Petit éloge, à prendre avec toutes les pincettes qui s'imposent, de l'art de ne rien dire tout en ayant l'air profondément concerné. Généré par Claude
Chaque été, dès que le mercure ose dépasser les 30 degrés, l'État français accomplit l'un des actes de bravoure intellectuelle les plus sous-estimés de notre époque : il informe solennellement la population qu'il fait chaud. Mieux encore : qu'on peut transpirer. Mieux encore : que l'eau, contre toute attente scientifique, hydrate. Certains esprits chagrins osent y voir une absence totale d'effort intellectuel. Ces esprits chagrins n'ont rien compris à la grandeur de la chose. Il s'agit ni plus ni moins d'un chef-d'œuvre de gestion de crise, et il est proprement scandaleux que le secteur du tutorat à distance n'ait pas encore eu l'humilité de s'en inspirer.
L'évidence : la seule vérité qui ne se discute jamais
Le génie absolu du conseil gouvernemental tient à une propriété mathématique rarement célébrée : un énoncé vide de contenu est, par définition, irréfutable. « Buvez de l'eau » n'a jamais été contredit par aucun comité d'experts, aucune étude, aucun fact-checker, aucune intelligence artificielle, fût-elle dotée de superpouvoirs analytiques. C'est une forteresse rhétorique imprenable, taillée dans le roc de la banalité la plus pure.
Le tuteur à distance possède le même filon sous les pieds depuis toujours, et il serait coupable de ne pas l'exploiter avec la même audace. Conclure une session par « pensez à faire des pauses si vous avez chaud » n'aidera vraisemblablement pas plus l'apprenant qu'un calendrier des marées, mais cela présente l'avantage colossal de ne jamais pouvoir se retourner contre son auteur. On pourrait même décerner une médaille à ce type de phrase : la médaille du Conseil Zéro Risque, frappée à l'effigie d'un verre d'eau.
La sollicitude en kit, sans montage requis
Autre merveille de ce système : il permet de simuler l'attention sans en supporter le coût. Un tuteur qui glisse, d'un air grave, « n'oubliez pas de vous hydrater », adopte instantanément la posture du mentor bienveillant qui veille sur ses ouailles — alors qu'il vient, en réalité, de réciter une phrase que l'apprenant connaissait avant même de savoir lire. C'est un rendement que la finance la plus spéculative n'oserait rêver : zéro investissement, capital sympathie au plafond.
On objectera, mesquinement, qu'un tel conseil n'apporte strictement rien à l'apprentissage. C'est vrai, et c'est même tout l'intérêt de la démarche : il ne s'agit pas d'aider, il s'agit de paraître aider, ce qui, dans l'art subtil de la communication moderne, constitue un objectif nettement plus noble et infiniment plus facile à atteindre.
Vers une doctrine officielle du conseil creux et increvable
On peut donc rêver, sans le moindre effort d'imagination, d'un référentiel commun, validé en haut lieu, à l'usage de tout tuteur en quête de respectabilité climatique :
- « Pensez à boire de l'eau régulièrement. » — l'arme nucléaire de la banalité, efficace en toute saison, recyclable jusqu'à la fin des temps.
- « Travaillez dans un endroit frais et aéré. » — sous-entend, sans le moindre diplôme, une maîtrise totale de la thermodynamique du bâtiment.
- « Faites des pauses si vous en ressentez le besoin. » — transfère intégralement la responsabilité à l'apprenant, ce qui est toujours, en gestion des risques, du temps gagné.
- « N'hésitez pas à reporter la session si la chaleur est trop forte. » — formule généreuse qui, par un heureux hasard, arrange surtout l'emploi du temps du tuteur.
En guise de conclusion, qu'on se gardera bien de prendre au sérieux
Loin de nous l'idée saugrenue de prétendre que ces conseils sont inutiles : ils ne le sont pas plus que ceux émis par les services compétents de l'État, et c'est précisément ce qui devrait nous alarmer. Si la puissance publique, avec ses cellules de crise, ses experts et ses budgets, juge qu'un rappel sur l'hydratation suffit à répondre à une canicule, on comprend mal au nom de quel excès de zèle un tuteur isolé, devant son ordinateur, devrait viser plus haut. Il restera, hélas pour la cohérence de cet article, une hypothèse beaucoup moins amusante : que les conseils du tout premier message de cette conversation méritaient d'être suivis non pas parce qu'ils étaient spectaculaires, mais précisément parce qu'ils étaient simples, et donc faciles à appliquer pour de vrai. L'évidence a ce défaut irritant de rarement avoir tort.

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