

Autogenèse, Jean-Marc Mace
Il peut être tentant pour un apprenant, en proie à une difficulté, de rechercher immédiatement la solution à celle-ci auprès de son tuteur. Tout autant que la réponse, l'accès à la réponse, le cheminement qui va être celui de l'apprenant pour obtenir cette réponse, est constitutif de son apprentissage. C'est pourquoi, le tuteur aurait intérêt, plutôt que de donner immédiatement, ou même par avance, les réponses cherchées par son tutoré, à amener progressivement celui-ci, sinon à trouver pleinement ce qu'il cherche, du moins à en identifier la plupart des éléments.

C'est à une sorte de maïeutique que le tuteur doit procéder si il souhaite augmenter les capacités du tutoré tant sur le plan cognitif que méthodologique. Parce que le raisonnement et l'emploi d'outils et de méthodes pour raisonner sont transférables à d'autres objets d'apprentissage, l'action du tuteur participe également au développement de l'autonomie du tutoré. Ainsi, la première ressource de support à l'apprentissage de l'apprenant à distance, c'est l'apprenant lui-même. Sa formulation de demande d'aide peut constituer un début de réponse à son problème. De plus, l'effort qu'il effectue pour qualifier cette demande d'aide rend plus aisée et donc plus certainement pertinente l'intervention du tuteur.

Pour autant, il ne faudrait pas déduire de ce qui précède que la seule attitude du tuteur soit d'attendre les sollicitations du tutoré puis de ne pas lui donner les réponses qu'il souhaite sous prétexte de l'engager dans un processus, parfois long, de maturation et de découverte. En effet, il y a de fortes chances que lorsque c'est le tutoré qui est à l'origine du contact avec son tuteur, il ait un besoin urgent de réponse. Ce besoin est légitime et respectable en tant que tel. Ne pas y répondre peut avoir une influence négative sur l'établissement de la relation tutorale et obérer la confiance de la part du tutoré envers le tuteur. Il est par contre tout aussi nécessaire, en fonction de la capacité du tutoré à l'exercice de son autonomie, que le tuteur lui propose des activités ou des pistes de réflexion métacognitives adaptées. Ces dernières peuvent faire l'objet d'interventions réactives mais également proactives de la part du tuteur.

En quelque sorte, le tuteur doit aider l'apprenant à s'aider lui-même pour obtenir l'aide du tuteur.


dimanche 9 mars 2008

Chronique de Philippe Gaberan : Autonomie de l’apprenant

« On ne parle surtout pas de la FOAD ! » La phrase est écrite telle quelle au tableau parmi les autres nombreux points du bilan-régulation qui vient clore la semaine de regroupement (une par mois sur les vingt que dure la formation). Exprimer un refus de parler d’un tel sujet c’est bien sûr déjà en parler ; de fait, personne n’est dupe du paradoxe ainsi soulevé.

En réalité, il exprime le malaise et la réticence à évoquer le rapport encore difficile (six mois après le début de la formation) que ce groupe de 24 apprenants (engagés dans une certification de niveau IV) entretient avec la technologie Internet et la formation à distance par le biais d’une plateforme (en l’occurrence Spiral). Et toute la conviction et l’engagement du formateur référent (le tuteur dirait-on ici) ne suffisent pas à eux seuls à vaincre les résistances.

Celles-ci ne sont pas seulement liées à la maîtrise de l’outil (cette étape là a été dépassée lors d’une semaine d’initiation et de prise en main) mais bien aux conséquence directes de l’usage de celui-ci dans le cadre d’une formation ; à savoir la nécessité d’être autonome (pouvoir se mettre au travail seul), d’être en mesure de gérer son temps de travail (s’obliger à des séquences suffisamment conséquentes pour être productives), d’organiser sa progression et de maintenir l’envie dans le temps qui sépare deux regroupements.

Il est clair que la FOAD replace l’apprenant dans une démarche active qui n’est plus aussi évidente voire même qui n’existe plus lorsque celui-ci vient s’asseoir dans une salle de cours et consommer de la parole d’intervenant. Une posture d’autant plus dure à adopter que peu de chose dans l’environnement social contemporain incite à la prise d’initiative, au démarcage des foules et des modes. Seul face à son ordinateur, il faut donc que l’apprenant aille puiser dans les contenus proposés le sens même de se mettre au travail, d’apprendre et de s’approprier de nouvelles connaissance de sorte à les assimiler. La partie est loin d’être gagnée...

Image dans son contexte original, sur la page www.familles-ge.ch/etapes/etape10.php