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mercredi 23 décembre 2009

Chronique de Philippe Inowlocki > Metacognition et Socialbookmarking


Cherchant à identifier des réseaux sociaux réunissant des communautés professionnelles dans le champ de l’éducation et de la formation à distance, j’ai eu la chance de me voir recommander par Michèle Drechsler un groupe électronique sur Linkedin consacré au sujet de la Métacognition.

Ce groupe ouvert à toutes personnes donne la parole à un public - à majorité anglo-saxonne - de professionnels de l’éducation mais aussi plus largement de personnes intéressées par les démarches d'autoformation et les nouvelles technologies.

Michèle Drechsler, qu’il nous faut désormais appeler Docteure Michèle Drechsler, est intervenue régulièrement dans ce groupe, dans le cadre de sa thèse mais surtout par son orientation intellectuelle collaborative et participative, pour proposer à la discussion une réflexion sur la métacognition et le "socialbookmarking". Le socialbookmarking est une pratique visant le partage de signets ou « bookmarks » pour un site Web public et le fait de les « tagguer » avec des mots-clés."

Michèle Drechsler est inspectrice de l'Education nationale en France chargée de la mission « maternelle ». Elle a obtenu un DEA en sciences de l’information et de la communication, son mémoire a consisté en une analyse des relations entre les TICE, le KM et la formation des enseignants. « Quels changements induits par les TIC pour la formation professionnelle des enseignants face au paradigme du KM et des communautés de pratiques ? » Elle a également obtenu un DESS « communautés virtuelles et management de l’intelligence collective via les réseaux numériques » à l’Université de Limoges.

J’ai proposé à Michèle une interview par un échange d'emails sur son thème de recherche en relation avec la dynamique sociale qu’elle a pu observer dans le groupe Metacognition. Je l’en remercie chaleureusement.

Philippe Inowlocki : Michèle, tu as soutenu une thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication le mois dernier en particulier sur le socialbookmarking - la collaboration pour le partage de liens sur internet- et les communautés de pratiques. Tout d'abord, toutes mes félicitations pour ce travail de recherche et ta soutenance ! Pour nos lecteurs, quel est le titre de ta thèse ?

Michèle Drechsler : "Pratiques du socialbookmarking dans le domaine de l'éducation. Affordances sémantiques, socio-cognitives et formatives" - Avis de soutenance.

P.I. : Quelle importance occupe la démarche métacognitive dans ta relation avec les enseignants que tu accompagnes et inspectes ?

M.D. : Quand j’étais enseignante, la compréhension et la métacognition en vue d'une résolution des difficultés d'apprentissage étaient des pistes pour une meilleure remédiation aux difficultés de mes élèves. J’ai toujours essayé de chercher les modalités permettant de surmonter les échecs de l'apprenant et connaître les processus cognitifs qui sont à l'oeuvre pour une aide pédagogique.

La démarche métacognitive est tout à fait présente dans mes relations avec les enseignants pendant l’inspection mais aussi lors des stages de formation continue. Elle a toute sa place aussi dans le socialbookmarking.

En faisant appel à la métacognition, je m’intéresse à la professionnalisation des enseignants, aux processus mêmes du développement de leurs compétences. Je cherche en quelque sorte à comprendre leurs façons d'apprendre à gérer des apprentissages. D’une façon générale, je m’interroge sur les stratégies d'apprentissage que les enseignants mettent en place pour faire réussir tous les élèves.

Avec l’arrivée du numérique, la dimension métacognitive est cruciale.


Dans un dispositif de formation à distance, et comme le précise Jacques Rodet, « le métacognitif renvoie à l’ensemble des activités que l’apprenant devrait réaliser pour avoir un regard distancié sur sa formation. C’est cette prise de distance qui peut favoriser l’accroissement de son autonomie. Le tuteur doit donc favoriser la posture métacognitive de l’apprenant en facilitant la planification du parcours d’apprentissage, l’évaluation des stratégies d’apprentissage ainsi que l’autoévaluation de l’apprenant. »
(Cf. http://blogdetad.blogspot.com/2008/03/retour-surle-sondage-pour-quel-type-de.html)

Par exemple, l’outil de socialbookmarking « Diigo » avec toutes ses fonctionnalités - commentaires, visualisation des utilisateurs d’une même ressource, découverte d’usages de la même ressource dans des contextes variés… - peut faciliter la mise en place « d’un champ instrumental collectif » qui permet de rendre compte a posteriori du degré d’utilisation de la ressource éducative et développer la professionnalisation des enseignants.

P.I. : Le socialbookmarking te semble t-il une pratique à encourager parmi les personnels enseignants et en particulier pour les intervenants dans les dispositifs à distance, les tuteurs ?

M.D. : Dans ma thèse, j’ai analysé les travaux de George Siemens et j’ai retenu quelques principes essentiels de sa théorie pour ma recherche. Le connectivisme de Siemens reconnaît la centralité de l'apprentissage avec une place importante accordée à l'activité sociale, la possibilité de créer des réseaux personnels, de proposer une interactivité et un engagement dans les tâches expérientielles. En tant que tel, le connectivisme m’a semblé particulièrement adapté aux principes de l'ère du Web 2.0 pour le socialbookmarking.

Le connectivisme prend en compte les connexions qui nous permettent d'apprendre. J’ai étudié quelles étaient les procédures de connexion des praticiens du socialbookmarking et quelles étaient leurs nouvelles façons d’apprendre à ligne grâce aux réseaux.

Apprendre avec des plate-formes de socialbookmarking, exige des apprenants de la métacognition pour faire face à la non-linéarité de la masse d'informations, ceci sans perdre trop de temps. Les lieux d’auto-régulation et les capacités métacognitives y sont des facteurs clés pour l'efficacité de l'apprentissage dans ce réseau de connaissances omniprésentes de part tous les flux d’informations générés lors du partage de signets de ressources et les commentaires.

J’ai montré que le socialbookmarking permet la mise en place de PKM ( Personal Knowledge Management) défini par Steve Barth (2000) comme un « un ensemble de techniques et d’outils relativement simples et peu coûteux que chacun peut utiliser pour acquérir, créer et partager la connaissance, étendre son réseau personnel et collaborer avec ses collègues sans avoir à compter sur les ressources techniques ou financières de son employeur ».

J’ai expliqué comment le socialbookmarking peut s’inscrire dans le cercle du PKM (Personal Knowledge Management). Cette donnée est importante car comme précisait François Taddei, « dans un monde en mutation rapide, l’avenir appartient à ceux qui sauront mettre à jour leurs savoirs » (2009). Cela concerne particulièrement le monde de l’éducation.

P.I. : Sous quels angles théoriques et pratiques as tu commencé à travailler sur la métacognition ?

M.D. : J’ai beaucoup travaillé sur ces questions de métacognition dès l’arrivée des ordinateurs dans les écoles, en 1984, 1985. J’ai suivi les programmes de 1985 qui prenaient en compte l’informatique comme objet d’étude. Cela a fait l’objet de différentes interventions et communications pour le développement d’une culture numérique à l’école. Par exemple, Drechsler 2008, "L’informatique à l’école. Analepse et prolepse pour une discipline retrouvée ?"

A l'époque, j'ai fait plusieurs communications sur le thème de la métacognition dans le domaine de l’informatique avec l’approche de la programmation à l’école. Je me suis référée à la pensée de Papert en particulier : « Penser sur sa pensée c'est devenir épistémologue, c'est entrer dans une étude critique de sa propre réflexion. Une expérience que bien des adultes ne vivent jamais.» !

Ainsi, j'ai voulu aborder des questions comme : "L’école saura t-elle intégrer Logo, Smalltalk, des langages « objets » pour le développement d’objectifs métacognitifs, " peut-on dire qu'il s'agit d'un tiercé gagnant pour « apprendre à apprendre », une clé pour la réussite scolaire ?"

P.I. : Comment as tu connu la liste linkedin sur la métacognition ? ( je ne crois pas qu'il existe l'équivalent pour le public francophone sur ce thème là et cette modalité de groupe en ligne)

M.D. : Je suis sur Linkedin depuis plusieurs années. Je m’inscris dans les groupes qui m’intéressent et qui concernent divers thèmes : les TICE, l’intégration des TICE pour l’éducation, les logiciels libres, le socialweb pour l’éducation, les sciences cognitives, la culture numérique, la maîtrise de l’information.

Je consacre un temps très important pour mener une veille efficace et mettre à jour mes connaissances dans ces domaines qui m’intéressent énormément. La métacognition est au cœur des apprentissages et elle est une des clés pour la pédagogie . Je me suis inscrite dès la création du groupe par Alvin Yut qui est directeur à l’Université Rutgers (New Jersey), en Février 2009.

Extrait des objectifs du groupe Metacognition :
"Ce groupe a pour thème les questions de l'apprendre à apprendre. Thèmes associés : l'apprentissage tout au long de la vie, l'apprentissage des étudiants, l'autoformation, l'autogestion de la formation, les capacités nécessaires à la réussite des études, les styles d'apprentissage, le constructivisme, les scolaires ( K-12) l'éducation au collège, l'andragogie, la formation des salariés, l'entreprise formative, la gestion des talents, l'apprentissage organisationnel, la réforme du travail et de la formation.

L'objectif de ce groupe est de tenter l'intégration de membres de différents horizons dans une conversation unique en relation avec la métacognition. Les trois principaux sous-groupes sont 1 l'apprentissage des étudiants, 2 l'apprentissage organisationnel dans les entreprises, 3- la recherche et le changement concernant la métacognition et les l'apprentissage tout au long de la vie."

P.I. : Tu as été la première, en tant que chercheuse, à commencer ton intervention dans le groupe par une définition du terme et de ses concepts afférents ? Est-ce une impression ?

M.D. : J’ai essayé d’approfondir le terme « Metacognition » en faisant référence à diverses définitions. Voir notamment les recherches citées dans cet article, Theo L. Dawson, 2008, Metacognition and learning in adulthood ( Métacoginition et apprentissage à l'age adulte).

P.I. : As tu identifié une ou des définitions de l'apprentissage à l'apprentissage dans les échanges que tu as pu lire sur la liste ?

M.D. : Lors des échanges sur la liste, j’ai surtout essayé de voir dans quelles mesures le sociabookmarking impliquait des démarches faisant appel à la métacognition. Il a fallu préciser des termes de vocabulaire.

P.I. : Quels sont les profils professionnels que tu as pu observer parmi les participants, les chercheurs sont ils les plus nombreux, les formateurs, les les responsables de formation, les consultants d'entreprise sur le KM ? Autres ?

M.D. : Il y a eu tous les profils possibles et c’est intéressant justement d’avoir des regards croisés sur la question : des praticiens, des spécialistes en ingénierie pédagogique, des formateurs, des enseignants… Les chercheurs universitaires étaient minoritaires.

P.I. :
As tu le sentiment de l'existence d'écarts entre nos référents théoriques "latins" et les référents de ce public à majorité anglo-saxonne /américaine ? Cette différence se perçoit-elle par l'approche de la question, le type d'exemples fournis ? la relation au Comment et au Pourquoi ? La culture technologique.

M.D. : J’ai noté quelques différences. Par exemple, le socialbookmarking est intégré dans des dispositifs institutionnels de l’Australie qui s’est emparé de cet outil au service de la formation des enseignants. Ma thèse met en valeur justement toutes les potentialités, les affordances du socialbookmarking dans le domaine de la formation.

Au Québec, on peut noter l’influence du travail des chercheurs Carl Bereiter et Marlène Scardamalia qui ont développé le logiciel Knowledge forum qui est beaucoup utilisé dans les écoles et qui favorise la co-construction des connaissances en ligne.

Il est difficile de généraliser pour les USA puisque chaque état établit ses programmes dans le domaine des TICE. On peut noter l’influence de Paul Resta qui a joué un rôle à l’UNESCO http://www.edb.utexas.edu/education/centers/ltc/about/resta/

P.I. : As tu poursuivi des échanges avec certaines personnes en dehors du groupe Metacognition ? As tu observé que les personnes sont en lien par ailleurs ?

M.D. : J’ai dialogué avec Margarida Romero qui a travaillé sur la métacognition et qui m’a communiqué les références de son dernier ouvrage. Educational Social Software for Context-Aware Learning: Collaborative Methods and Human Interaction (2009)

Pour ma part, je poursuis un travail sur la notion de métacognition en liaison avec les TICE, en montrant l’importance de la programmation, la place de l’interaction avec l’ordinateur dans les processus d’apprentissage. Je travaille sur ces questions dans de nombreux groupes internationaux.


P.I. : Michèle, je te remercie pour ces repères théoriques et académiques, ainsi que pour ton témoignage. Je te souhaite d'excellentes fêtes de fin d'années.

Référence
Steve Barth, The power of one, Knowledge Management Magazine, Décembre 2000



Pour prendre contact avec
Michèle Drechsler
Twitter Linkedin

samedi 5 décembre 2009

Les pédago-blogueurs et le tutorat...


SkolaBlog a lancé il y a quelques semaines une série d'entretien avec des pédago-blogueurs. Parmi les questions posées, il y en a une qui nous intéresse plus particulièrement ici : "Le tutorat vous semble-t-il nécessaire à la réussite d'une formation en ligne ?"

Alors que 10 entretiens sont parus, il est temps de faire un petit bilan. 9
pédago-blogueurs sur 10 sont persuadés que le tutorat doit tenir un rôle en formation à distance et dans le e-learning. Ceci est plutôt réjouissant et confirme que le message est désormais bien passé... reste aux institutions à mettre en oeuvre !

L'intégralité des entretiens est à lire sur Skola-Blog

Les réponses des pédago-blogueurs à la question
"Le tutorat vous semble-t-il nécessaire à la réussite d'une formation en ligne ?"

Ocarbone
Sans tutorat une formation en ligne devient une autoformation. La question revient donc à dire "une autoformation peut elle être efficace ?". Oui, bien sur mais pour les autodidactes seulement !
A noter, le tutorat peut être porté par d'autres apprenants et par forcément un professionnel. Cependant, l'efficacité des dispositifs de co-apprentissage repose sur les compétences pédagogiques des apprenants. Autrement dit, pour former des formateurs le co-apprentissage c'est génial !!

Fabrice Gly
Oui, un formateur est nécessaire, ne serait-ce que pour répondre aux questions, via un forum, par courrier électronique ou tout autre moyen. S'il peut aussi donner des conseils sur les axes de formation, en procédant de manière différenciée suivant le niveau de chaque apprenant (ou de chaque groupe d'apprenant), c'est encore mieux.

Jérôme Hidalgo
Non. Au risque de faire bondir certains collègues, je pense que le tutorat ne s’applique de loin pas à toutes les configurations de formation en ligne. Lorsque par exemple je me forme à Photoshop sur Weecast, je n’ai pas de tuteur et je n’en ai d’ailleurs pas besoin. Quelque part le tuteur est là pour combler les déficiences de la conception pédagogique multimédia. Lorsque le module elearning n’est pas suffisant pour atteindre l’objectif pédagogique, alors oui il y a besoin d’un tuteur, sinon la question reste ouverte.
Là où un apport humain est à mon avis le plus efficace, c’est ponctuellement avant et après une formation. Avant la formation pour coacher les apprenants et leur donner les différentes consignes. Après la formation pour répondre aux questions restées sans réponse à l’issue de la formation en ligne.

Stéphane Leprince
Il est essentiel, et demande beaucoup de temps. Philippe Gaberan responsable pédagogique de la formation en alternance des moniteurs éducateurs et éducateurs spécialisés, a d'ailleurs banalisé des temps sur les emplois du temps pour les formateurs pour effectuer ce tutorat et l'animation de la formation. Ces temps sont repérés comme de réel temps de face à face pédagogique et non pas de préparation/correction de cours. Les blogs de formation individuels de nos stagiaires étant le point central de leur formation pour le rendu de leurs écrits, nous nous devons de commenter ces écrits et travaux. Philippe, pour continuer cette dynamique anime lui même un blog de la formation pour les stagiaires.

Jérôme Deiss
Pas nécessaire mais obligatoire, une formation en ligne sans tutorat est vouée à l'échec...

Christophe Batier
Par rapport à mon expérience à l’université, je suis peut être mal placé pour répondre à cette question car nous avons mis nos enseignants auteurs dans le rôle du tuteur, généralement de leurs contenus.
Nous avons une vision qui rend indissociable ces deux rôles.
L’animation, la motivation, peuvent être stimulées directement entre les étudiants et le rôle de l’enseignant doit rester majeur et incontournable.

Isabelle Dremeau
Bien sûr et Jacques RODET est bien placé pour nous parler des différents rôles (présents et à venir) du formateur- tuteur !

Richard Peirano
ouuuuuuuuuuuuuuuuuiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

Christophe Jaeglin
Oui, d'une manière ou d'une autre , je pense que le facteur humain sera toujours présent et indispensable au bon déroulement de la formation. Bien qu'essentiel, ce temps de formation n'est souvent pas reconnu/rémunéré par beaucoup d'institutions.

Jacques Rodet
Oui, un formateur est nécessaire, ne serait-ce que pour répondre aux questions, via un forum, par courrier électronique ou tout autre moyen. S'il peut aussi donner des conseils sur les axes de formation, en procédant de manière différenciée suivant le niveau de chaque apprenant (ou de chaque groupe d'apprenant), c'est encore mieux. Oui, le tutorat est un élément incontournable pour la réussite d'une formation en ligne. Encore faut-il s'entendre sur la notion de formation en ligne. S'il s'agit, comme pour de nombreux produits e-learning, de simplement améliorer l'efficacité de la transmission d'un message par sa médiatisation puis de vérifier que les récepteurs l'ont bien intégré à travers un QCM, il est difficile, selon moi, de parler de formation et dans ce cas le tutorat n'est pas utile. Si on admet que la formation en ligne, comme toute formation, vise la construction de connaissances, le développement de savoir-faire et de savoir-être, le tutorat est alors indispensable et un facteur déterminant de l'atteinte de leurs objectifs par les apprenants.

vendredi 6 novembre 2009

Est paru sur Skola-Blog : "Les pédago-blogueurs" #3: Jacques Rodet


Skola-Blog a lancé une série d'interviews de, selon leur expression, pédago-blogueurs (cf. l'appel).



Voici ma réponse à leurs deux premières questions :

Skola-Blog : A quelle occasion vous êtes vous lancé dans l'aventure des blogs ?

Jacques Rodet : Le Blog de t@d, lancé en septembre 2007, représentait alors la dernière mouture de la communauté t@d qui avait expérimenté, dès 2003, un outil de travail collaboratif puis utilisé une liste de discussion. Aujourd'hui, le blog est un outil parmi d'autres au sein du portail www.tutoratadistance.fr qui comprend également une base documentaire présentant des articles scientifiques sur le tutorat, un espace de veille collaborative sur l'actualité du tutorat à distance et une revue, Tutorales, qui publie des articles d'étudiants, de praticiens et de chercheurs sur le tutorat.

Skola-Blog : Que vous apporte cette expérience ?


Jacques Rodet : La rédaction de billets de blog est un type d'écriture que j'affectionne pour plusieurs raisons. D'une part, la rapidité de mise en œuvre autorise une réelle réactivité à l'événement. Si la réactivité ne peut constituer à elle seule une ligne éditoriale, elle est un élément que j'essaye de ne pas négliger et par là m'impose une sorte d'actualisation permanente de mes représentations sur le tutorat. L'autre avantage du blog, me semble résider dans le fait que la maturation des idées est facilitée voire stimulée par une écriture qui ne se veut pas aussi "définitive" que celle d'un article scientifique. Ces avantages du blog sont, selon moi, conditionnés par une pratique s'inscrivant dans la durée. En effet, j'ai le sentiment que ce n'est qu'au bout de plusieurs mois de publication de billets que le blogueur arrive non seulement à inscrire sa pratique de rédaction dans le reste de ses activités mais, bien plus, à tisser des liens entre ses pratiques professionnelles et sa pratique rédactionnelle. Le blog devient alors un espace de prise de recul, de mise à distance, de réflexion, d'auto-réflexivité, de métacognition. La pratique du blog est aussi l'occasion d'entrer en contact avec de multiples personnes qui possèdent les mêmes centres d'intérêt mais curieusement, cela se réalise la plupart du temps en dehors de l'espace public du blog.


La suite de l'entretien sur Skola-blog, le blog de Skolanet

lundi 21 septembre 2009

Entretien avec Patrice Mouton, le tutorat au sein du MFEG de Rennes 1


Le
Master MFEG créé à l'initiative de Patrice Mouton a pour spécificité d’aborder la e-formation sous toutes ses facettes : la pédagogie (ingénierie, ergonomie, tutorat, travaux collaboratifs et web 2.0), la technologie (outils, informatique), mais aussi l’environnement (retour sur investissement d’un dispositif, commercialisation d’un dispositif). Il se conclue par la réalisation d’un projet intégrant tous ces aspects. Le master est proposé en blended learning par modules de 20 heures (6 heures de présentiel, 6 heures de classe virtuelle et 8 heures de travaux tutorés).
A l'occasion de la prochaine rentrée, Patrice Mouton évoque pour nous les pratiques d'encadrement et de tutorat qui ont cours au sein du MFEG.

Jacques Rodet : Bonjour Patrice. Tu vas bientôt accueillir les ét
udiants qui constituent la 4e promotion du Master MFEG dont tu es le responsable. Cette première rencontre, en présentiel, correspond à la première activité d'encadrement sont bénéficient les étudiants. Peux-tu décrire les objectifs visés par cette rencontre et la manière dont cela se passe concrètement ?

Patrice Mouton : Bonjour Jacques. C’est déjà la 5ème promotion du parcours 1 (et la 6ème du parcours concours) … Comme le temps passe !!

Nous commençons par le regroupement le plus long de la formation : une journée d’intégration, suivi des deux premiers jours de formation.


L’objectif de la première journée est que les apprenants en ressortent avec une représentation claire du déroulement du master : l’organisation en UE (unité d’enseignement), le planning des rendez vous synchrones et des travaux à rendre, les règles
du jeu, les droits et devoirs des apprenants, le rôle des principaux acteurs et le fonctionnement du système tutoral.

C’est essentiel pour éviter les difficultés ultérieures inhérentes à un dispositif en blended learning par méconnaissance de ses rouages essentiels et qu’il est parfois difficile de s’approprier à distance. C’est aussi pourquoi nous leur remettons un livret d’accueil qui reprend les éléments essentiels de cette présentation du master.


Il est également important que tous les acteurs du dispositif– apprenants et tuteurs – commencent à se connaître. Le tutorat par la suite en sera ensuite grandement facilité. Quand on connait déjà la personne, on hésite moins à demander et on sait mieux comment formuler ses demandes. C’est pourquoi le planning de ces journées est aménagé de façon à permettre des temps de
rencontre entre les interventions ou les conférences : accueil autour d’un café, battement important entre les interventions, travail de groupe pour s’approprier la plate forme Moodle et le système de classe virtuelle. Enfin, nous prévoyons en outre la visite du parlement de Bretagne et un dîner dans une crêperie.

Au cours des deux journées suivantes, les apprenants vont rentrer dans le vif du sujet avec les cours d’ingénierie et le web 2.0. Le placement de ce dernier module dès le premier regroupement n’est pas anodin. Il va permettre de projeter d’emblée les apprenants dans des situations collaboratives intenses et renforcer ainsi la dimension intégrative du rendez vous initial.


J.R. : Parmi les nouveautés de cette année, un livret d'accueil sera remis à chaque étudiant. Pourquoi avoir choisi la production d'un tel document plutôt que la diffusion plus ponctuelle et contextuelle des informations (juste ce qu'il faut au moment où l'apprenant en a besoin) ?

P.M. : Dans un dispositif de formation à distance, l’apprenant doit faire face à une multitude d’activités disparates (Conférence, Étude, Exercice, Contrôle, Recherche, atelier, Projet, Régulation. …). Pour faire contrepoids à cette diversité, il est indispensable de lui donner dès le début de la formation une vision globale du dispositif ; il apparaîtra ainsi plus concret et il pourra le manipuler ou coopérer autour.

On retrouvera dans ce livret d’accueil :
  • L’organisation détaillée du master en unité d’enseignement (UE) et modules
  • Le rôle des différents interlocuteurs et les moyens de les contacter ;
  • Le fonctionnement de base des principaux outils de leur formation : la plate forme Moodle et le système de classe virtuelle ;
  • Le planning détaillé des classes virtuelles, des regroupements et des travaux à rendre ;
  • Le cahier des charges du projet de scénarisation d’un module et de réalisation de documents pédagogiques qui constitue l’aboutissement de leur formation ;
  • La charte tutorale

J.R. : Au sein du livret d'accueil, une charte tutorale est donc incluse. Six profils de tuteurs y sont distingués. Peux-tu expliquer rapidement leurs fonctions respectives ?

P.M. : Le tuteur-programme est le responsable de la formation. Il assure le bon fonctionnement du dispositif de formation en exerçant le rôle de médiateur entre les tuteurs, les apprenants, les services administratifs et techniques.

Le tuteur-administratif informe et accompagne administrativement les apprenants : obtention du sésame, des certificats d'assiduité, traitement dossier financier ....


Le tuteur-technique est un facilitateur. Il apporte une aide technique aux apprenants et conçoit l’accompagnement technique par la rédaction de documents d’utilisation d’outils (plate-forme, outils de communication, de collaboration).


Le tuteur-cours est ég
alement le concepteur du cours ; il gère intégralement son module d'enseignement. Au plan pédagogique, il est un facilitateur, un accompagnateur, un médiateur, un régulateur, un évaluateur et un stimulateur.

Le tuteur-projet qui est soit l’un des tuteurs‑cours, soit un ancien lauréat du master, accompagne l’apprenant au cours de son stage. Il l’aide et le conseille dans la réalisation de son projet (conception d’un module de e-learning).


Chaque étudiant du master (ou ancien étudiant) peut devenir à son tour et en fonction de ses compétences un tuteur-pair pour les autres apprenants. Pour cela, il est important de lister les compétences de chacun afin qu’ils deviennent vraiment des personnes ressources.


J.R. : Un étudiant du MFEG a donc six types de tuteurs et pour chaque module, un tuteur-cours différent ? A ton avis, ne risque-t-il pas de se perdre entre tous ces tuteurs ?

P.M. : C’est pour cela qu’il faut que le rôle de chacun soit parfaitement défini et connu de tous dès le début de la formation, c'est-à-dire que l’apprenant ait une vision claire et globale du dispositif dans un document concret et manipulable : le livret d’accueil.

En cas de difficultés dans la compréhension du guide ou du rôle de chacun, il pourra s’adresser aux tuteurs concernés ou au tuteur programme qui a une vision d’ensemble de tout le dispositif.

J.R. : En tant que tuteur-programme mais également comme responsable de ce master, tu assures des tâches de coordination de l'ensemble des tuteurs. Peux-tu nous dire en quoi consistent ces tâches et les compétences que tu dois mobiliser pour les accomplir ?

P.M. : C’est la même problématique que rencontre tout animateur de groupe avec une difficulté particulière : la diversité des acteurs. Il n’est pas simple de faire coopérer des administratifs du secteur public, des professionnels du e-learning, des enseignants chercheurs ou des techniciens informatiques. Chacun vit dans son monde, avec ses logiques, ses contraintes qui n’ont rien à voir avec celles des autres.

C’est donc avant tout des compétences relationnelles qu’il me faut mobiliser comme la capacité à écouter, c'est à dire à entrer dans le monde de l'autre sans être forcément d’accord, la capacité à faire partager une vision, la capacité à stimuler l'enthousiasme et la créativité, à fédérer les énergies et enfin la capacité à rendre cohérentes les différentes initiatives.

J.R. : Merci Patrice pour tes réponses.