mardi 21 avril 2020

Pistes pour une cobotique tutorale

La cobotique est l'association de l'humain et de l'intelligence artificielle et autres outils techniques pour la réalisation d'un produit ou d'un service. Dans ce billet, je tente de dresser quelques pistes sur ce que pourrait être une cobotique tutorale.

Les conditions de l’action tutorale

L’action des tuteurs à distance, comme tout autre action, est conditionnée par le vouloir, le savoir et le pouvoir faire. Si le « vouloir faire » est celui de l’individu en charge du tutorat, il est aussi dépendant de celui de son organisation qui dimensionne les moyens nécessaires de son « pouvoir faire ». De même, le « savoir faire » du tuteur dépend tout à la fois de son vouloir se former et se perfectionner et du vouloir de son organisation à lui en faciliter la possibilité. Savoir, vouloir et pouvoir sont indissociables. Ils se conditionnent et se nourrissent les uns les autres. Ils sont interdépendants. Lorsque que l’un manque, l’action n’existe pas.



Lorsque le tuteur peut et sait réaliser les interventions de support aux apprenants mais qu’il ne veut pas le faire, et ses raisons peuvent être nombreuses et variées pour adopter une telle attitude, l’action tutorale est avortée. Il apparait donc que les organisations doivent se préoccuper du vouloir des tuteurs, ne serait-ce qu’en adoptant des mesures incitatives et plus notablement en s’obligeant à la mise en place d’un plan de conduite de changement.

Lorsque le tuteur sait et veut faire mais qu’il ne peut pas faire, l’action tutorale est tout simplement impossible. Pouvoir faire dépend des moyens mis à la disposition du tuteur, temps, rémunération, moyens et outils techniques, légitimation. C’est bien à l’organisation dont le tuteur dépend de dimensionner ces moyens.

Lorsque le tuteur peut et veut faire mais ne sait pas faire, l’action tutorale est inefficace voire peut se révéler contre-productive. Le savoir lié à l’activité tutorale s’apprend et il est toujours aventureux de penser qu’un formateur présentiel deviendra un tuteur à distance efficace par le seul fait de le décider tant le changement de posture de transmetteur à facilitateur et l’adaptation aux conditions de la distance nécessitent un apprentissage et la construction d’un savoir devenir.

Les limites du tutorat humain

Dans l’idéal, le tuteur sait, veut et peut réaliser les interventions de support auprès des apprenants. Pour autant, même dans cette situation, le tutorat humain se heurte à certaines limites.

Tout d’abord, un tuteur à distance qui est avant tout un pédagogue peut être rebuté par certaines tâches et donc ne pas vouloir les réaliser. C’est le cas des tâches administratives répétitives, la transmission de notifications des modifications de la formation tels que des ajouts de ressources, des contributions sur forum ou encore d’être contraint à répéter les mêmes réponses aux questions les plus fréquentes des apprenants. Notons que pour toutes ces tâches, la plus-value de l’humain est assez limitée, voire inexistante, alors même que les bénéfices que peuvent en tirer les apprenants sont loin d’être négligeables.

Le tuteur humain, même celui qui est doté de tous les moyens nécessaires à son action ne peut pas tout faire. Il ne peut pas être disponible 24 heures sur 24. Il ne peut pas enrichir en continu des tableaux de bord pour chaque apprenant et pour le groupe. Il ne peut pas reconstituer en temps réel l’historique de la relation tutorale qu’il entretient avec chaque apprenant dès lors que le nombre d’apprenants se compte en dizaines.

Le savoir d’un tuteur à distance, y compris pour le plus expérimenté, reste limité par les possibilités humaines, en particulier celles relevant de l’intelligence logico-mathématique pour laquelle les machines sont désormais bien plus performantes. Ainsi, l’analyse approfondie des traces des apprenants, la détection des signaux faibles de démotivation ou la constitution de tableaux de bord permettant d’avoir un état d’avancement de chacun des apprenants, se révèlent soit hors de portée d’un tuteur humain soit lui demande un temps dont il ne dispose généralement pas.

Là où l’action du tuteur humain ne peut exister du fait de son manque de « vouloir faire », de « pouvoir faire » ou de « savoir faire » il serait opportun qu’une aide technologique prenne le relais. Cette cobotique, collaboration entre l’humain et les outils, voit aujourd’hui son champ s’élargir par le développement des fonctionnalités des plateformes de e-learning et davantage pas les possibilités de l’intelligence artificielle.

Dans le tableau ci-dessous sont récapitulées les limites du tuteur humain tant sur son « vouloir », son « pouvoir » et son savoir » et indiqué les solutions technologiques qui pourraient y suppléer.



Les effets possibles de la cobotique tutorale

Bien évidemment, le tableau ci-dessus se limite à identifier les technologies pouvant suppléer le tuteur humain et ne décrit pas comment elles pourraient le faire. Ceci relève davantage de l’expertise des éditeurs de plateforme et surtout des acteurs de l’intelligence artificielle appliquée à la formation. N’étant ni l’un, ni l’autre, je me limite à inviter ceux-ci à se saisir de la question tutorale.

Imaginons que la cobotique tutorale soit une réalité… Les organisations qui la mettront en place seront alors face à un choix stratégique : engranger les bénéfices offerts par les plateformes et l’IA en réduisant le temps de tutorat humain à proportion des tâches tutorales assumées par ces outils ou bien réaffecter, aux tuteurs humains, le temps de tutorat économisé afin qu’ils puissent investir d’autres plans de support à l’apprentissage (motivationnel, socio-affectif et métacognitif) qui sont plus souvent négligés et répondre ainsi à davantage de besoins de soutien des apprenants.

Espérons que ce soit ce dernier choix qui soit réalisé, tant les apprenants à distance méritent un accompagnement de haute qualité. 

mardi 7 avril 2020

Mon Interview en podcast par Marco Bertolini

Un grand merci à Marco Bertolini pour l'organisation de cet interview et la mise en ligne du podcast sur le site Formation 3.0 

samedi 4 avril 2020

L'accompagnement des apprenants à l'heure du confinement

Voici deux ressources qui donnent des clés pour accompagner les apprenants en cette période de confinement.

Table ronde : L’accompagnement des apprenants, le secret de la réussite

Les 6 points clés de l’accompagnement :

  • Donner une vision d’ensemble du dispositif ;
  • Aider à planifier ;
  • Aider à doser et fournir un effort soutenable ;
  • Donner des signes de présence ;
  • Miser sur la collaboration pour lutter contre l’isolement et l’abandon ;
  • Ne pas oublier le plaisir.

https://il-di.com/episode-02-accompagnement/


Interview en podcast

Dans cet interview, j'aborde les points suivants :

  • La place incontournable du tutorat à distance dans les dispositifs d’enseignement et d’accompagnement
  • A quelles conditions le tutorat à distance livre des effets positifs
  • Comment mobiliser l’autonomie et la responsabilisation de l’apprenant à distance


https://soundcloud.com/user-633391394/interview-jacques-rodet

mercredi 4 mars 2020

Web-rencontre autour du livre "Pratiques du tutorat à distance"

Bonjour à chacune et chacun,

Les contacts que j’ai eus avec les premiers lecteurs de « Pratiques du tutorat. Livret d’interventions » m’incitent à vous proposer une web-rencontre en classe virtuelle autour de ce livre. Elle sera l’occasion d’échanger librement tant sur le contenu du livre que sur vos questions relatives au tutorat à distance.


Inscription nécessaire à https://forms.gle/NnhLjvjEXUvYU23d8


vendredi 28 février 2020

Pratiques du tutorat à distance - Livret d'intervention

J'ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon dernier livre consacré aux interventions que les tuteurs à distance sont amenés à réaliser pour accompagner de manière efficiente les apprenants.

Présentation complète à https://lnkd.in/eK2qr69
Commande à https://cutt.ly/lr4hjw8

vendredi 28 juin 2019

Bonne vacances !

En cette fin de premier semestre, voici un bilan très partiel de l'activité du Blog de t@d. Partiel car il n'est que quantitatif et ne rend donc pas compte tant du plaisir que j'ai eu à publier mais davantage à échanger avec certains d'entre vous. 



La période estivale est traditionnellement celle d'une pause dans les activités de ce blog et 2019 n'y dérogera pas. Bien évidemment, les stakhanovistes du tutorat pourront voir ou revoir l'ensemble des  823 billets parus depuis 13 ans. Quel que soit votre choix, je vous souhaite un très bel été et d'excellentes vacances si vous en prenez.



lundi 17 juin 2019

La Téluq fait appel à des briseurs de grève

Où s'arrêtera la Téluq dans le baffouement de ses obligations auprès de ses employés tuteurs ? Force est de constater que sa direction, après avoir privé de travail les tuteurs, vient de franchir une nouvelle étape alors même que la grève déclenchée le 28 janvier se poursuit.



Alors qu'elle a été dans l'obligation de cesser toute relation avec l'institut MATCI à qui elle avait confié l'accompagnement d'étudiants qu'elle avait retiré aux tuteurs, la Téluq persiste dans sa volonté d'élimination des tuteurs au profit de la sous-traitance en lançant un appel d'offre pour recruter des correcteurs. Il ne s'agit en l'occurrence ni plus ni moins que de recourir à des briseurs de grève.

Notons, comme le précise l'extrait ci-dessous, que les exigences de la Téluq envers les correcteurs qu'elle recherche sont bien moindres que celles auxquelles les tuteurs sont soumis et que les premiers perdants seront les étudiants eux-mêmes. 








vendredi 14 juin 2019

Schématiser le dispositif tutoral

Loin de la figure du tuteur-orchestre, il existe de nombreux avantages organisationnels, économiques, pédagogiques à recourir à plusieurs profils de tuteurs à distance. Toutefois, il ne suffit pas de convoquer plusieurs profils de tuteurs pour que les apprenants en tirent des bénéfices. Ce dispositif doit être présenté, par exemple dans la charte tutorale.

Les schémas sont souvent le support le plus immédiatement compréhensible par de nombreux apprenants. Ils permettent d'identifier les profils de tuteurs, les relations et les flux d'informations qu'ils partagent. En voici un exemple.

Un tel schéma doit bien évidemment être complété par des mentions écrites permettant de préciser  les périmètres d'interventions de chaque profil de tuteur mais également les liens qui les relient. Relation A. Le tuteur technique apporte au participant du soutien en cas de difficulté d’utilisation ou de dysfonctionnement. En cas de difficulté à la connexion ou durant le parcours, le stagiaire peut lui envoyer un message.Relation B. Le tuteur-programme et le tuteur administratif interviennent de manière proactive en direction des participants via la messagerie ou le forum pour donner de la visibilité sur le parcours de formation.Relation C. Le participant peut solliciter le tuteur-cours qui intervient de manière réactive via le forum. De son côté, le tuteur-cours intervient de manière proactive afin d'anticiper certaines difficultés que peuvent rencontrer les apprenants.Relation D. Le tuteur-programme supervise l’activité des tuteurs-cours qui lui remontent des informations sur leurs interventions.Relation E. Les apprenants peuvent interagir entre eux au sein du forum.Relation F. Le tuteur projet accompagne l'apprenant lors de son stage en entrepriseCet exemple fictif n'a d'autre but que de sensibiliser à la nécessité de définir, cartographier et décrire le dispositif tutoral pour une formation. Il n'est donc pas un modèle à suivre pour toutes les formations mais il permet de penser celui qui est adopter en fonction des contraintes contextuelles. 





vendredi 7 juin 2019

Utiliser sa voix à distance




Dans de nombreux digital learning, la voix et plus généralement les sons ne font pas l’objet de la même attention que les éléments graphiques et d’animation. De même, en situation d’accompagnement, la voix est soit absente lors des interventions écrites soit de qualité plus ou moins bonne à travers les classes virtuelles et autres outils permettant une communication orale. Pourtant, tout formateur sait d’expérience que sa voix est son premier atout en situation d’animation. Voici quelques rappels la concernant.

Le volume, c’est la force de la voix. Il faut savoir ajuster le volume selon l’auditoire et les éléments sonores ambiants : plus doux lorsque le public est restreint et les sons ambiants limités plus élevé lorsque l’auditoire est plus étendu ou que les sons ambiants sont plus dérangeants. Le tuteur prendra soin lors d’une classe virtuelle de vérifier le volume de son micro en demandant aux apprenants s’ils l’entendent bien et de l’ajuster si nécessaire.

L’intonation correspond à la variation de la hauteur de la voix. Un énoncé articulé avec une courbe intonative montante puis descendante, est habituellement perçu comme déclaratif. Le même énoncé, prononcé avec une courbe montante en finale, est plutôt interprété comme une question.

Le débit, c’est-à-dire la vitesse d’élocution, la vitesse à laquelle le message est dit. Lent pour s’assurer de la compréhension du message ou pour réconforter. Moyen pour informer, compléter, préciser ses propos. Rapide pour stimuler le destinataire, pour se montrer dynamique, entraînant, etc.).

L’articulation, c’est le détachement et l’enchaînement correct des sons. Elle dépend des mouvements de la langue, des mâchoires et des lèvres. Elle est essentielle à la compréhension du propos et demande une attention particulière lorsque le débit est rapide.

Le rythme est créé par l’alternance plus ou moins régulière des syllabes accentuées, des syllabes inaccentuées et des pauses. Il peut être calme et posé, rapide et dynamique, saccadé et nerveux, etc. Les pauses et les silences donnent le temps d’assimiler, scandent la structure du propos, souligne un passage important.

La variation de ces éléments et de leur combinaison permet aux apprenants de maintenir davantage leur attention et d’assimiler les propos qui sont tenus.

Source : https://lacroiseefr.wordpress.com/2010/06/01/les-elements-prosodiques-et-sonores/