mercredi 12 septembre 2007

Tutorat et rapid e-learning



Aujourd'hui, j'ai participé à un jury évaluant les mémoires de stages en entreprises d'étudiants ayant complété une licence STIC « chef de projet junior multimédia » avec option conception de formation en ligne. Plusieurs de ces étudiants ont effectués leur stage dans des entreprises de e-learning réputées sur le marché français, des plus sérieuses jusqu'à celle dont je tairai le nom par charité (mais faut-il l'être réellement, charitable ?) et dont l'effectif est constitué à 90% de stagiaires...

Dans tous les produits de formation présentés, un grand absent : le tutorat. Il est vrai qu'à l'heure du rapid e-learning l'accent est davantage mis sur la production du contenu au détriment d'une scénarisation pédagogique intégrant le facteur humain. Il est vrai aussi que beaucoup de produits de e-learning ne sont pas des formations mais tout simplement de la communication d'informations habillée de QCM pour vérifier que le message a bien été réceptionné. Aussi, je suis ressorti assez perplexe sur les rapports entretenus par le rapid e-learning avec le tutorat.

Adrien Ferro dans son texte « Des ressources (en ligne) et des hommes 2 – L'ère du rapid e-learning » http://ressources.algora.org/virtual/30/Documents/pdf/rapidlearning_1104.pdf précise bien que le rapid e-learning n'impacte que les 3 premiers axes qu'il a identifié précédemment http://www.centre-inffo.fr/Des-ressources-en-ligne-et-des,2270.html et non le 4e qui concerne ... « l'animation et le suivi en ligne ».

Il y a quelques années, Emmanuel Duplàa, Arnaud Galisson et Hugues Choplin posaient crûment la question suivante : « Le tutorat à distance existe-t-il ? » http://archiveseiah.univ-lemans.fr/EIAH2003/Pdf/n047-124.pdf

Ne faut-il pas réactualiser leur interrogation de cette manière : le tutorat existe-t-il dans le rapid e-learning ?


Dans l'attente de lire vos commentaires et témoignages...

6 commentaires:

bouletg a dit…

Je crois que la question est plutôt de savoir si le design pedagogique existe toujours avec le rapid e-learning. Avec la démocratisation des outils de développement qui est à l'origine du rapid e-learning, trop d'experts de contenu s'improvisent développeurs de formation et on oublie souvent l'aspect pédagogique du processus.

Pour moi, le "rapid" dans rapid e-learning ne s'applique qu'à la phase de développement car les outils permettent de produire du contenu interactif sans avoir recours à la programmation. Ce n'est pas une façon d'apprendre plus vite ni d'accélérer l'analyse des besoins ou le design des contenus.

Le recours ou non au tutorat est quelquechose qui doit se décider lors de la phase de design en fonction du type de formation à dispenser et des résultats recherchés. Dans bien des cas, les experts de contenus n'ont pas la compétence pour juger du besoin ou non de tutorat. En fait, ils ne savent peut-être même pas ce que c'est...

jeremie Grepilloux a dit…

Salut jacques,

Bravo d'abord pour ce blog très pertinent.

Rapid e-Learning, Fast (food) learning?

Ton analyse de la situation ne m'étonne guère.
Je pense qu'une bonne partie du concept se penche sur les axes de la réalisation de contenu (quelle technologie? Quelle médiatisation?) plutôt que sur la conception du process de formation en lui-même.

On est à l'heure du haut-débit.. J'entendais récemment une personne qui n'hésitait pas à qualifier cette perte de suivi de "dommage collatéral".. :/

ça fait réfléchir.

--
jeremie (DSI Grenoble Universités)

Jacques Rodet a dit…

Problème d'absence de design ou de process de formation, c'est très certainement le cas mais ce ne me semble pas être seulement le propre du rapid e-learning. Beaucoup de FOAD, sous prétexte d'expérimentation ont aussi été marquées par une absence d'ingénierie de formation et d'ingénierie pédagogique. N'oublions pas non plus qu'il suffisait à une époque, pas si lointaine, de formuler les mots magiques de formation mixte, de FOAD ou de blended pour avoir fait oeuvre d'ingénierie (versus design ou process de formation).

Par ailleurs, certains outils de rapid e-learning se proposent au contraire d'aider l'expert de contenu à déterminer sa démarche de formation, c'est le cas de « l'Atelier » d'Hyper Office. Ceci devrait en principe faciliter la prise en compte du support à l'apprentissage et donc du tutorat.

Il me semble que « l'absence de tutorat dans le rapid e-learning » (affirmation restant par ailleurs à confirmer, à nuancer ou à contredire) ne peut avoir pour seule cause l'absence d'ingénierie mais réside aussi parfois dans la relative « pauvreté » des contenus traités par le rapid e-learning. En fait, la question n'est-elle pas plutôt : Y-a-t-il matière à tutorer en rapid e-learning ?

Pour les personnes, ce qui n'est pas mon cas, qui considèrent que le tuteur intervient d'abord voire exclusivement sur le plan cognitif (contenu disciplinaire), il est bien possible que le tutorat soit inutile pour certains produits de rapid e-learning destinés davantage à informer ou à faire adhérer à un message et beaucoup moins à former c'est à dire à développer des compétences (savoir, savoir-faire, savoir-être, auxquels je rajoute le savoir-devenir).

Jacques Rodet a dit…

A propos du rapid e-learning, lire l'interview que Pierre Tcherkawsky, PDG d'Hyper Office, a accordé à Apsyc

http://www.apsyc.org/index.php?option=com_content&task=view&id=155&Itemid=51

Philippe INOWLOCKI a dit…

Bonjour,

Je possède l'expérience des dispositifs e-learning faisant appel aux démonstrateurs de procédures pour prendre en main des progiciels de gestion. Ceux-ci simulent l'application.

Il n'y a généralement pas de développement de nouvelles compétences mais l'entrainement à de nouvelles procédures de travail qui ont été décidées et qui modifient l'activité sur le poste de travail.

Dans ce cas, les démonstrateurs réalisés à partir d'outils de rapid learning ne sont pas accompagnés d'un dispositif de tutorat formalisé mais il est attendu de l'encadrement de répondre aux questions sur les modifications du poste de travail.
Les démonstrateurs simulant l'activité (des situations de travail) servent alors de base de discussion pragmatique entre le salarié (apprenant), l'équipe de travail et l'encadrant pour mettre en œuvre des régulations de l'activité.

Adrien Ferro a dit…

Bah oui, le rapid e.learning (enfin les POREL, les petits outils du rapid e.learning) sert plutôt à structurer de l'informatif à vocation didactique et développer une processus doux de mise à distance de la formation.

Et tant que j'y suis, un peu de publicité pour la journée de formation du 25 octobre 2007 sur le rapid e.learning comme atout pour la FOAD.

C'est par là :
http://www.novantura.com/blog/index.php?2007/09/19/109-le-rapid-elearning-un-atout-pour-la-foad