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vendredi 28 décembre 2007

La "Pédagogie en ligne" est aussi l'affaire des tuteurs à distance

L'ouvrage collectif, sous la direction de Michel Arnaud, Pédagogie en ligne, méthodes et outils qui vient de sortir aux Editions Educaweb (fiche produit de l'éditeur) est présenté comme s'adressant à différents publics de la FOAD : responsables de formation, concepteurs de contenus, développeurs. Les tuteurs, pour leur part, ne sont pas identifiés comme un lectorat potentiel.

Pourtant, dans sa préface, Jacques Perriault listant les mutations de la FOAD évoque "l'irruption de la communication [...] la co-construction, la mutiplicité des échanges et des interactions en présence ou à distance, les forums, les classes virtuelles". Bref, une des mutations récentes de la FOAD réside dans le fait que les outils de communication autorisent, réintroduisent, les médiations humaines dans l'activité de formation. Je ne peux m'empêcher de souligner qu'elles n'auraient jamais dû en être exclues tant comme l'écrit P. Meirieu "Faire l'économie d'un apport extérieur et ne renvoyer le sujet qu'à lui-même c'est le nourrir d'illusions narcissiques et l'enfermer dans ses difficultés". Que si elles l'ont été, exclues, c'est par dérives et chimères technicistes voulant contraindre le pédagogue et les apprenants à réduire leur périmètre de formation aux seules fonctionnalités des outils.

Or en matière d'outils, comme je l'écrivais récemment à une participante de t@d, le plus important ce sont les usages : "Je pense utile de s'intéresser plus aux usages qu'aux fonctionnalités des outils. Aucun outil n'est créé pour des usages pédagogiques sauf peut-être les plateformes mais elles sont essentiellement des espaces d'hébergement d'outils, qui eux, n'ont pas été fait pour la formation. Pour autant, tous les outils peuvent être utilisés en pédagogie. Le pédagogue qui utilise des outils est d'abord un spécialiste de l'usage divergent, c'est à dire de la projection d'utilisations non prescrites par les fonctions de l'outil. Ceci est également à mettre en rapport avec les intentions pédagogiques et les objectifs d'apprentissage poursuivis. L'usage pédagogique s'inscrit forcément dans une séquence pédagogique qui elle même est une partie plus ou moins grande du dispositif de formation."

Pour en revenir plus précisément sur l'ouvrage présenté, j'ai relevé un effort intéressant d'Alain Semeteys et de Claude Vasamillet pour clarifier la notion de compétences. Ils distinguent trois approches issues des théories de l'apprentissage pour décrire ce que l'on entend par "compétence" :
  • "l'approche béhavioriste : la compétence est une caractéristique individuelle qui est mesurable objectivement par des tests appropriés.
  • L'approche cognitiviste : la compétence est une caractéristique individuelle. Elle se manifeste par des capacités d'action. On peut la mesurer à travers l'administration de la preuve des actions accomplies.
  • L'approche constructiviste : la compétence est l'expression, en situation et dans un environnement donné, de connaissances, capacités et aptitudes d'un individu. De ce fait, la compétence est relative et son expression dépend du contexte. On ne peut donc l'évaluer qu'en situation et seules les connaissances, capacités et aptitudes de l'individu sont mesurables."
Plus loin, les auteurs donnent cette définition de la compétence : "Aptitude à mettre en oeuvre un ensemble organisé de capacités permettant d'accomplir un certain nombre de tâches, de produire une performance. La compétence est une combinaison de savoir, savoir-faire et savoir-être (comporte des aspects cognitifs, psychomoteurs et affectifs)". Combinaison à laquelle j'ajoute le "savoir devenir" (aspects prospectifs).

Il définissent la capacité comme étant le "Pouvoir d'accomplir ou de produire un comportement en rapport avec une activité ou une tâche"

Les chapitres de ce livre qui intéresseront plus particulièrement les tuteurs me semblent être les suivants :
  • Enjeux des TIC dans le domaine de la formation
  • Pour un langage commun entre pédagogues et développeurs
  • Une communauté de pratiques singulière. Le club des dirigeants du réseau Artisanat-Université
  • Témoignages de solutions élaborées de tutorat en ligne
  • Les traces d'apprentissage pour l'analyse de la dynamique d'un dispositif de pédagogie instrumentée

samedi 10 novembre 2007

Savoir devenir, par Jacques Rodet

The Piazza - Alberto Giacometti - 1948-49

La formule de Jacques Ardoino, aujourd'hui largement vulgarisée et qui permet de définir les compétences : «savoir, savoir faire, savoir être», me semble désormais devoir être complétée par un quatrième élément qui est le savoir devenir.

L'obsolescence de plus en plus rapide des connaissances, l'évolution sans fin des technologies, l'apparition et la disparition des savoir faire qui leur sont liés, tout pousse l'individu à ne plus se satisfaire d'une définition présente de ses compétences mais d'être en mesure également de se projeter dans celles qu'il est entrain de construire et qui lui serviront demain.

Ainsi, le savoir devenir renvoie à la capacité de l'individu à se projeter, c'est à dire à concevoir ici et maintenant une représentation de son futur tant par identification de son parcours, de son itinérance, de son histoire de vie, que par imagination, ouverture aux opportunités et autorisation à être celui qu'il souhaite être, ou encore par la mobilisation d'habiletés à la planification dans le but de scénariser la succession de ses actions, d'identifier les contraintes et les risques, de réduire les incertitudes.

Le savoir devenir se nourrit donc autant du vécu que du présent et du futur de l'individu. A mes yeux, le rôle de tuteur à distance, en tant qu'éducateur, consiste également à faciliter le développement du savoir devenir des apprenants qu'il accompagne. Pour ce faire, il doit principalement agir sur les plans de support méthodologique, acquérir des savoir faire en matière de projection, et métacognitif, faire émerger un discours de l'apprenant sur ses manières d'être en chemin et donc... en devenir.

vendredi 9 novembre 2007

Une fonction noble du e-tuteur : le coaching a distance, par Louis Truong

Image dans son contexte original, sur la page www.armellegeydet.com/galerie00.htm

Dans ce deuxième article d'un formateur se formant actuellement aux fonctions tutorales, le lien et la comparaison entre le coacheur et le tuteur sont établis. Le tuteur que l'auteur veut être s'inscrit ainsi dans une perspective, une itinérance articulant compétences actuelles et celles en construction illustrant la notion de "savoir devenir".

Ce qui me semble le plus précieux et ce qui me motive en ce début de 21ème siècle, c’est de contribuer modestement mais assurément au développement le plus heureux possible des organisations, condition nécessaire à l’épanouissement de l’individu qui, dans ce cas, pourrait connaître de nombreux et intenses moments de joie d’entreprendre, de plaisir à partager, de bonheur à vivre. Inversement, le fait de participer au développement personnel
des individus me conforte de savoir que cela pourrait avoir une incidence positive sur la croissance des organisations.

Le coaching me semble une bonne approche du développement personnel car il promeut le comportement « être à coté de », ce qui me parait une relation plus équilibrée et plus adulte que celle du management qui contribue à l’attitude inégalitaire « être au dessus de ». Par ailleurs, ce que j’apprécie dans le métier de coach ce sont les compétences mettant en exergue la relation à l’autre telles que :

  1. Développer les capacités du coaché.

  1. Stimuler l’action que le coaché doit entreprendre.

  1. Enrichir les connaissances du coaché.

  1. Développer les compétences du coaché.

  1. Et surtout, développer l’autonomie du coaché.

D’autres approches favorisent le développement personnel telles que la formation continue des salariés en entreprise sur le thème de la communication interpersonnelle, ou la consultation des psychosociologues par les particuliers à propos de la confiance en soi. J’ai l’expérience de la première tout en ayant un léger aperçu de la seconde sans jamais l’employer en entreprise. Le formateur comme le coach doit aussi contribuer à développer les capacités du stagiaire, à le motiver, l’informer, à observer s’il sait faire, vérifier s’il sait être, et à le rendre autonome concernant les objectifs généraux de la formation.

Pour en venir à la fonction de tuteur que je souhaite déployer dans ma vision de consultant en développement personnel, c’est de reprendre les activités de coach ou de formateur présentiel que j’ai cité ci-dessus, et de les amalgamer avec les champs d’interventions du tuteur que décrit sous forme de tableau Jacques RODET dans son article « Tuteur, une fonction essentielle » (les renvois à Rodet dans la suite de cet article sont tous relatifs à ce tableau). Reprenons les activités de coach :

DEVELOPPER LES CAPACITES

Tout être humain possède des capacités qui lui sont propres, et qui ne sont pas forcément les mêmes que celles d’un autre semblable, ni en intensité, ni en qualité. Il est agréable pour moi de découvrir les potentialités que détient un individu, puis de les faire découvrir à celui-ci afin qu’il se rende compte de la palette d’outils qu’il pourra utiliser pour son épanouissement personnel, tel qu’un peintre choisissant le mélange des couleurs qui feront la particularité de son œuvre d’art. Cela me semble être une activité métacognitive du tutoré que le tuteur impulse. Ainsi, le stagiaire apprend à prendre conscience de ses potentialités et de ses limites.

STIMULER L’ACTION

Rien n’est plus satisfaisant pour moi que de voir un individu heureux d’entreprendre un projet parce que j’ai su catalyser la transformation de ses potentialités en agissements. Donc, sur le plan motivationnel, c’est de pouvoir permettre à l’apprenant de participer plus intensément à sa formation à distance (lutte contre l’abandon), de l’encourager et de le féliciter lorsqu’il s’applique, lorsqu’il réussi la moindre parcelle de production d’apprentissage, de renforcer sa motivation propre qui lui donnera une plus importante énergie potentielle (voir les trois modules du plan motivationnel de Rodet).

ENRICHIR EN CONNAISSANCE

Un autre grand plaisir qui m’anime, c’est de transmettre des savoirs professionnels, d’offrir de la culture, des connaissances utiles, des méthodes que le stagiaire va pouvoir mémoriser, puis se rappeler le moment voulu, durant des situations de simulation ou en périodes professionnelles réelles. C’est donc sur le plan cognitif que cela ce passe : c‘est à dire jouer le rôle de facilitateur de mise en œuvre des apprentissages, en assistant l’individu pédagogiquement, techniquement ou logistiquement parlant.

DEVELOPPER LES COMPETENCES

Bien sûr, une immense joie est d’observer des tutorés en situation, les voir tatillonner puis réussir une activité d’apprentissage, atteindre un objectif pédagogique suite à une activité d’enseignement correspondant. Ce sentiment s’exprime durant les séquences de simulation ou de jeux de rôles, lorsque les apprenants s’accaparent les techniques que le formateur a enseigné (voir le module « méthodologie et technique » de Rodet). A distance, un stagiaire peu se sentir seul et démuni face à l’abondance d’informations. Le e-tuteur, s’il veut développer les compétences relationnelles des tutorés, doit donc créer, favoriser les conditions de collaboration et de coopération entre les stagiaires participants (voir les modules « rompre l’isolement » et « faciliter la collaboration » de la partie socio affective de Rodet).

DEVELOPPER L’AUTONOMIE

Enfin, le summum du bienfait pour le futur e-tuteur que je souhaite être, c’est de pouvoir rendre l’apprenant autonome à propos des objectifs d’entreprise à convoiter, concernant un savoir faire ou un savoir être demandé, et surtout concernant les compétences qui enrichissent son développement personnel (voir le module « rendre autonome » de Rodet). Atteindre la performance ou l’état de l’art est très ambitieux mais quand même très vertueux, si cette performance ou cet état de l’art favorise l’épanouissement de l’individu et celui de son entourage.

En conclusion, toutes ces activités d’intervention du tuteur épousent celles que j’emploie déjà en tant que coach, en tant que formateur présentiel et consultant en compétences relationnelles, à la différence près qu’elles pourront se réaliser dans n’importe quel ordre, à tout moment et dans tous les espaces ressources, puisque nous sommes ici dans une situation non traditionnelle : c’est à dire à distance.

Le tuteur que je souhaite être, par Catherine C.

Comme je l'ai indiqué il y a quelques semaines, je dispense actuellement une formation de eTuteur en direction de formateurs.

Le "savoir devenir" est une compétence tout aussi essentielle à mes yeux que le savoir, le savoir faire ou le savoir être. C'est pourquoi, j'ai proposé aux stagiaires de cette formation de publier un article sur ce blog sur le thème suivant : le tuteur que je souhaite être.

Vous constaterez dans l'article publié aujourd'hui que la vision des néophytes est souvent l'occasion pour les plus chevronnés de se poser de nombreuses questions par rapport à leurs pratiques.

Le tuteur que je souhaite être

Par Catherine C.

Quand on se demande quel tuteur on souhaiterait être, on s’interroge d’abord sur les domaines d’activités du tuteur et sur les qualités qui lui sont nécessaires pour mener à bien ses activités.

D’abord, il semble qu’il faut qu’il soit (tout comme le formateur) bien « calé » dans le domaine concerné ou tout au moins qu’il maîtrise bien le contenu des cours. En ce qui me concerne, mes 7 années d’expériences dans les différents domaines de mon métier (l’esthétique cosmétique) et mes diplômes me font imaginer que je saurai puiser dans mes connaissances et mes expériences des exemples concrets pour illustrer la partie de cours que l’apprenant n’aurait pas compris. Mais là, se pose immédiatement une autre question : Ce n’est pas tout de savoir, encore faut-il savoir l’expliquer!

Alors voilà, j’aimerais être le tuteur (la tutrice) qui sait demander à son apprenant de préciser ce qu’il n’a pas compris, pour l’inciter à reformuler et prendre du recul sur la question. J’aimerais être le tuteur qui essaie de mieux connaître l’apprenant, de mieux comprendre son fonctionnement et identifier ses méthodes d’apprentissages métacognitives pour l’aider et le guider de façon personnalisée en « parlant » son langage . Etre le tuteur précis et constructif qui félicite quand l’apprenant progresse et qui soutient, corrige et apporte des aides concrètes quand l’apprenant est en difficulté. Il peut s’agir de plusieurs aides. Des méthodes d’analyse de ressources, des méthodes d’organisation de son temps de travail, ou encore de l’aide technique par rapport aux outils qu’il utilise pour se former. Je pourrai facilement me rappeler par où moi-même je suis passée pour les maîtriser.

J’aimerais aussi être capable d’être le « cadre » qui signifie à l’apprenant de façon diplomatique, mais sans détour, les limites à ne pas dépasser. Donner des limites c’est aussi donner des repères. Je voudrais aussi être capable de me donner des limites dans mes interventions et mon investissement auprès de l’apprenant. Car même s’il doit sûrement se créer un lien affectif entre un tuteur et son/ses apprenant(s) il me semble sain de savoir aussi garder ses distances.

En somme, j’aimerais être le tuteur qui sait donner les moyens pour que l’apprenant devienne de plus en plus autonome sur le domaine et donc de plus en plus libre d’apprendre. La ressemblance avec l’éducation est assez frappante : Eduquer c’est former l’esprit de quelqu’un, développer ses aptitudes intellectuelles et/ou physiques, son sens moral. En ce sens le tutorat, centré sur le support à l'apprentissage est bien une oeuvre d'éducation. Dans les deux cas, il ne s’agit pas seulement d’instruire.