dimanche 6 janvier 2019

Briser la glace à distance

Image de Jean-Paul Moiraud

Le démarrage d’une formation hybride fait fréquemment l’objet d’une séance présentielle. Toutefois, ceci n’est en rien une obligation et lorsque le concepteur est contraint à réduire les séances présentielles, il est préférable de réaliser les activités de brise-glace à distance. Dès lors, deux modalités synchrone et asynchrone sont envisageables.

Brise-glace en classe virtuelle
La classe virtuelle est certainement la modalité distancielle qui se rapproche le plus du présentiel. Ceci n’est réel que dans la mesure où l’on ne se contente pas de réaliser un webinaire expositif mais que l’on permette aux participants de s’exprimer tant par écrit qu’oralement durant la classe virtuelle. Ainsi, la plupart des activités de brise-glace peuvent s’y dérouler. En voici trois exemples.

Le classique tour de table peut être réalisé bien qu’il soit assez chronophage. Il gagne à être supporté par un pecha kucha préparé à l’avance par l’animateur. Ce diaporama minuté, où sur chaque écran une question est posée, est lancé par l’animateur pour chaque participant qui se présente au rythme imposé.

Le portrait chinois consiste pour l’animateur à proposer une liste de mots tels que : animal, couleur, film, chanson, plat, plante, acteur, objet, vêtement, etc. Ceci peut être réalisé sur le tableau blanc de la classe virtuelle où chaque apprenant est invité à écrire ou dessiner ses réponses.

La présentation croisée consiste dans un premier temps à former des binômes d’apprenants qui échangent sur qui ils sont, sur leurs attentes vis-à-vis de la formation, sur leur projet professionnel, etc. Cette première étape est réalisable par la fonction « ateliers » qui permet à des apprenants d’avoir accès à toutes les fonctionnalités de la classe virtuelle dans un espace privé. Plusieurs ateliers peuvent se tenir simultanément dans la classe virtuelle et l’animateur peut aller d’atelier en atelier ou s’adresser à tous les ateliers en même temps. La seconde étape, réalisée avec l’ensemble du groupe, consiste pour chaque apprenant à présenter son collègue qui est également invité à compléter au besoin.

Brise-glace via un forum
Il peut être intéressant et parfois plus aisé de réaliser le brise-glace en asynchrone. Le forum est un outil adapté à cela dans la mesure où il s’agit d’une expression publique envers le groupe dont le contenu écrit reste disponible tout au long de la formation.

Vous l’avez peut-être déjà expérimenté, il n’est pas toujours facile d’engager les apprenants à contribuer dans un forum. Aussi quelques précautions sont à prendre pour lancer et animer un forum de présentation des apprenants. La première est d’annoncer l’existence de ce forum et d’en préciser l’enjeu. Si la formation prévoit des activités collaboratives, préciser par exemple, que les contributions des uns et des autres permettront à chacun de mieux se constituer en groupe collaboratif. La deuxième précaution est de proposer un cadre, un plan de présentation. Par exemple : lieu de résidence, activités professionnelles, expérience de la formation en ligne, ce que je vise à travers la formation, ce que j’aime en formation, ce que j’ai envie de dire de moi… La troisième précaution est de donner l'exemple en publiant sa présentation selon le plan proposé. L’expérience montre que les apprenants contribuent presque en totalité ou en totalité à cette activité.

Et vous, quelles sont les activités à distance que vous réaliser pour briser la glace ? 



dimanche 9 décembre 2018

Calendrier de l'Avent de Stratice

La société Stratice, dirigée par mon ami Jean-Luc Peuvrier, réalise actuellement un calendrier de l'Avent. C'est avec plaisir que j'ai répondu à sa proposition de rédiger le contenu de deux des cases de ce calendrier.

Bien évidemment, j'y traite du tutorat à distance. 

Le 7/12 j'apporte quelques éléments de réponse à cette question "Pourquoi le tutorat reste le parent pauvre du digital learning". Titre en clin d'oeil à la regrettée Geneviève Jacquinot qui en 2000 intitulait une de ses interventions « Le tutorat : pièce maîtresse et pourtant parent pauvre des systèmes et dispositifs de formation à distance » 

Dans quelques jours, je traiterai d'une autre question "Quelle est la valeur du tutorat ?"

dimanche 2 décembre 2018

Conditions de travail des tuteurs à distance


Les conditions de travail des tuteurs à distance sont peu énoncées sinon dans la charte tutorale. A ce constat, il faut noter quelques exceptions comme à la Téluq où non seulement les tuteurs à distance bénéficient d’une convention collective mais sont également organisés syndicalement, ce qui leur permet de dialoguer régulièrement sur leurs conditions de travail avec leur direction.

Cette absence de visibilité sur les conditions de travail des tuteurs est due au fait que les fonctions tutorales sont secondes à la profession principale du tuteur à distance : responsable pédagogique, formateur, expert, étudiant, etc. Aussi, le tuteur à distance bénéficie avant tout des conditions de travail de sa fonction première. 

Par ailleurs, les tuteurs exerçant fréquemment à domicile, en télé-travail, les conditions matérielles (lieu dédié, équipement informatique, connexion) échappent au contrôle de leur hiérarchie qui peut plus facilement se dédouaner de les énoncer et de les prendre en compte. 

Le temps de travail lui-même, n’est pas systématiquement fixé et ne donne pas toujours lieu à rémunération. Il ressort que l’exercice du tutorat à distance loin d’être soumis à des conditions de travail explicites renvoie à une certaine précarité acceptée car ne constituant pas l’essentiel de l’activité professionnelle du tuteur à distance.



Aller plus loin : L'enquête de 2012 de t@d sur
la comptabilisation du temps de travail des tuteurs à distance 






samedi 17 novembre 2018

Compagnonnage


Le compagnonnage est une modalité de formation très ancienne fondée sur la transmission des connaissances et des savoir-faire d’un professionnel vers d’autres professionnels ou entrant dans la profession. 

La relation pédagogique est le plus souvent individuelle et personnalisée. Historiquement développé dans les métiers du bâtiment, les sociétés de compagnonnage ont précédé l’apparition des syndicats ouvriers dans la formalisation des revendications relatives aux condition de travail (durée, rémunération, sécurité…).

Le coaching, tout comme le tutorat, sont parfois présentées comme des formes contemporaines du compagnonnage qui ne persiste dans sa forme traditionnelle que de manière marginale mais bénéficiant d’une réputation d’excellence. 

Les tuteurs à distance peuvent retenir du compagnonnage, la personnalisation de l’accompagnement ainsi que la notion de chemin parcouru, au sens premier pour les compagnons qui effectuaient leur tour de France. Toutefois, alors que le compagnon se déplaçait vers les ateliers où il pouvait se perfectionner, le tuteur à distance doit dans un mouvement inverse, rejoindre l’apprenant là où il est et là où il en est afin de le soutenir dans l’atteinte de ses objectifs d’apprentissage.

mercredi 7 novembre 2018

Transformer les tuteurs en correcteurs est une régression pédagogique



Il semblait que depuis 2010 au moins, et la tenue du colloque du REFAD qui avait été consacré à cette question, la distinction entre un correcteur et un tuteur à distance avait été clairement établie. Il faut croire que la direction de la Téluq, en voulant transformer ses tuteurs en correcteurs n’a pas pleinement compris la plus-value d’un tuteur, ou plus grave l’ayant comprise, qu’elle décide, pour des raisons économiques, de réduire ses ambitions pédagogiques en sacrifiant le soutien à l’apprentissage des étudiants.

Puisqu’il parait nécessaire de le rappeler, l’activité d’un correcteur se résume à la formulation de commentaires (pas toujours) et l’affectation d’une note aux travaux des apprenants. Le plus souvent, le correcteur est rémunéré à la copie, tout comme les canuts, ouvriers tisserands du XIXe siècle l’étaient à la pièce. Son travail, loin d’être négligeable, tant les rétroactions aux travaux peuvent participer à l’apprentissage (cf. La rétroaction, support d'apprentissage), reste néanmoins centré sur le contenu disciplinaire de la formation et la performance obtenue par les apprenants au regard des objectifs académiques. C’est un peu comme si en présentiel, après un cours, la seule interaction entre le formateur et les apprenants était la correction d’un travail évalué. Ce modèle, parfois persistant, réduit la formation à distance à la distribution d’un contenu et à des activités d’évaluation et il semble bien que ce soit le choix de la direction de la Téluq. Ne voudra-t-elle pas ensuite réduire l’évaluation à des quiz auto-correctifs et éliminer les correcteurs humains ?

Ceci est d’autant plus désolant que l’expérience ancienne du support à l’apprentissage, au sein même de la Téluq, a aboutit à des pratiques professionnelles de tutorat performantes, et que celles-ci ont largement été décrites par des enseignants de la Téluq comme Céline Lebel, André-Jacques Deschênes, Pierre Gagné et bien d’autres (s'il ne fallait citer qu'un seul de leurs nombreux articles, cf. Profils des activités d'encadrement comme soutien à l'apprentissage en formation à distance)

Non ! La formation à distance ne se résume pas à la mise à disposition de ressources et à l’évaluation. Il est largement reconnu que les émotions sont agissantes lors de l’apprentissage, que le soutien motivationnel permet de faire persévérer les apprenants et réduire de manière importante les abandons, que le soutien socio-affectif est indispensable lors des activités collaboratives mais également pour l’exercice de son autonomie par l’apprenant et l’accroissement de sa confiance en sa propre capacité à faire, que l’apprenant qui est aidé à devenir plus conscient de ses stratégies d’apprentissage par le soutien métacognitif réussit davantage.

Qui d’autres que les tuteurs peuvent apporter ce soutien sur les plans socio-affectif, motivationnel et métacognitif ? Certainement pas des correcteurs, contraints par leur mode de rémunération à traiter le maximum de copies en un minimum de temps.

La modernité n’est certainement pas l’oubli de son histoire. Aussi, il serait bon que la direction actuelle de la Téluq entame des discussions avec les tuteurs pour examiner sérieusement ses ambitions pédagogiques, les interventions d’animation des formations à distance qu’elles supposent, et les services tutoraux qui les font vivre.

samedi 3 novembre 2018

84 % des tutrices et tuteurs de la Téluq votent la grève illimitée


Exaspérés par l'attitude de leur employeur à la table de négociation, les tutrices et les tuteurs de l'Université TÉLUQ ont voté hier soir à 84% en faveur de la grève générale illimitée à exercer au moment jugé opportun.

Pour Nancy Turgeon, présidente du Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-université - CSN (STTTU), le changement de cap escompté à l'arrivée du directeur général, André G. Roy, ne s'est pas concrétisé. « La dernière offre de l'employeur, si l'on peut la qualifier ainsi, est pratiquement la même que celle qui nous a été présentée en novembre 2017 par l'ancien directeur. Monsieur Roy maintient la décision de son prédécesseur de mettre au rancart ou déqualifier la majorité des tutrices et des tuteurs en les confinant dans un rôle de correcteur, avec un salaire d'étudiant ! Accepter cette offre, c'est accepter de voir disparaître notre profession » précise Nancy Turgeon.

Lire l'article en entier

SOURCE
Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN)
Nov. 02, 2018, 07:00 ET

jeudi 1 novembre 2018

Collaboration


La collaboration est une des formes du travail collectif qui n’est réellement opérante qu’avec des groupes restreints. Contrairement à la coopération où les tâches sont divisées et réparties entre les membres du groupe, la collaboration consiste pour les apprenants à participer ensemble à l’atteinte du but commun. 

La cordée d’alpinistes illustre bien l’interdépendance des membres entre eux qui les amènent à faire preuve de solidarité. Chacun arrivera au sommet en bénéficiant du soutien de ses pairs.

Les activités collaboratives ont marqué le retour du groupe en formation à distance, longtemps cantonnée au seul apprentissage individuel. Ce sont les outils de communication disponibles sur le web et dans les LMS qui ont favorisé la collaboration.

Une activité collaborative nécessite la constitution d’un groupe, un but partagé, l’élaboration de règles de fonctionnement et gagne à aboutir à une production.

Le tuteur à distance ne fait pas partie du groupe collaboratif d’apprenants mais peu le soutenir et l’aider à réaliser ses tâches. Pour ce faire, il est nécessaire qu’il possède des connaissances sur la dynamique des groupes restreints et qu’il étaye les différentes phases de la collaboration.



dimanche 21 octobre 2018

Coach




Le terme coach est fréquemment utilisé pour désigner un tuteur à distance. Son usage participe de celui, intensif, des termes anglophones. Toutefois, si les domaines d’intervention d’un coach et d’un tuteur relèvent tous deux de l’accompagnement et empruntent à la relation d’aide, leurs terrains sont sensiblement différents.

Le coach intervient le plus souvent, auprès d’un professionnel souhaitant se perfectionner dans son métier, parfois d’un individu s’engageant dans une démarche de développement personnel. C’est la personne accompagnée qui définit les objectifs qu’elle poursuit et pour lesquels le coach va la guider ou l’accompagner. La durée du coaching est rarement déterminée à l’avance et sa fin est une décision prise au regard du niveau d’atteinte des objectifs.

Ces caractéristiques diffèrent de celles du tutorat à distance qui a pour cadre une formation, regroupant plusieurs apprenants, avec un début et une fin déterminée, dont les objectifs sont fixés par l’institution qui diffuse la formation. De même, les interventions des tuteurs sont décrites, voire prescrites lors de la conception. 

A noter également que si la filière de formation initiale de coachs est bien établie, celle des tuteurs à distance n’est qu’en émergence.