mercredi 7 novembre 2018

Transformer les tuteurs en correcteurs est une régression pédagogique



Il semblait que depuis 2010 au moins, et la tenue du colloque du REFAD qui avait été consacré à cette question, la distinction entre un correcteur et un tuteur à distance avait été clairement établie. Il faut croire que la direction de la Téluq, en voulant transformer ses tuteurs en correcteurs n’a pas pleinement compris la plus-value d’un tuteur, ou plus grave l’ayant comprise, qu’elle décide, pour des raisons économiques, de réduire ses ambitions pédagogiques en sacrifiant le soutien à l’apprentissage des étudiants.

Puisqu’il parait nécessaire de le rappeler, l’activité d’un correcteur se résume à la formulation de commentaires (pas toujours) et l’affectation d’une note aux travaux des apprenants. Le plus souvent, le correcteur est rémunéré à la copie, tout comme les canuts, ouvriers tisserands du XIXe siècle l’étaient à la pièce. Son travail, loin d’être négligeable, tant les rétroactions aux travaux peuvent participer à l’apprentissage (cf. La rétroaction, support d'apprentissage), reste néanmoins centré sur le contenu disciplinaire de la formation et la performance obtenue par les apprenants au regard des objectifs académiques. C’est un peu comme si en présentiel, après un cours, la seule interaction entre le formateur et les apprenants était la correction d’un travail évalué. Ce modèle, parfois persistant, réduit la formation à distance à la distribution d’un contenu et à des activités d’évaluation et il semble bien que ce soit le choix de la direction de la Téluq. Ne voudra-t-elle pas ensuite réduire l’évaluation à des quiz auto-correctifs et éliminer les correcteurs humains ?

Ceci est d’autant plus désolant que l’expérience ancienne du support à l’apprentissage, au sein même de la Téluq, a aboutit à des pratiques professionnelles de tutorat performantes, et que celles-ci ont largement été décrites par des enseignants de la Téluq comme Céline Lebel, André-Jacques Deschênes, Pierre Gagné et bien d’autres (s'il ne fallait citer qu'un seul de leurs nombreux articles, cf. Profils des activités d'encadrement comme soutien à l'apprentissage en formation à distance)

Non ! La formation à distance ne se résume pas à la mise à disposition de ressources et à l’évaluation. Il est largement reconnu que les émotions sont agissantes lors de l’apprentissage, que le soutien motivationnel permet de faire persévérer les apprenants et réduire de manière importante les abandons, que le soutien socio-affectif est indispensable lors des activités collaboratives mais également pour l’exercice de son autonomie par l’apprenant et l’accroissement de sa confiance en sa propre capacité à faire, que l’apprenant qui est aidé à devenir plus conscient de ses stratégies d’apprentissage par le soutien métacognitif réussit davantage.

Qui d’autres que les tuteurs peuvent apporter ce soutien sur les plans socio-affectif, motivationnel et métacognitif ? Certainement pas des correcteurs, contraints par leur mode de rémunération à traiter le maximum de copies en un minimum de temps.

La modernité n’est certainement pas l’oubli de son histoire. Aussi, il serait bon que la direction actuelle de la Téluq entame des discussions avec les tuteurs pour examiner sérieusement ses ambitions pédagogiques, les interventions d’animation des formations à distance qu’elles supposent, et les services tutoraux qui les font vivre.

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