mercredi 6 mars 2019

4 postures vis-à-vis de la formation et de l'apprentissage

La promotion de la formation, depuis déjà longtemps, qualifiée de tout au long de la vie, est constante. Elle est bien évidemment le fait des organismes de formation, des universités et autres institutions éducatives, mais également de l’état, des différentes collectivités, des employeurs et des organismes financeurs. C’est donc à une injonction à se former, renforcée par la responsabilisation accrue à maintenir leur employabilité, que les individus sont soumis.

Parallèlement, la diversité des modalités de formation et d’apprentissage est de plus en plus grande, l’unité de lieu et de temps ne constitue plus un préalable, de nouvelles formes marchandes ou non apparaissent régulièrement. L’accessibilité croît, pas forcément au même rythme que les incitations, mais ne tient pas forcément compte du ressenti des individus à un instant T.

Pourtant, chacun entretient un rapport personnel avec la formation et l’apprentissage qui n’est pas constant mais circonstancié à son vécu et à son devenir. L’illustration ci-dessous, qualifie quatre grandes postures qu’à un moment ou un autre l’individu peut investir.



Le dimensionnement de l'accompagnement des apprenants et l'élaboration des dispositifs tutoraux dans le digital learning devraient prendre en compte ces différentes postures des individus. 

Face à l'endormi, il s'agit tout d'abord de susciter l'envie tout en lui faisant prendre conscience de ses besoins de formation. 

Vis-à-vis de l'illusionné, les interventions tutorales devraient porter majoritairement sur l'apprendre à apprendre, afin de le rendre acteur de sa formation. 

Le découvreur échappe largement, mais pas forcément complètement, aux interventions tutorales, comme le prouve les résultats positifs sur les taux de complétion de la mise en place de services tutoraux dans les MOOC, dispositif qui a souvent sa préférence. 

L'académique est souvent en demande de services tutoraux qui lui permettent d'atteindre ses objectifs. 

mardi 26 février 2019

Le tutorat transversal - Thèse de Marie Micholet



Marie Micholet, dans sa récente thèse « Un tutorat transversal à distance et en ligne pour l’université » s’attache à définir les fonctions et rôles du tuteur transversal qui se distingue du tuteur disciplinaire. En effet, contrairement à ce dernier qui intervient lors d’un cours, essentiellement sur le plan cognitif, le tuteur transversal accompagne les étudiants tout au long de leur formation afin de répondre à l’ensemble de leurs besoins ne relevant pas stricto sensu de la compréhension de l’objet d’apprentissage.

Le tuteur transversal de Micholet est donc proche du tuteur programme que j’ai défini ainsi : « Le tutorat programme est souvent investi par le responsable de la formation. Il assure le bon fonctionnement du dispositif de formation en exerçant le rôle de médiateur entre les tuteurs, les apprenants, les services administratifs et techniques. ». Il existe aussi des analogies fortes entre le tuteur transversal et le coordinateur pédagogique décrit par Lydie Réné-Boullier.

Toutefois, l’étendue du périmètre d’action du tuteur transversal pourrait le rapprocher de celui que j’ai nommé le tuteur-orchestre mais également du tuteur pédagogique présent dans de nombreux dispositifs où il intervient conjointement au tuteur cours et au tuteur technique.

Le tuteur transversal doit également beaucoup à la définition de l’encadrement programme défini à la Téluq par André-Jacques Deschênes  « L’encadrement-programme constitue une forme de support où les ressources d’encadrement sont mises à la disposition de l’étudiant afin de lui assurer un cheminement harmonieux dans la succession de ses activités de formation (tant au plan administratif que pédagogique) et lui éviter de s’engager dans une série d’activités sans relations entre elles. Globalement, l’encadrement-programme vise à contrer l’abandon qui, en formation à distance, est un problème épineux. […] On retrouve dans l’encadrement-programme deux fonctions : la fonction accueil et la fonction suivi. L’accueil s’exerce principalement auprès des nouvelles clientèles étudiantes et au cours de leur première session dans le programme. Cette fonction vise l’établissement d’une relation individu-programme qui permette de formaliser et de rendre opératoires les engagements de l’individu vis à vis des objectifs précis de formation et les engagements de l’établissement à fournir à l’individu les moyens d’atteindre les objectifs (Chénard, 1989). La fonction suivi vise à uniformiser la pratique du tutorat dans le programme et à mieux connaître les étudiants, de façon à enrichir la communication et l’intervention pédagogique. Elle vise également à soutenir l’engagement de l’étudiant dans la poursuite de ses objectifs personnels ou de carrière. »

Dans ses conclusions, Marie Micholet présente les tâches du tuteur transversal que je synthétise dans le tableau ci-dessous (clic sur les images pour les afficher en grand)



dimanche 10 février 2019

Conjuguer le tutorat à distance au pluriel

Lorsqu’une organisation décide de mettre en place des services tutoraux dans ses formations en ligne, son premier réflexe est de chercher la personne présentant toutes les qualités et compétences pour accompagner les apprenants. Le tuteur est conjugué au singulier. Cette solution présente de nombreux désavantages (cf. Inconvénients de la figure du "tuteur-orchestre").

Or, pour des raisons tant économiques que de compétences à mobiliser pour fournir un accompagnement de qualité aux apprenants, il est préférable de conjuguer le tutorat au pluriel. Les raisons économiques sont assez évidentes. Une partie des interventions tutorales peuvent être confiées à des salariés de l’organisation en les ajoutant à leur fiche de fonction, afin de l’actualiser à la dimension numérique de son activité, sans entraîner de coûts supplémentaires. De plus, certaines interventions tutorales sont identiques d’une formation à l’autre, par exemple le tutorat technique qui permet aux apprenants de maîtriser l’environnement d’apprentissage et de les dépanner en cas de besoin. Il est donc plus productif et économique de confier ce tutorat à un seul profil plutôt que de demander aux formateurs ayant des compétences techniques diverses, d’assurer ce soutien auprès des apprenants.

La question des compétences des personnes investissant un profil de tuteur particulier est également plus aisée à résoudre. Naturellement, un formateur ou un expert sera en capacité d’apporter un soutien cognitif aux apprenants. A contrario, un apprenant suivant plusieurs modules dépendant de plusieurs formateurs aura besoin d’être suivi par une personne compétente tant d’un point de vue administratif (tuteur administratif) que sur les plans motivationnel, socio-affectif ou métacognitif (tuteur programme),  (cf. Profils de tuteurs à distance).



Le choix des profils de tuteurs à distance pour un dispositif donné dépend de la nature des besoins de soutien des apprenants auxquels l’organisation veut apporter des solutions. A cet égard, la matrice des interventions tutorales (cf. Des fonctions et des plans de support à l'apprentissage à investir par les tuteurs à distance) est une bonne manière de choisir les fonctions tutorales et les plans de support à l’apprentissage qui sont à investir par tel ou tel profil de tuteur. Lors de l’élaboration du scénario tutoral, les interventions tutorales sont affectées aux différents profils de tuteurs. Le fait, pour une personne, d’être rattachée à un profil de tuteur ne remet en aucun cas sa fonction première (responsable de formation, assistant administratif, formateur, expert, technicien, apprenant). Il signifie simplement que la personne concernée est un acteur du dispositif tutoral de la formation concernée.

mardi 29 janvier 2019

Grève générale illimitée des tutrices et tuteurs de la Téluq

"Réuni-e-s en assemblée générale le 28 janvier, les tuteurs et tutrices ont dû conclure que le déclenchement immédiat de la grève générale illimitée était l’ultime moyen de signifier notre profonde indignation face à l’offre patronale du 25 janvier dernier.

Les membres ont rejeté à l’unanimité cette offre qui ne donne aucune garantie que les tuteurs et tutrices pourront préserver leurs emplois et que ceux-ci ne seront pas transférés aux professeur-e-s sous contrat ou même à des sous-traitants. De plus, pour les tuteurs et tutrices qui pourraient conserver leur poste, l’offre contient dans les faits une diminution du salaire réel, malgré l’ajout, à nos frais, de quatre nouvelles tâches d’encadrement. Sans compter tous les reculs sur nos acquis au plan normatif, essentiels au maintien de notre droit à l’emploi (par exemple au sujet des exigences de qualification) et à notre reconnaissance au sein de la TÉLUQ (notamment par le biais du comité d’intégration pédagogique)."

C'est près de 20 000 étudiantes et étudiants qui se retrouvent ainsi dans l'impossibilité de terminer leur trimestre.

dimanche 20 janvier 2019

Le jeu TutoFORM





Développé pour le CNFPT, TutoFORM est un jeu en présentiel permettant de s’entraîner à la conception d’interventions tutorales à distance. Il s’adresse donc à toute personne chargée de bâtir le scénario tutoral d’une formation hybride ou entièrement à distance. 

La première phase est un jeu de l’oie permettant aux participants d’acquérir des objets de profils de tuteurs, de modalités communicationnelles et d’outils. 

A l’issue du jeu de l’oie, les membres d’une même équipe se réunissent pour partager les objets recueillis et obtiennent des cartes descriptives comportant des QR codes renvoyant à des informations complémentaires sur les objets correspondants. 

La troisième phase du jeu consiste pour les participants à concevoir les interventions tutorales en réponse à des cas types de besoin de soutien des apprenants à distance. Outre l’utilisation des objets à déposer sur une matrice, chaque intervention est à quantifier en temps et des conseils de réalisation par les tuteurs sont rédigés. 

Le jeu se termine par la mutualisation des interventions tutorales conçues par les différentes équipes.

La durée d’une partie est de 2 à 3 heures.

dimanche 6 janvier 2019

Briser la glace à distance

Image de Jean-Paul Moiraud

Le démarrage d’une formation hybride fait fréquemment l’objet d’une séance présentielle. Toutefois, ceci n’est en rien une obligation et lorsque le concepteur est contraint à réduire les séances présentielles, il est préférable de réaliser les activités de brise-glace à distance. Dès lors, deux modalités synchrone et asynchrone sont envisageables.

Brise-glace en classe virtuelle
La classe virtuelle est certainement la modalité distancielle qui se rapproche le plus du présentiel. Ceci n’est réel que dans la mesure où l’on ne se contente pas de réaliser un webinaire expositif mais que l’on permette aux participants de s’exprimer tant par écrit qu’oralement durant la classe virtuelle. Ainsi, la plupart des activités de brise-glace peuvent s’y dérouler. En voici trois exemples.

Le classique tour de table peut être réalisé bien qu’il soit assez chronophage. Il gagne à être supporté par un pecha kucha préparé à l’avance par l’animateur. Ce diaporama minuté, où sur chaque écran une question est posée, est lancé par l’animateur pour chaque participant qui se présente au rythme imposé.

Le portrait chinois consiste pour l’animateur à proposer une liste de mots tels que : animal, couleur, film, chanson, plat, plante, acteur, objet, vêtement, etc. Ceci peut être réalisé sur le tableau blanc de la classe virtuelle où chaque apprenant est invité à écrire ou dessiner ses réponses.

La présentation croisée consiste dans un premier temps à former des binômes d’apprenants qui échangent sur qui ils sont, sur leurs attentes vis-à-vis de la formation, sur leur projet professionnel, etc. Cette première étape est réalisable par la fonction « ateliers » qui permet à des apprenants d’avoir accès à toutes les fonctionnalités de la classe virtuelle dans un espace privé. Plusieurs ateliers peuvent se tenir simultanément dans la classe virtuelle et l’animateur peut aller d’atelier en atelier ou s’adresser à tous les ateliers en même temps. La seconde étape, réalisée avec l’ensemble du groupe, consiste pour chaque apprenant à présenter son collègue qui est également invité à compléter au besoin.

Brise-glace via un forum
Il peut être intéressant et parfois plus aisé de réaliser le brise-glace en asynchrone. Le forum est un outil adapté à cela dans la mesure où il s’agit d’une expression publique envers le groupe dont le contenu écrit reste disponible tout au long de la formation.

Vous l’avez peut-être déjà expérimenté, il n’est pas toujours facile d’engager les apprenants à contribuer dans un forum. Aussi quelques précautions sont à prendre pour lancer et animer un forum de présentation des apprenants. La première est d’annoncer l’existence de ce forum et d’en préciser l’enjeu. Si la formation prévoit des activités collaboratives, préciser par exemple, que les contributions des uns et des autres permettront à chacun de mieux se constituer en groupe collaboratif. La deuxième précaution est de proposer un cadre, un plan de présentation. Par exemple : lieu de résidence, activités professionnelles, expérience de la formation en ligne, ce que je vise à travers la formation, ce que j’aime en formation, ce que j’ai envie de dire de moi… La troisième précaution est de donner l'exemple en publiant sa présentation selon le plan proposé. L’expérience montre que les apprenants contribuent presque en totalité ou en totalité à cette activité.

Et vous, quelles sont les activités à distance que vous réaliser pour briser la glace ?