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lundi 9 février 2009

L'université et les TIC. Chronique d'une innovation annoncée


Geneviève Jacquinot-Delaunay et Elisabeth Fichez ont coordonné un ouvrage collectif qui passionnera tous ceux qui s'intéressent à la manière dont les TIC ont été impulsées et expérimentées à l'université.

Bien évidemment, je vous conseille plus particulièrement la lecture du chapitre consacré au tutorat : Accompagner les apprentissages : le tutorat "pièce maîtresse et parent pauvre" des dispositifs de formation médiatisés signé par Geneviève Jacquinot-Delaunay. Cela a été pour moi un plaisir de revisiter, à plusieurs années de distance, quelques notions fondamentales développées par Geneviève, qui m'ont aidé à structurer ma réflexion sur le tutorat à distance. Au-delà du plaisir, la lecture de cet ouvrage a été une nouvelle occasion pour moi de distinguer l'apport de mes maîtres et de mieux comprendre comment ils m'ont permis de construire mes différences. « La gratitude, c’est reconnaître ce que l’on vous a donné et c’est en même temps ce qui vous permet de définir et de trouver vos différences. Et vous êtes toujours différents. On n’a jamais fini de faire ce tri là, entre ce que vont m’apporter mes maîtres, mes collègues, mes élèves, mes patients et ce que je suis, moi, et ce que je pense. » Max Pagès.

Quelques extraits du chapitre consacré au tutorat
  • "[...] le tutorat : "pièce maîtresse" du processus d'apprentissage, notamment dans une perspective constructiviste qui privilégie l'autonomisation de l'étudiant, mais "parent pauvre" et ceci doublement : parce qu'il est plus souvent évoqué (comme une nécessité) qu'organisé (comme ingénierie) et parce qu'il est financièrement généralement sous-évalué." (p.182)
  • "[...] elles [les fonctions tutorales] sont souvent perçues ou présentées, notamment dans le contexte actuel des formations à distance, comme des "services rendus", souvent dévalorisés par rapport à la noble fonction enseignante et sont d'ailleurs la plupart du temps déléguées à plus humble que soi : pièce maîtresse et pourtant parent pauvre." (p.182)
  • "[...] les modalités et les conditions de soutien tutoral, les fonctions tutorales doivent être intégrées, dès l'origine, à la construction du dispositif de formation, et pensées en rapport avec les autres composantes par référence explicite à une certaine conception de la formation, au type d'apprentissage et d'apprenants, au type d'enseignement et au type de support technologique disponible." (p.185)
  • "[...] étudier les fonctions tutorales, les statuts (et la rémunération) des tuteurs, leur place dans le dispositif pédagogique, les lieux et les moments de leur intervention, les médias mis à leur disposition, leurs modes de relation aux enseignants non tuteurs et aux étudiants, leur préparation, voire la formation à leur métier, c'est analyser le coeur du processus enseigner/apprendre et le système de formation qui le rend possible [...]" (p.189)
  • "Les plus grosses difficultés rencontrées - et prévisibles - dont témoignent les acteurs de ces différents types de dispositifs sont, pour les enseignants, d'assumer progressivement, sinon la perte, du moins le déplacement d'une partie de leur rôle, et cela, au bénéfice du glissement d'une fonction de transmission vers une plus grande prise en charge des conditions de l'apprentissage et de la nécessaire réorganisation qui en découle." (p.199)
  • "[...] le tuteur peut ainsi différemment "véhiculer les signes de sa présence" et percevoir celle de l'apprenant, selon les moments, les types et les supports d'intervention." (p.213)
  • "Comment calculer le coût d'un tutorat à l'université où cette fonction n'existe pas statutairement ? [...] la plupart du temps, au prix d'une sous-valorisation de leur [celle des différents tuteurs] contributions respectives." (p.216)
Présentation de l'éditeur

Les technologies de l'information et de la communication (TIC) constituent-elles un levier pour l'innovation dans l'enseignement supérieur et, si oui, à quelles conditions ? C'est à cette question que tente de répondre cet ouvrage qui porte sur un cas concret, en l'occurrence un dispositif de formation universitaire scientifique, orienté vers l'usage progressif de supports technologiques au service de l'autonomisation des étudiants et de leur familiarisation aux environnements numériques. S'opposant aux discours désabusés aussi bien qu'aux envolées prospectives - d'où l'idée d'innovation " annoncée " - il aide à comprendre le temps long de l'innovation à travers l'analyse d'un projet qui émerge, s'élabore, bifurque, change d'appellation, travaillant modestement, mais avec constance, la réalité dans laquelle il s'inscrit. Il rend compte, à travers des éclairages théoriques et disciplinaires complémentaires portés sur le même objet, de la difficile intégration de l'innovation sur le terrain. Introduire les TIC pour faire évoluer les pratiques pédagogiques, cela entraîne en effet des modifications au niveau de l'ensemble du système universitaire. A l'heure où l'on s'interroge sur l'avenir de l'université à l'ère du numérique, il est urgent d'analyser les processus permettant de comprendre à quelles conditions ce futur serait possible... voire souhaitable.

Geneviève Jacquinot-Delaunay

Professeur émérite en sciences de l'éducation à l'Université de Paris 8-Vincennes à Saint-Denis, elle a toujours mené enseignements et recherches, en France et dans un cadre international, sur les environnements médiatiques au service de l'éducation, dans une perspective résolument non techniciste. Elle a écrit plusieurs ouvrages et de nombreux articles traduits en plusieurs langues et participé à un grand nombre d'expérimentations pédagogiques en France comme à l'étranger, ce qui motive ses récentes recherches sur le statut épistémologique de la recherche " en " innovation.

Élisabeth Fichez

Professeur émérite en sciences de l'information et de la communication à l'Université Lille 3, elle est engagée depuis une dizaine d'années dans des recherches concernant la numérisation de l'enseignement supérieur français, ainsi que plus récemment, étranger. A travers diverses opérations de terrain, ses thématiques d'étude portent sur l'innovation pédagogique et les changements organisationnels, les pratiques collaboratives d'apprentissage avec Internet, la co-élaboration des dispositifs de formation et l'évolution corrélative de la notion d'usage.

Sommaire du livre
  • Préface de Fabienne Thibault
  • Introduction. Geneviève Jacquinot-Delaunay
  • Si C@pusSciences m'était conté. Claire Cazes
  • L'enseignement supérieur est-il contraint d'innover ? Eléments d'analyse. Elisabeth Fichez
  • Du PCSM à C@pusSciences : le pilotage politique aux risques des TICE. Laurent Petit
  • Produire et diffuser : l'éditorialisation en questions. Yolande Combès
  • Des ressources pédagogiques aux usages : vers l'autonomisation de l'étudiant ? Marie-José Barbot et Geneviève Jacquinot-Delaunay
  • Accompagner les apprentissages : le tutorat "pièce maîtresse et parent pauvre" des dispositifs de formation médiatisés. Geneviève Jacquinot-Delaunay
  • L'intégration des TICE dans l'institution universitaire : de l'infiltration à l'innovation ? Geneviève Jacquinot-Delaunay
  • Conclusion. Retour sur l'innovation. Geneviève Jacquinot-Delaunay
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Broché: 320 pages
Editeur : De Boeck (1 octobre 2008)
Collection : Perspectives en Education & Formation
Langue : Français
ISBN-10: 2804159116
ISBN-13: 978-2804159115

mardi 15 janvier 2008

Suite à la parution du rapport d'Isaac Henri sur "l'université numérique". Par Jacques Rodet

Henri Isaac vient de rendre à Valérie Pécresse, le rapport que cette dernière lui a demandé sur «l'université numérique».

Les propositions faites méritent de s'y intéresser et je me propose d'en commenter trois d'entre elles.

Favoriser l'essor de l'enseignement à distance : les établissements doivent autoriser les enseignants à effectuer ce type d'enseignement... L'obligation du face-à-face présentiel doit être supprimée.
C'est certainement la mesure qui serait la plus décisive d'un point de vue administratif. En effet, il arrive encore trop souvent, y compris dans des cursus universitaires formant des futurs professionnels du e-learning, que la possibilité d'aménager une partie des enseignements à distance soit refusée par les directions des universités au nom du respect de l'exécution du service en face-à-face. La formation à distance ne pourra se développer largement dans les universités qu'à partir du moment où l'investissement des enseignants dans cette modalité pédagogique sera reconnue statutairement et non laissée au simple « engagement militant » de quelques uns. Il va de soi que le développement de l'encadrement individualisé et du tutorat au sein des formations à distance est conditionné par l'abandon de l'obligation du présentiel.

Améliorer la formation au métier d'enseignant
Louable intention qui pêche néanmoins par la proposition concrète qui en est tirée. En effet, Seule l'obtention du « C2I enseignant supérieur » pour les nouveaux enseignants est proposée. Alors que I. Henri dresse un constat préoccupant de la formation continue des enseignants du supérieur en pointant le grand isolement des efforts des CIES (Centres d'Initiation à l'Enseignement Supérieur) auxquels il faut néanmoins adjoindre les initiatives des Service Universitaires de Pédagogie, la réponse proposée ne semble pas à la hauteur des enjeux. Deux pistes auraient pu être exploitées pour le développement de la formation continue des enseignants. D'une part, une incitation plus grande par une meilleure prise en compte du développement de leurs compétences pédagogiques par les enseignants dans le développement de leur carrière. A ce sujet, la proposition de I. Henri « Les universités devront reconnaître l'investissement TICE des enseignants chercheurs dans leur avancement » reste bien générale. Des propositions en terme d'indices gagnés mériteraient d'être impulsées par la loi au lieu de s'en remettre à la simple initiative des universités. D'autre part, l'introduction d'une obligation de formation continue pour les enseignants comprise dans leur temps de service. Tant que la formation continue dépendra de la formule du volontariat des enseignants, il sera bien difficile de mener des actions de grande ampleur telles que le nécessite la situation actuelle caractérisée par le retard pris par la France en termes de cours en ligne et de formations à distance. En formation professionnelle, les formateurs se voient garantir par leur convention collective, un certain pourcentage de la durée de leur temps de travail à d'autres actions que le face-à-face pédagogique. Ne pourrait-on imaginer que 10%, par exemple, du service d'un enseignant soit obligatoirement consacrés à sa formation continue ?

100% des documents pédagogiques numériques pour 100% des étudiants
A travers cette proposition I. Henri souhaite que soit mise en place de véritables chaînes éditoriales. Il est certain que la production de ressources numériques souffre actuellement d'une trop grande disparité et qu'elle se cantonne encore trop souvent soit à la simple expérimentation soit à l'utilisation des ressources par leurs seuls producteurs. Alors que l'incitation, voire l'injonction à l'adoption de normes facilitant la migration des ressources numériques n'a jamais été aussi présente qu'à l'heure actuelle, il faut bien remarquer que leur réutilisation reste très marginale. Il est effectivement grand temps d'adopter une politique volontariste d'édition qui est seule à même de dépasser les freins que constituent actuellement la mauvaise reconnaissance des droits d'auteurs et l'absence de reconnaissance de la compétence pédagogique au profit de celle de chercheur.

Plus discutable semble être l'orientation de privilégier la production de contenus numériques par simples enregistrements des cours présentiels (cf. Reproduction ou édition de cours ?). Alors même que I. Henri regrette que les ressources numériques produites par les UNT ne soient pas assez granularisées et que ceci constitue un frein à leur réutilisation, il est curieux d'imaginer que la pénurie de contenus e-learning puisse être réduite par la simple numérisation de cours présentiels. Faut-il le répéter, il semble que oui, une ressource destinée à la formation à distance doit être scénarisée. Les interventions présentielles ne le sont presque jamais à un niveau compatible avec leur utilisation à distance.