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mercredi 16 septembre 2015

Les tuteurs à distance ont-ils un droit à la déconnexion ?

Dans son récent rapport remis à la ministre du travail, Bruno Mettling, directeur général adjoint d’Orange, chargé des ressources humaines, propose d’instaurer « un droit à la déconnexion professionnelle qui doit se généraliser par négociation d’entreprise ».

Un tel droit serait-il imaginable pour les tuteurs à distance ?

Notons tout d’abord, que la disponibilité des tuteurs est largement attendue par leurs apprenants. Etre disponible, c’est être en mesure d’engager l’échange au moment où l’apprenant en a besoin. Dans l’enquête que j’avais menée auprès d’étudiants sur les ITRQI (interventions tutorales réactives quasi instantanées – réponse dans un délai inférieure à 1 heure), la totalité des répondants avaient exprimés leur désir d’en bénéficier.

Par ailleurs, plusieurs sondages que j’ai réalisés auprès de tuteurs font apparaître que l’immense majorité d’entre eux travaillent les jours fériés. En week-end et parfois en vacances, je me suis vu répondre à des apprenants et je ne suis pas le seul à faire de même.

Pourtant, la disponibilité ne peut être continue. Elle est d’ailleurs cadrée, parfois, dans les chartes tutorales qui lient les tuteurs à leurs institutions et aux apprenants. Négocier leur disponibilité et convenir des modalités d’échanges avec les apprenants est souvent, lors de la première prise de contact, une des actions que mènent les tuteurs à distance.

L’expression « droit à la déconnexion par négociation » est largement paradoxale et préfigure peut-être la confusion qui risque d'être entretenue lors des débats sur la prochaine réforme du droit du travail. Un droit ne se négocie pas, il s’applique et se respecte. C’est le contrat qui se négocie. Le contrat pédagogique de la relation tutorale est effectivement négociable. Ainsi, la déconnexion des tuteurs à distance est parfois négociée, mais le plus souvent, fait l’objet d’entente implicite. Tel apprenant envoyant une demande de soutien à son tuteur en pleine nuit ne s’attend pas à recevoir une réponse immédiate.

Au final, il apparaît que le droit à la déconnexion soit peu adapté à l’activité tutorale, que les tuteurs à distance, travailleurs numériques, soient peu enclins à déconnecter au regard de l'idée qu'ils se font de la délivrance des services de soutien aux apprenants, que la négociation ramenée au savoir-être des apprenants et des tuteurs n’ait aucunement besoin de l’établissement d’un droit, que la relation pédagogique, pour s’épanouir, ait davantage besoin de confiance construite par contrat et par interactions successives plutôt que par l’affirmation d’un droit.

lundi 15 novembre 2010

Retour sur le sondage "Est-ce que les tuteurs à distance travaillent les jours fériés ?"


Les tuteurs à distance travaillent-ils les jours fériés ? Telle était la question à laquelle le sondage portant sur l'activité des tuteurs le 11 novembre dernier voulait apporter des réponses. Le nombre de répondants (43 au moment où s'écrivent ces lignes), trop faible, ne permettra pas de tirer de conclusions définitives ni d'établir de trop grandes généralités. Par ailleurs, deux biais ont pu être mis en lumière au cours des réponses. Les tuteurs à distance qui avaient effectué de nombreuses interventions ont été plus prompts à répondre que les autres. Il est donc bien possible que les tuteurs n'ayant pas effectué d'interventions soient encore sous représentés. La date du 11 novembre n'est pas un jour férié pour l'ensemble des répondants. Plusieurs tuteurs exerçant en Afrique m'en ont fait part.

C'est donc avec la plus grande prudence que je propose quelques interprétations des chiffres recueillis.
  • 0 intervention effectuée : 9 répondants
  • 1 à 3 interventions effectuées : 13 répondants
  • 4 à 6 interventions effectuées : 10 répondants
  • 7 à 9 interventions effectuées : 1 répondant
  • 10 et + interventions effectuées : 10 répondants
Seul 1 tuteur sur 5 s'est abstenu de toute intervention. C'est assez peu. Est-ce le signe que le travail du tuteur les jours fériés est aujourd'hui banalisé ? Les tuteurs qui n'ont pas réalisé d'intervention sont-ils assimilables à des "résistants" ? Est-ce une démarche volontaire de leur part ?

Dans le même ordre d'idée, est-ce que les tuteurs qui ont effectué 1 à 3 interventions n'ont pas consciemment limité leurs interactions avec les apprenants qu'ils accompagnent,
parce que c'était un jour férié ?

Le fait que la proposition "7 à 9" ne recueille qu'un vote est peut-être significatif de la difficulté pour un tuteur de tenir le compte exact de ses interventions. Il semble plus facile de se souvenir d'avoir réalisé 1 à 3 interventions ou + de 10 que de savoir précisément qu'on a effectué 7, 8 ou 9 interventions...

Il est possible de supposer que les 10 tuteurs qui ont effectué 10 et + d'interventions n'ont pas modifié leur fonctionnement habituel.

Au final, ce sondage pose plus de questions qu'il n'apporte de réponse. C'est pourquoi, il serait utile que des témoignages plus qualitatifs permettent d'affiner les données recueillies. Si ce sujet intéresse quelques uns d'entre vous, je propose la création d'un petit groupe qui pourrait définir les conditions de réalisation d'une enquête plus qualitative sur le rapport des tuteurs aux jours fériés et plus largement sur leur rapport au temps de travail.

Les personnes intéressées peuvent se faire connaître en envoyant un
mail.

jeudi 25 mars 2010

Qui fait le tuteur à distance ? Par Jacques Rodet


Les tuteurs sont encore confrontés à une identité professionnelle insuffisamment établie, ce qui se traduit le plus souvent par un statut peu énoncé et reconnu. Aussi, il est intéressant de se demander "Qui fait le tuteur ?" C'est-à-dire qui participe à la construction de cette identité professionnelle. Pour tenter de répondre à cette question, je vais privilégier l'examen de la situation du tuteur à distance à travers trois processus qualifiés par ces trois verbes : pouvoir, savoir, vouloir.
Le pouvoir, le vouloir et le savoir sont fréquemment mobilisés pour désigner les conditions de l'action. Ici, je les utilise pour caractériser le positionnement du tuteur par rapport à l'institution éducative, les apprenants et la fonction première dans laquelle se reconnaît professionnellement le tuteur (expert, professeur, formateur, apprenant...)


L'institution et le processus « Pouvoir »


C'est l'institution qui dote le tuteur d'un pouvoir d'intervention. Plus l'institution précise le statut du tuteur, plus elle l'investit d'un « pouvoir » identifié et favorise ainsi l'émergence de son identité professionnelle. Il est certain qu'un tuteur qui peut se référer à une convention collective, par exemple, a davantage de chances de s'identifier professionnellement comme tuteur. Toutefois, ce cas est assez rare et la plupart du temps le « pouvoir » du tuteur, est seulement évoqué dans une charte tutorale qui décrit les droits et devoirs du tuteur. Il est à noter également que la manière dont l'institution manifeste le rôle des tuteurs aux apprenants est fondateur d'une plus ou moins grande légitimité sans laquelle la mise en œuvre du « pouvoir » est hypothéquée.

L'individu et le processus « Savoir »

L'individu qui est amené à assumer des interventions tutorales ne devient tuteur que dans la mesure où il possède un savoir sur les fonctions tutorales. Si son institution a une responsabilité première sur les actions de formation qui le prépareront à ses rôles de tuteur, l'individu peut également agir sur ce processus « savoir ». D'une part, par les actions d'auto-formation qu'il peut mener mais aussi en s'engageant dans un dialogue avec d'autres tuteurs. A cet égard, les communautés de pratiques se révèlent un puissant levier de développement de son « savoir » de tuteur. Une autre démarche que l'individu peut entreprendre est de porter un regard réflexif tant sur les compétences professionnelles qu'il possède déjà et qui sont transférables au tutorat que sur les premières interventions tutorales qu'il réalisera. Cette démarche métacognitive est de nature à construire chez l'individu une estime de soi, elle-même fondatrice d'autorisation à être le tuteur qu'il souhaite être.

L'apprenant et le processus « Vouloir »

L'individu doté de « pouvoir » et de « savoir » ne sera réellement tuteur que dans la mesure où les apprenants manifesteront leur « vouloir » à le reconnaître comme tel. Cela pose la question de la légitimité mais aussi de l'utilité du tuteur pour les apprenants. Si cette dernière est relative au périmètre d'action du tuteur déterminé par l'institution, elle est aussi en rapport avec la qualité de la relation tutorale qui sera nouée par le tuteur avec les apprenants. Par ailleurs, le « vouloir » des apprenants à reconnaître le tuteur comme tel ne se traduit pas forcément par une sollicitation de tous les instants du tuteur mais bien plus par le sentiment de pertinence qu'ils accorderont aux interventions tutorales.

Le tuteur et le processus « Vouloir »

Pour l'individu amené à exercé des fonctions tutorales, le « vouloir » pose la question de sa connaissance des fonctions tutorales et de son désir de les investir. Comme pour tout changement, il existe un certain nombre d'impacts qui s'ils ne sont pas identifiés et traités par l'institution peuvent amener les individus à être réticents, voire résistants à devenir tuteur. L'origine professionnelle des tuteurs peut parfois servir d'élément d'appréciation pour caractériser la potentialité du « vouloir ». De manière générale, et j'insiste bien sur ce caractère général, les individus qui se reconnaissent professionnellement dans un statut plus valorisant que celui de tuteur (les professeurs par exemple), éprouvent davantage de difficultés à « vouloir » être tuteurs que ceux pour qui être tuteur représente une certaine promotion (les apprenants par exemple). Toutefois, le « vouloir » est aussi intimement lié à la capacité que l'on se reconnaît et à l'autorisation que l'on se donne à être. Si le rôle de l'institution est décisif, en particulier par la mise en place des formations des futurs tuteurs à leurs rôles, le « vouloir » de l'individu est également conditionné par son « savoir devenir » c'est-à-dire à être dès maintenant celui qu'il sera. Sur ce point, les aspects motivationnels et l'autorisation qu'il se donne sont déterminants.

Le tuteur et le processus « Pouvoir »

Le processus « pouvoir » pour le tuteur est largement dimensionné par son institution et les règles auxquelles il est soumis. Toutefois, répondre aux exigences de son institution ne signifie pas appliquer des procédures sans réflexion. Il me semble que le tuteur comme tout formateur peut passer de la commande à l'auto-commande. Dans son cas, le tuteur peut s'appuyer sur la qualité de la relation tutorale qu'il dimensionne avec l'apprenant. Ainsi, si les actions du tuteur sont identifiées dans une charte tutorale, il y a souvent la possibilité pour le tuteur d'adapter sa mise en œuvre avec les caractéristiques et les besoins de l'apprenant. C'est pourquoi, j'encourage les tuteurs à exercer leur pouvoir d'adaptation en dialoguant avec leurs apprenants, et à préciser avec eux la forme, les modalités, et la fréquence de leurs interventions.


L'identité professionnelle apparaît donc comme un processus dans lequel l'institution, les apprenants et le tuteur lui-même interagissent. Elle est ainsi liée à la qualité des échanges entre ces trois pôles. Si la formation est le lieu naturel de leur dialogue, ne faudrait-il pas promouvoir d'autres espaces, à l'instar de communautés de pratiques afin que les échanges se révèlent suffisamment féconds pour affermir l'identité professionnelle du tuteur à distance ?

Illustration :
Voici l'image dans son contexte, sur la page : isohunt.com/forum/viewtopic.php?p=1214989

mercredi 30 septembre 2009

Inconvénients de la figure du "tuteur-orchestre". Par Jacques Rodet


A la suite de nombreux écrits sur les rôles et fonctions du tuteur
(entre autres cf. Tutorales n°2), Élise Garrot-Lavoué, Sébastien George, Patrick Prévôt, dans leur article "Rôles du tuteur", identifient 16 rôles dévolus au tuteur tel que présentés dans le tableau suivant :

Ces auteurs précisent que "le tuteur ne réalise pas simultanément tous ces rôles et n’en a pas forcément conscience". Je serai tenté de dire, heureusement !

L'identification des rôles du tuteur est certainement chose utile et de nature à enrichir la vision sur le tutorat à distance. Par exemple, à par
tir de ces rôles, il peut être décliné les différentes compétences qu'un tuteur devrait pouvoir mobiliser et cerner ainsi le contenu d'une formation de tuteurs. De manière plus opérationnelle, le superviseur des tuteurs peut plus aisément qualifier les pratiques tutorales et identifier celles qui méritent d'être davantage conscientisées par les tuteurs.

Toutefois, ce type de "référentiel" peut sous-tendre l'idée d'un "tuteur-orchestre" d'un "tuteur idéal" qui pourrait ou devrait assumer tous ces rôles. Outre le fait que l'idéal est rarement observable dans la pratique, on peut se demander s'il est souhaitable tant pour les apprenants, que pour l'institution et les tuteurs eux-mêmes.

Inconvénients de la figure du "tuteur-orchestre" pour l'apprenant
Le premier inconvénient pour l'apprenant réside certainement dans le fait que le tuteur-orchestre tend à devenir son unique interlocuteur. Si ceci peut constituer un avantage socio-affectif, en particulier au début de la formation, ou une facilité organisationnelle, il est à craindre qu'un lien de dépendance de l'apprenant à son tuteur s'établisse progressivement, à l'insu des acteurs eux-mêmes. Cette dépendance venant en contradiction avec le processus d'étayage et d'effacement progressif du tuteur envers le tutoré qu'évoquent de nombreux auteurs dans le sillage de Vygotski.

Le deuxième inconvénient pour l'apprenant est relatif à la tension existante entre les différents rôles du tuteur. Par exemple, il ne va pas de soi pour un apprenant de solliciter l'aide de la personne qui sera en charge de son évaluation (formative mais presque toujours aussi sommative). Des recherches plus précises sur la dualité de ces deux rôles nous permettraient d'y voir plus clair sur les situations vécues par les apprenants et de distinguer ce qui relève de l'autocensure de l'apprenant et de l'exercice de son autonomie.

Les autres inconvénients pour l'apprenant sont liés au fait que l'investissement du tuteur dans ses différents rôles risque de varier en fonction de ses connaissances, de son savoir-faire, de ses préférences mais aussi de sa disponibilité et de certaines injonctions paradoxales de l'institution à son égard telle que le fait de lui demander de réaliser des évaluations formatives par la production de rétroactions signifiantes mais de ne pas lui donner le temps nécessaire pour cette tâche.

Inconvénients de la figure du "tuteur-orchestre" pour l'institution
Tout d'abord, le "tuteur-orchestre" est une denrée rare. L'institution aura donc du mal à le trouver sur le marché de l'emploi. Il en découle que ce profil est onéreux ou du moins, se situant à un niveau de rémunération peu en rapport avec ce qu'autorisent habituellement les budgets de diffusion d'une formation à distance. Il est vrai que l'on peut aussi s'interroger sur la pertinence pédagogique du modèle économique de la plupart des dispositifs de FOAD qui privilégie les frais fixes en ne laissant aux frais variables, dont le tutorat, que la portion congrue...

L'institution se tourne fréquemment vers ses ressources internes pour recruter ses tuteurs. Tel enseignant assumera des tâches tutorales sur la base d'heures complémentaires à son service, tel étudiant plus avancé sera chargé du tutorat des nouveaux inscrits, tel chef de service se voit désigné tuteur sans réduction notable des ses autres activités, etc. Dès lors le double problème qui se pose vis à vis de ce personnel est d'une part, celui du développement de ses compétences tutorales et donc de sa formation et, d'autre part, du temps de travail effectif qui lui est accordé pour réaliser les tâches tutorales.

Fréquemment, le choix d'un "tuteur-orchestre" par l'institution tient malheureusement plus de l'improvisation ou de la nécessité sans mise en place de véritables mesures d'accompagnement visant l'évolution professionnelle des tuteurs. Certaines chartes tutorales sont tout à fait significatives à cet égard dans la mesure où si elles sont précises sur les objectifs, les obligations et les devoirs des tuteurs, elles sont beaucoup plus lapidaires sur leurs droits ou la manière dont ils peuvent concrètement agir et se former.

La figure du "tuteur-orchestre" a donc pour principal inconvénient pour l'institution de ne pas l'amener à penser de manière approfondie le tutorat, de sous-estimer l'effort de formation des tuteurs, de transférer la responsabilité de la qualité du tutorat au
seul tuteur, de négliger la mise en place de moyens d'organisation et de supervision du tutorat.

Inconvénients de la figure du "tuteur-orchestre" pour le tuteur
Le tuteur ayant à assumer la figure du "tuteur-orchestre" est face à plusieurs difficultés. D'une part, celle de la réalisation et de l'articulation des tâches liées à ses nombreux rôles. Le plus souvent, comme il ne possède pas toutes les compétences nécessaires, il ressent une insatisfaction professionnelle qui peut être atténuée par le fait qu'il se reconnaît davantage dans sa fonction première d'enseignant, d'étudiant ou de chef de service que dans celle de tuteur.

De nombreux tuteurs pour pallier à leur manque de préparation développent un sur-investissement qui peut aboutir à des résultats néfastes pour lui mais aussi pour l'institution et pour les apprenants. En ce qui le concerne, son sur-investissement, après une phase d'auto-satisfaction,
risque de provoquer une réelle lassitude voire un découragement. Du côté de l'institution, le sur-investissement du tuteur, qui se traduit par un temps de travail parfois très supérieur à celui dévolu au tutorat, peut la conforter dans une vision erronée du travail tutoral. Vis à vis des apprenants, le sur-investissement du tuteur peut les amener à le considérer comme une ressource pouvant être sollicitée de manière permanente et à négliger le développement de leur autonomie.

Le "tuteur-orchestre" vit aussi un isolement réel qui n'est pas toujours pris en compte par son institution. A cet égard, la mise en place de communautés de pratiques de tuteurs, si elles ne remplacent pas la formation initiale au tutorat, se révèle un moyen efficace pour rompre cet isolement.

Dépasser la figure du "tuteur-orchestre"
Au regard des inconvénients repérés de la figure du "tuteur-orchestre", et malgré les avantages qui sont les siens (mise en œuvre simple, référent unique, nouveau profil professionnel...), il apparaît nécessaire de penser le tutorat de manière différente, non plus à travers un profil idéal mais par l'articulation de profils de tuteurs (au pluriel) et de ressources de support à l'apprentissage.

Ce sont les notions de "système tutoral" (cf. un exemple) et "d'ingénierie tutorale" qui me semblent les leviers pour cela. L'ingénierie tutorale amène l'institution à penser le tutorat bien en amont de la diffusion de la formation (cf. Tutorat à distance, une fonction essentielle) tandis que le système tutoral permet d'identifier les tuteurs et leurs périmètres d'action et d'articuler leurs tâches. "Ingénierie tutorale" et "système tutoral" sont donc susceptibles de répondre aux principaux inconvénients de la figure du "tuteur-orchestre" pour l'apprenant, pour l'institution et pour le tuteur.

mercredi 26 août 2009

Quid du tutorat dans le référentiel des activités dans l'enseignement supérieur


Paul Klee. En rythme, 1930

Le mois d'août a vu la publication d'un référentiel visant à faciliter le calcul des activités dans l'enseignement supérieur. Le moins que l'on puisse en dire est que le mode favori de calcul présenté est celui du forfait.

Plusieurs activités sont relatives aux interventions tutorales. Avant de les détailler, il est intéressant de regarder comment les activités de conception de cours en ligne sont elles-mêmes envisagées. Ainsi, pour l'activité "Elaboration et mise en ligne d'un module d'enseignement ou de formation, sans tâches directes liées à l'assistance et l'évaluation des étudiants.", le mode de calcul est le suivant : "Forfait d'heures identique à l'équivalent en nombre d'heures d'enseignement présentiel."

Faut-il simplement en sourire, en rire ou même un peu plus... Il est probable que les rédacteurs de ce référentiel n'ont jamais médiatisé un cours. Selon eux, un cours de 20 heures en présentiel ne demande pas plus de 20 heures de conception et de réalisation pour sa mise à distance. Ce sont les cellules TICE des universités qui doivent être interloquées de la méconnaissance de leurs tâches et du temps qu'elles y consacrent. Il est difficile de croire que ce ratio d'une grande complexité (1 pour 1), soit issu de l'analyse des productions des UNT... Mais peut-être ne faut-il voir ici qu'une des conséquences de l'orientation ministérielle en faveur de l'enregistrement des cours présentiels dont le principe de base est de considérer qu'une activité présentielle devient une activité à distance dès lors qu'elle est filmée...

Venant en aux
7 activités du référentiel qui concernent plus directement le tutorat telles que nous avons l'habitude de les comprendre ici. Elles sont présentées ainsi :

- Pour l'activité "Responsabilité d'un module de formation ouverte à distance ou autre forme d'enseignement non présentiel impliquant assistance directe et évaluation des étudiants.", le mode calcul est "Forfait modulable en fonction de la nature de la formation, du temps passé dans l'activité présentielle correspondante et du nombre d'étudiants concernés."


- Pour l'activité "Enseignant référent (y compris tutorat)", le mode de calcul est "Forfait horaire par étudiant".

- Pour l'activité "Encadrement de stages (suivi sur lieu, rencontres étudiants et maître de stage, suivi et rapport)" le mode de calcul est "Forfait horaire par étudiant en fonction de la nature du suivi sur une base minimale fixée par le CA".

- Pour l'activité "Visites pédagogiques avec étudiants", le mode de calcul est "Forfait par visite".

- Pour l'activité "Participation à des activités d'orientation active et d'insertion professionnelle", le mode de calcul est "Temps consacré à ces activités".

- Pour l'activité "Encadrement de projets tutorés, de fin d'études et d'apprentissage", le mode de calcul est "Forfait horaire par étudiant".

- Pour l'activité "Encadrement de mémoires et thèses d'exercice (après validation finale)", le mode de calcul est "Forfait horaire par étudiant et par niveau".

Le temps réel n'est retenu que pour "les activités d'orientation active et d'insertion professionnelle" dont les durées sont certainement plus facilement prévisibles dès lors qu'elles consistent davantage à de la transmission d'informations plutôt qu'à l'établissement d'interactions.

Ainsi, le forfait est le mode de calcul privilégié. Ceci n'est pas une hérésie pour des activités d'accompagnement tant il est vrai que le volume d'heures consacré à un étudiant ou à un autre peut varier de manière importante. Dès lors, le temps non utilisé pour un étudiant peut l'être pour un autre. Où l'on reste sur sa faim, c'est qu'aucune indication de volume pour ces forfaits n'est donnée. En renvoyant la détermination du volume horaire des forfaits aux instances de direction de chaque université, il est probable que l'on arrive à des situations très contrastées entre les universités.

Il est vrai que pour une même université, ces forfaits peuvent varier d'un parcours de formation à un autre et qu'il était donc difficile à un référentiel comme celui-ci de tout prévoir. Il semble pourtant que l'indication de durées minimale et maximale aurait permis de mieux percevoir la volonté du Ministère... "Comment déterminer ces forfaits ?" reste donc une question entière. Est-ce la logique gestionnaire qui prévaudra sur la logique pédagogique ? Est-il envisageable de partir des besoins des acteurs ? Au contraire, ces derniers devront -ils se contenter de ce qui leur sera accordé ?

Une chose est certaine, si ces forfaits sont taillés de manière trop étroite, si le nombre d'heures est insuffisant pour répondre aux besoins des enseignants et des étudiants, si ceux-ci ne sont pas associés à ce changement, ce dernier risque fort de n'être que de façade.

jeudi 5 février 2009

Exemples d'offres d'emploi de tuteur à distance



Afin de contribuer aux échanges sur la rémunération des tuteurs à distance, je reproduis quelques annonces parues courant 2008. Oh surprise, les salaires ne sont indiqués dans aucune d'entre elles...



Tuteur en ligne en ligne en langue anglaise H/F


Fonction :
Au sein du Pôle Formation E-Learning vous aurez pour mission :

- l'enseignement de l'anglais par téléphone.
- le tutorat en anglais de nos stagiaires."

Nombre total d'années d'expérience : N/C
Niveau de poste minimum : N/C
Niveau d'études minimum : N/C
Type de contrat : CDI/CNE/Statutaire
Type d'emploi : N/C
Salaire : N/C

_________

Enseignant tuteur en organisation et production industrielles H/F


Suite à une mobilité interne, nous recrutons un nouveau collaborateur dont les missions s'articulent autour de l'enseignement (70% du poste), de l'encadrement d'élève-ingénieur et des activités liées à la vie et à l'évolution de l'école.

Rattaché au responsable du département Productique, l'enseignement à assurer concerne les cours et TD de statistiques appliquées, les TP de fabrication, les TD et projets d'organisation industrielle.

Vous êtes impérativement diplômé Bac+5 de type ingénieur AM ou ENI et êtes très motivé par la pédagogie. Votre anglais vous permet de travailler avec des interlocuteurs étrangers lors du suivi des stages des élèves ingénieurs. Votre expérience en entreprise, quelle qu'elle soit, sera appréciée.

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Tuteur en ligne en langue allemande stagiaire

Fonction Au sein du Pôle tutorat, vous prendrez en charge : - la prise en charge téléphonique de nos apprenants, - le tutorat en allemand des élèves.

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TUTEUR EN LIGNE BILINGUE ANGLAIS/NEERLANDAIS H/F

Fonction

Au sein du Pôle Formation E-Learning vous aurez pour mission :
- l’enseignement du néerlandais et de l’anglais par téléphone.
- le tutorat en néerlandais et en anglais des élèves.

Profil
De niveau Bac+3/4, rigoureux, méthodique, vous êtes bilingue néerlandais/anglais. Vous êtes passionné par les nouvelles technologies et vous avez une première expérience dans l’enseignement idéalement l’enseignement par téléphone.
CDD 18 MOIS, TEMPS PLEIN, POSTE BASE A NOTRE SIEGE SOCIAL.

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TUTEUR EN LIGNE BILINGUE ITALIEN/ANGLAIS


Fonction : Au sein du Pôle Formation E-Learning vous aurez pour mission :
- l’enseignement de l’italien et de l’anglais par téléphone.
- le tutorat en italien et en anglais de nos stagiaires.

Profil recherché : De niveau Bac+3/4, rigoureux, méthodique, vous êtes trilingue italien/anglais/français. Vous êtes passionné par les nouvelles technologies et vous avez une première expérience dans l’enseignement idéalement l’enseignement par téléphone.

Rémunération prévue : Salaire motivant

Durée de la mission : 12 à 18 mois

_________

Notre entreprise propose des cours de Français sur Internet, destines aux anglophones.
Nous recherchons un/une français(e) pour assister certains de ces étudiants dans leur apprentissage du Français. Après une formation rapide dans nos locaux a Shanghai, le travail peut se faire a distance, avec une bonne connexion internet.

Le volume horaire dépend directement du nombre d'étudiant, les horaires sont souples.

Vous avez déjà enseigné le Français? vous parlez bien Anglais? vous maitrisez Skype et Internet? vous avez besoin d'un emploi a temps partiel?

l'image dans son contexte, sur la page : www.juliensanchez.fr/sujets/pouvoir-dachat/

mercredi 4 février 2009

Rémunération des tuteurs à distance : apports du Réseau des répondantes et répondants TIC




Le Réseau des répondantes et répondants TIC a organisé une discussion autour de plusieurs questions relatives à la rémunération du tuteur à distance.


Présentation du Réseau des répondantes et répondants TIC

Le Réseau des répondantes et répondants TIC est une communauté de pratique qui regroupe les conseillères et conseillers pédagogiques responsables de l'intégration des TIC dans les cégeps et collèges du Québec. Ce sont celles et ceux, qui dans leur collège respectif, interviennent auprès du personnel enseignant et voient à ce que les ressources des partenaires TIC aient des retombées concrètes dans leur milieu.

Les questions
  • Comment rémunérez-vous les tuteurs ? (taux, calcul en fonction de l’ampleur des suivis....)
  • Distinguez-vous entre rémunération pour la mise à jour du contenu et une autre pour le tutorat et le suivi ?
  • Est-ce que le rémunération tient compte de certains paramètres comme le nombre d’apprenants et/ou de groupes ou autres paramètres et comment ?...
Quelques éléments de réponses
  • rémunération au forfait par étudiant
  • rémunération calculée sur une base horaire
  • rémunération calculée par rapport au nombre de devoirs corrigés
  • les tâches de conception et de tutorat ne sont pas toujours distinguées financièrement
Lire toutes les réponses sur le site du Réseau des répondantes et répondants TIC

lundi 2 février 2009

Comment fixer la rémunération des tuteurs à distance ? Par Jacques Rodet


Cette question est certainement à traiter en priorité par les services des ressources humaines des institutions éducatives et de formation. Les quelques offres d'emploi concernant des postes de tuteur à distance indiquent souvent des rémunérations se situant à un niveau assez bas. Il arrive que la rémunération proposée soit en-dessous du SMIC, en particulier lorsque le tutorat est confié à des stagiaires ou des étudiants. Dans le milieu universitaire, les enseignants sont rémunérés le plus fréquemment en heures équivalent TD. En formation professionnelle, les heures de tutorat entrent souvent dans le service du formateur, la base salariale étant alors celle du poste de formateur.


Son salaire est aussi l'affaire du tuteur à distance

L''établissement d'un salaire dépend de l'état de l'offre par rapport à la demande et de la négociation entre les parties. Si la variété des missions confiées aux tuteurs interdit de donner ici une grille précise, il me semble important d'insister sur le fait que les compétences demandées au tuteur sont généralement plus larges que celles requises pour un formateur présentiel ou un enseignant dispensant ses cours en amphi et confiant le suivi des TD à des vacataires. La rémunération du tuteur à distance devrait donc tenir compte des compétences disciplinaires, pédagogiques,
relationnelles et techniques attendues chez le tuteur. De plus, la nature des missions autorisées par la distance, comme l'individualisation du suivi, devrait également être prise en compte. Enfin, la rétroaction aux travaux des apprenants, tâche peu valorisée en présentiel, essentielle à distance pour agir sur la motivation et la persévérance des apprenants, devrait également entrer dans le calcul de la rémunération du tuteur à distance.

Modes de calculs de la rémunération du tuteur à distance
Les modes de calcul de la rémunération des tuteurs dépendent donc de multiples facteurs :
état du marché, statut professionnel du tuteur, compétences requises, interventions demandées. La rémunération est souvent calculée sur la base d'un forfait d'heures par apprenant. Or la difficulté principale réside bien dans le fait de définir précisément le temps moyen d'interventions tutorales pour un apprenant. Comme aime à le rappeler Viviane Glikman, L'APPRENANT n'existe pas, le tuteur à distance est toujours face à DES apprenantS, dans la diversité de leurs personnalités et de leur besoins d'aide.

Il pourrait être envisagé alors de rémunérer le tuteur au temps passé. Plusieurs difficultés sont liées à cette méthode. D'une part, il est nécessaire pour l'institution d'avoir des traces exhaustives du travail des tuteurs. Ceci n'est pas toujours possible. Comment tracer par exemple le temps d'une communication téléphonique passée par le tuteur depuis son domicile personnel ? Dans ce cas, le coût de cette communication est-il remboursé au tuteur ? D'autre part, chaque tuteur est également unique et où l'un passera quelques minutes, un autre peut passer plusieurs heures. Ceci n'est pas forcément lié à l'expérience des tuteurs concernés, encore que cela joue bien évidemment, mais aussi à la manière dont les tuteurs conçoivent leurs tâches et dont ils répondent à cette double question : Est-ce que j'en fais assez ? Est-ce que je n'en fais pas trop ? Au final,
il est bien peu probable que l'institution puisse réellement s'engager dans un système aussi peu prévisible et donc bien compliquer à budgétiser.

Entre forfait et temps passé, ma préférence irait donc au premier sous réserve que celui-ci fasse réellement l'objet d'une discussion entre l'institution et le tuteur, ou un collectif de tuteurs, qui aboutirait à la définition précise des tâches et de leur valorisation en temps. Ce contrat pourrait faire l'objet de révisions régulières qui permettraient la prise en compte des retours d'expériences de l'activité tutorale dans le dispositif concerné.


Si la rémunération est un élément important d'identité professionnelle et de reconnaissance sociale, il serait opportun que les tuteurs témoignent de leurs conditions salariales et puissent en débattre. Aussi, je lance un appel à témoignages et à contributions sur ce blog, à publier en commentaires à ce billet, ou à me faire parvenir par mail. Cet appel court jusqu'au 16 février et fera l'objet d'une synthèse.

Aller plus loin
Enfin, je vous rappelle que vous pouvez facilement avoir une idée plus détaillée de votre statut professionnel de tuteur à distance à partir de la grille d'évaluation des conditions de travail des tuteurs à distance produite par t@d, qui si elle date de 3 trois ans n'a pas trouvé de compléments ou de successeur à ce jour.

A voir également le point très complet sur les rémunérations des tuteurs à distance de la Téluq paru dans le hors série des Fragments du Blog de t@d : La lutte des tuteurs de la Téluq (p.41 à 46) .pdf

jeudi 1 mai 2008

Le tuteur à distance travaille-t-il le 1er mai ?

Les technologies rendent de nombreux services mais bien évidemment ne sont pas sans effet sur nos modes de vie. Ce que les travailleurs à distance constatent, c'est que leurs outils favoris, les amènent à ne plus distinguer aussi fortement les différents temps et les différents espaces qu'auparavant, en situation présentielle.

D'une part, le domicile est bien souvent le lieu de travail du tuteur (cf. le sondage que nous avons réalisé et où les trois quart des répondants déclaraient leur domicile comme un de leurs lieux de travail).

D'autre part, les temps privés et professionnels s'interpénètrent. Si j'en juge par le nombre de mails professionnels que je reçois en soirée et le week-end, l'amplitude du temps de travail de mes contacts est bien plus grande qu'avant l'avènement des TICE.

Alors que la disponibilité du tuteur est une qualité unanimement célébrée par les apprenants à distance, il est remarquable qu'une des revendications des tuteurs de la Téluq (je ne sais pas si ils ont obtenu satisfaction sur ce point) était de pouvoir prendre des congés entre Noël et le Jour de l'An.




Le premier mai, fête du travail durement gagnée, (cf. L'origine de la Fête du travail) est-elle signifiante pour les tuteurs ?

De mon côté, je fais le choix de la tradition en m'abstenant de travailler le 1er mai. Les apprenants que j'encadre attendront donc le 2 mai pour avoir de mes nouvelles.

Et les vôtres ? Bénéficient-ils de vos prestations le 1er mai ?


samedi 16 février 2008

L’enseignement est-il un acte professionnel réservé ??? Par Monique Bélanger


Article paru initialement sur le site de la FNEQQ > Universités > Téluq en grève

J’enseigne … tu enseignes … il ou elle enseigne … nous enseignons … vous enseignez… ils ou elles enseignent.

Enseigner : « faire acquérir la connaissance ou la pratique d’une science, d’un art, etc. » (Le petit Larousse illustré, dictionnaire 2008, page 372 )

Si, en tant que tuteur ou tutrice à la Téluq, je ne fais pas d’enseignement, est-ce que ça veut dire qu’à chaque fois qu’un étudiant communique avec moi parce qu’il ne comprend pas une notion, je dois le référer à un professeur de la Téluq? Est-ce là le soutien individuel auquel l’étudiant a droit ? Est-ce là l’encadrement des étudiants tel que prévu dans mes responsabilités de tuteur ou tutrice, selon ma Convention collective de travail, signée en janvier 2004 (page 15 articles 5.01, 5.09 et 5.10).

Encadrer : « … assurer auprès de personnes un rôle de direction, de formation, contrôler, diriger… » (Le petit Larousse illustré, dictionnaire 2008, page 364)

Un(e) enseignant(e) au niveau primaire, au niveau secondaire, au niveau collégial, utilise des manuels scolaires, des outils de formation, des outils d’évaluation qui ne sont pas toujours préparés par lui (elle). Doit-on dire pour autant qu’il ou elle ne fait pas d’enseignement ?

Est-ce que les tuteurs et tutrices de la Téluq qui expliquent, individuellement, des notions à des étudiants et étudiantes, qui encadrent et évaluent des étudiants et étudiantes dans leurs activités d’apprentissage ne font pas de l’enseignement ?

Est-ce que les tuteurs et tutrices de la Téluq qui collaborent à la mise à jour du matériel didactique mis à la disposition des étudiants ne font pas de l’enseignement ? Que faut-il faire pour enseigner ? Faire des recherches ? Non, non, la recherche est la prérogative des professeurs et professeures universitaires.

Pourquoi les professeurs et professeures de la Téluq ne comprennent-ils pas qu’ils délèguent l’enseignement individualisé aux tuteurs et tutrices de la Téluq. Bien sûr, il arrive qu’un professeur ou professeure intervienne dans cette activité, mais uniquement de façon ponctuelle et, le plus souvent, par choix.

En quoi la reconnaissance des tuteurs et tutrices de la Téluq comme enseignants et enseignantes est-elle une menace pour les professeurs et professeures de la Téluq ? Comment 53 professeurs peuvent-ils croire faire de l’enseignement individualisé à 10 000 étudiants ? Ce serait se leurrer de croire que les 10 000 étudiants de la Téluq n’ont pas besoin d’explications complémentaires au matériel mis à leur disposition. Il faut pourtant que quelqu’un le fasse si on vise un taux de réussite acceptable tout en respectant un minimum de standards de performance. Les chiffres parlent par eux-mêmes : il faut bien que les tuteurs et tutrices fassent cet enseignement individualisé en encadrant les étudiants et en les aidant dans leurs activités d’apprentissage.

Les tuteurs et tutrices de la Téluq interviennent donc, eux aussi, comme enseignants et enseignantes. Ils ne réclament pas pour autant le titre ou le statut de professeur ou professeure. Ils réclament uniquement la reconnaissance de leur travail dans sa réalité qui est celle d’enseigner, d’évaluer, et de soutenir les étudiants dans leurs activités d’apprentissage compte tenu des outils appropriés qui leur sont fournis.

Monique Bélanger, tutrice

mercredi 9 janvier 2008

De la nécessité de mieux définir le tutorat dans le cadre des emplois étudiants à l'université, par Jacques Rodet

Depuis la publication, fin décembre, du décret permettant aux universités et grandes écoles d'embaucher des étudiants en contrats à mi-temps, notamment comme tuteur, bien peu d'informations précises sur les missions qui seront confiées à cette nouvelle catégorie de personnel de l'université ont été diffusées.

J'avais attiré l'attention, mi-décembre, sur le fait que la réussite du tutorat de masse en direction des étudiants en parcours de licence était, selon moi, étroitement liée à la formulation de réponses précises à quelques questions incontournables : Quels seront les rôles précis des tuteurs étudiants ? Quelle formation pour les y préparer ? Quelles relations auront-ils avec le corps enseignant ? Quelle forme de contrat de travail ? La rémunération au SMIC pour un contrat à mi-temps sera-t-elle suffisamment attrayante ?

Les informations actuellement disponibles sont tellement partielles que le syndicat étudiant Unef s'inquiète du fait que "l'emploi étudiant" se "substitue" aux emplois statutaires et affirme que "Le recrutement d'un étudiant tuteur ne peut remplacer une heure d'enseignement et l'extension des horaires d'ouverture des bibliothèques ne peut s'envisager sans recrutement de personnels statutaires qualifiés et formés" (VousNousIl.Fr)

La concurrence entre le tutorat par les pairs et les interventions de l'équipe pédagogique n'est ni automatique, ni souhaitable, comme me l'avait montré mon étude du cas du tutorat par les pairs à la Téluq « L'encadrement par les pairs est-il concurrent de l'encadrement-cours à la Téluq ? Les représentations des auxiliaires d'enseignement, des pair anciens et des pairs nouveaux de la fonction de pair ancien ». Toutefois, ceci nécessite que les rôles et champs d'interventions des uns et des autres soient identifiés et que tous ces acteurs du support à l'apprentissage soient en dialogue les uns avec les autres.

Une autre disposition contractuelle des emplois pour les étudiants semble bien curieuse. En effet, l'absence à trois cours consécutifs ou à un examen de la part d'un étudiant étant par ailleurs salarié de l'université peut entraîner le licenciement de celui-ci par l'université sous 15 jours. Il y a là, manifestement, mélange des genres. D'une part, dans le système universitaire, la présence aux cours n'est pas obligatoire. D'autre part, l'interruption d'un contrat de travail ne peut être justifiée que par un manquement grave à l'exécution de ses obligations par le salarié. Lier le contrat de travail de l'étudiant à l'université avec le déroulement de ses propres études est une nouveauté qui peut avoir des répercussions négatives sur le droit du travail. Rappelons que le CPE avait été fortement contesté parce que l'interruption du contrat pouvait intervenir sans motif exprimés par l'employeur. Stipuler, dans le contrat de travail, des dispositions extérieures à l'exécution du travail pouvant entraîner l'interruption du contrat ne participe-t-il pas d'une même logique ?

Parce que le tutorat de masse est un défi important et qu'il est de nature à combattre efficacement l'échec au premier cycle universitaire, parce que le développement du e-learning à l'université ne peut faire l'économie d'une réflexion approfondie sur les systèmes tutoraux, il est indispensable que les missions des étudiants tuteurs soient mieux définies et positionnées par rapport aux interventions de support à l'apprentissage émanant du corps enseignant. Ce travail de définition des champs d'intervention pourrait donc aussi constituer une excellente occasion de mieux exprimer ce qui est attendu de la part des enseignants en matière de tutorat.

Image dans son contexte original, sur la page wwwedu.ge.ch/.../dessin_lettriste/demarche.html

mercredi 26 décembre 2007

Le conflit se poursuit entre les tuteurs et la direction générale de la Téluq

Alors que la direction de la Téluq a décidé de couper une partie du salaire des tuteurs pour pénaliser le fait qu’ils n’inscrivent plus les notes des étudiants dans le système, plusieurs tuteurs qui n’appliquaient pas ce moyen de pression ont décidé de l’adopter.

Par ailleurs, le choix de la direction d’arrêter les inscriptions pour la session d’hiver ne semble pas être apprécié des étudiants. Déjà plusieurs d'entre eux ont affirmé être fâchés d’une telle décision.

Il apparaît, tel qu'indiqué dans un document du syndicat des tuteurs de la Téluq que « Les dernières offres monétaires de l’employeur épousent la forme d’une échelle salariale calquée sur celle des professionnels de la Téluq, mais dont les conditions d’application sont inacceptables. Les trois quarts des tuteurs ne toucheraient rien de plus que les paramètres gouvernementaux : 2% par année sur les nouvelles assignations, à compter du 1er mai 2006. Par-dessus tout, l’employeur refuse de considérer dans ses calculs la valeur monétaire des avantages sociaux dont bénéficient ses employés permanents, mais dont sont privés les tuteurs. » Ainsi, les propositions de la direction générale sont bien peu en rapport avec les revendications des tuteurs.

Dans ce même document syndical, les tuteurs précisent les suites de leur action « L’employeur persiste plus que jamais à nous considérer comme des employés surnuméraires n’ayant droit qu’au strict minimum. À moins d’un revirement inattendu, nous n’aurons d’autres choix que d’exercer notre droit de grève pour obtenir justice. La grève n’est pas une action que l’on pose de façon inconsidérée. Il en tient de la reconnaissance de notre statut professionnel à la Téluq. Notre contribution à l’enseignement doit être reconnue à sa pleine valeur sans quoi l’avenir de notre profession s’annonce sous le signe de la déqualification de nos emplois. Au bout du compte, les grands perdants seraient nos étudiants. L’enjeu mérite qu’on tente le tout pour le tout. Si grève il y a, ce sera fait dans le respect des règles prévues au Code du travail.»

Après deux années durant lesquelles les négociations ont piétiné, la direction affirme être disposée à négocier de manière intensive. Reste à savoir quelle est la qualité du grain à moudre qu'elle compte apporter aux tuteurs ! A moins qu'elle ne souhaite adopter la méthode de management de Bernard Blier...


jeudi 20 décembre 2007

La Téluq sous la menace de la grève des tuteurs






Il y a quelques semaines, nous vous faisions part du mouvement social des tuteurs de la Téluq et avons publié le communiqué de leur syndicat.

Face à la menace de la grève des tuteurs, la direction générale de la Téluq communique auprès des étudiants. Nous reprenons ci-dessous un extrait de ce communiqué.

Il est à noter que les négociations butent toujours sur la prise en compte des revendications des tuteurs :
  • Rattrapage salarial équivalent à celui qu'ont obtenu les chargés de cours de l'UQAM, 19,6% sur trois ans
  • Rémunération établie en fonction d'une échelle salariale qui tient compte de la scolarité et de l'ancienneté
  • Prime de départ à la retraite
  • Congé sans solde du 24 décembre au 2 janvier et ce, sans devoir puiser dans sa banque de vacances
Il semble que la direction générale veuille s'appuyer sur le mécontentement des étudiants pour faire pression sur les tuteurs. C'est peut-être oublier un peu vite, que les tuteurs entretiennent des relations de confiance avec les étudiants.

Extrait du communiqué de la direction générale de la Téluq

La Télé-université est en négociation avec le syndicat des tuteurs et tutrices - CSN pour le renouvellement de la convention collective. En raison des moyens de pression qui ont perturbé les derniers trimestres et devant la menace d’une grève imminente, annoncée par le syndicat des tuteurs et tutrices, la Télé-université suspend l’admission à ses programmes, de même que l’inscription et la réinscription à ses cours du 1 er cycle qui devaient être offerts à compter du 3 janvier 2008. L’admission et l’inscription reprendront dès que les conditions permettant aux étudiants de poursuivre leurs études sans perturbation sérieuse seront rétablies. Les étudiantes et les étudiants qui complètent présentement des cours débutés aux trimestres d’été et d’automne peuvent compter sur le soutien de leur tuteur ou de leur tutrice, le syndicat n’ayant pas encore déclenché la grève. Par ailleurs, veuillez noter que les admissions, les inscriptions ainsi que les activités d’enseignement du 2 e cycle et du 3 e cycle se poursuivent normalement.

vendredi 7 décembre 2007

Retour sur le sondage "Depuis quels lieux, exercez-vous vos interventions tutorales ?"

Depuis quels lieux, exercez-vous vos interventions tutorales ?
  • Locaux de l'employeur : 3, 33%
  • Domicile personnel : 7, 77%
  • Autres : 3, 33%

9 personnes ont répondu à ce sondage. Il était possible de sélectionner plusieurs réponses. Ainsi, il apparaît que 4 personnes au plus (44%) réalisent leurs interventions tutorales depuis plusieurs lieux.

Le domicile personnel vient largement en tête. Cela pose un certain nombre de questions connexes tant sur les moments de l'intervention (journée ou en soirée, week-end compris ?), que sur les frais occasionnés (matériel, connexion, impressions, etc.).

Si il est assez avantageux financièrement pour l'employeur de ne pas avoir à fournir locaux et matériels au tuteur, celui-ci, dont on sait que l'activité tutorale est une activité professionnelle le plus souvent secondaire, peut également tirer profit de cette situation (réaliser ses interventions en soirée, par exemple sans avoir besoin de descendre au bas de son immeuble pour griller une cigarette).

Plus fondamentalement, cela illustre une tendance forte de nos sociétés où les différentes sphères privée et professionnelle s'interpénètrent.

Lors d'une intervention que j'ai effectué hier auprès d'enseignants universitaires, un participant m'indiquait qu'il se refusait à ramener du travail à son domicile et que lorsqu'il corrigeait les travaux de ses étudiants, il le faisait dans son bureau et durant ses heures de travail...

Il est certain que l'activité tutorale, surtout lorsque l'on constate comment elle est présentée par les dispensateurs de formation (cf. le post le tutorat en lagnage commercial) implique quasiment systématiquement pour le tuteur de l'exercer au moins partiellement depuis son domicile à des horaires atypiques.

Les conditions d'exercice du tutorat renvoie donc au cadre plus large des conditions d'exercice du télé-travail. Cette modalité change de manière importante le rapport au travail et à l'employeur. Lors du débat qui a occupé dernièrement les participants de la liste Foademplois (pourquoi les chefs de projet e-learning sont incités à travailler sur Paris plutôt que depuis chez eux en province), il apparaissait que le télé-travail était bien plus attendu de la part des salariés que des employeurs. L'employeur serait-il insécurisé par le fait de ne pouvoir contrôler les heures de travail et de ne pouvoir évaluer le travail de son salarié que sur les résultats produits ? Alors que l'autonomie est un mot d'ordre intimé par la hiérarchie aux salariés, cela ne manque pas de piquant.

A la lecture de notre sondage, Le tutorat paraît donc être une activité pouvant plus facilement s'exercer à distance que celle de chef de projet. Cela me semble assez naturel dans la mesure où le tuteur intervient auprès des destinataires du dispositif de formation, les apprenants, qui sont forcément dispersés alors que le chef de projet travaille avec une équipe de conception pour laquelle la rencontre présentielle est difficile à abolir totalement ou même largement.

Image dans son contexte original, sur la page www.dessindepresse.com/02-illustrations_et_de....

lundi 12 novembre 2007

Retour sur le sondage « votre activité de tuteur à distance est... » :

12 personnes ont répondu à ce sondage pour un total de 13 réponses (plusieurs réponses pouvaient être choisies par le répondant).

Les 4 réponses possibles à ce sondage étaient les suivantes :

  • Votre activité professionnelle principale : 2, 16%
  • Une activité professionnelle secondaire : 8, 66%
  • Une activité estudiantine : 2, 16%
  • Une activité bénévole : 1, 8%

Les 4/5 des répondants perçoivent assurément une rémunération pour leur activité tutorale. Le marché du tutorat, même s'il reste à mieux le cerner, est donc existant.

Les 2 répondants, qui ont pour activité professionnelle principale le tutorat, exercent très certainement en dehors de la France et, à l'examen des origines des visiteurs de ce blog, sont sûrement des québécois. En effet, au Québec la reconnaissance du métier de tuteur est plus réelle qu'en France et je n'en voudrais pour preuve que le conflit actuel des tuteurs de la Téluq avec leur employeur (cf. sur ce blog les articles du 8 novembre dernier).

Les deux tiers exercent leur activité de tuteur à distance comme activité secondaire. Ceci est tout à fait logique dans la mesure où le statut de tuteur et la reconnaissance professionnelle de cette activité sont encore largement à définir ou à établir. A noter que les tuteurs sont souvent recrutés parmi les enseignants et les formateurs et que les activités tutorales ne peuvent constituer pour eux qu'un complément d'activité principale (heures complémentaires pour les universitaires par exemple).

Enfin ce mini sondage permet de traduire également le développement du tutorat par les pairs et de constater que l'activité bénévole reste marginale, ce qui est un élément plutôt favorable pour les professionnels.

Image dans son contexte original, sur la page www.jaitoutdonne.com/index.php?cPath=27&osCsi...

jeudi 8 novembre 2007

Document syndical sur le tutorat à la Téluq

Pour mieux comprendre les revendications des tuteurs de la Téluq, ou tout simplement avoir une vision de leurs conditions de travail, nous vous invitons à visionner la présentation réalisée par le Syndicat des tuteurs et tutrices de la Téluq - CSN intitulée "Tuteur, tutrice : un titre en mal de reconnaissance professionnelle". Téléchargez le PDF



Télé-université : les tuteurs et les tutrices prêts à faire la grève



Les tuteurs et les tutrices en formation à distance de la Télé-université, dont le syndicat est affilié à la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), ont décidé hier soir, en assemblée générale et à scrutin secret, de donner à leur comité de négociation le mandat de déclencher la grève générale illimitée au moment qu’il le jugera opportun. Réunis simultanément à Québec et à Montréal, c’est à 97,4 % que les membres présents ont approuvé la recommandation de leur comité exécutif. Pour la seule année académique 2006-2007, les quelque 140 tuteurs de la Téluq ont encadré près de 30 000 étudiants.

« Il y a maintenant 18 mois que nous avons déposé nos demandes syndicales. Les moyens de pression légers que nous avons utilisés jusqu’à présent n’ont pas persuadé nos vis-à-vis de la Téluq du sérieux de notre détermination. La décision de notre assemblée générale y parviendra peut-être », indique Sylvie Pelletier, présidente du syndicat.

Sur à peu près tous les enjeux qui auraient des répercussions pécuniaires, les porte-parole patronaux font la sourde oreille. Ils continuent de vouloir traiter les tuteurs, qui travaillent à la Téluq depuis 10, 15, ou 20 ans, comme des employés surnuméraires qui n’ont droit, à tous égards, qu’au minimum. Les demandes syndicales visant à concrétiser l’intégration des formateurs à distance à la vie universitaire sont repoussées. L’employeur veut aussi accroître de façon importante l’écart salarial entre les chargés de cours et les tuteurs en formation à distance.

Toujours au chapitre de la rémunération globale, la direction de la Téluq ne veut consentir, à ses tuteurs et tutrices, aucun congé sans solde entre Noël et le Jour de l’An pas plus qu’elle ne veut leur octroyer de prime de départ à la retraite ou de congé sans traitement pour obligation familiale, ce qu’elle consent pourtant à toutes les autres catégories d’employés.

Le Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-université-CSN compte plus de 140 membres.

Source : csn.qc.ca

Image dans son contexte original, sur la page www.warm-up-pc.fr/

mardi 16 octobre 2007

L'ouvrage du tuteur à distance vaut-il un métier ?


Afin d'engager le débat autour de la professionnalité du tuteur à distance, nous vous invitons à prendre connaissance du mémoire de maîtrise en sciences de l'éducation que Stéphanie Ceron a rédigé en 2003. Ce document dont la problématique est «
Le tutorat à distance, un métier émergent dans la formation supérieure? » est accessible à http://forse.univ-lyon2.fr/IMG/pdf/doc-45.pdf

Nous reproduisons ci-après la dernière partie de sa conclusion qui peut constituer une bonne introduction à nos futurs échanges sur ce thème.

De manière générale, nous pourrions essayer de répondre à ces quelques questions : Peut-on, indifféremment, utiliser les termes de métier, profession, professionnalité ? Qu'est-ce qui fait profession ? La compétence fait-elle toujours profession ?

Plus précisément sur le tutorat à distance : Quelles pratiques tutorales peuvent être qualifiées de métier ? A quelles conditions peut-on parler de métier pour le tutorat à distance ?

Chacun peut commenter ce message et les auteurs enregistrés de t@d, peuvent également publier des contributions sur ce thème de la professionnalité.

Nous rappelons que t@d s'est déjà intéressé à des thèmes voisins et que sont disponibles à la lecture deux ressources : le Dossier t@d n°2 : statut de tuteur à distance et la Grille d'évaluation des conditions de travail des tuteurs à distance, v.2.0

Avec la déferlante « NTIC », de nouveaux métiers apparaissent : dans les campus numériques, on rencontre des concepteurs de contenus, des chargés de T.D. virtuels, des directeurs de recherche en ligne... De nombreux métiers, en lien avec les nouvelles technologies, ont vu le jour. Mais pouvons-nous réellement les qualifier de nouveaux ? Pour certains oui, mais pour la plupart il s’agit plutôt d’une requalification de métiers déjà existants. Prenons l’exemple du webmaster dont le métier est celui « d’un véritable gestionnaire de contenu. Le webmaster doit avoir des compétences rédactionnelles, maîtriser la stratégie de l’entreprise et avoir un esprit de communication. » Il s’agit ici d’une combinaison d’un ensemble de compétences des métiers de la communication, préexistant à Internet. Cependant, Internet est également créateur de nouveaux métiers mais ils ne sont pas aussi abondants qu’on aurait pu le penser. Parmi ces derniers, on peut citer ceux liés à la maintenance. Aussi, il existe des métiers que l’on croit nouveaux car ils demandent de nouvelles compétences, c’est ce qu’exprime A. d'Iribarne, directeur de recherche au CNRS et chercheur au laboratoire d'économie et de sociologie du travail d'Aix-en-Provence, en tempérant la notion de nouveaux métiers : Ceux-ci résultent toujours d'un croisement, ce que j'appelle une "hybridation", entre des pratiques professionnelles déjà existantes et des usages nouveaux, induits par l'évolution des technologies. Ici, nous sommes tout à fait dans la configuration du tuteur à distance puisque cette activité réclame certaines compétences du tuteur en présentiel (donc déjà existantes) et d’autres (nouvelles) liées au mode distanciel de la formation. Peut-on alors parler du métier de tuteur à distance ou reste-t-il une activité ? Pour pouvoir répondre à cette question, il faut se pencher sur la définition des termes « métier » et « emploi ».

Métier : Genre de travail déterminé reconnu ou toléré par la société et dont on peut tirer des moyens d’existence.

Emploi au sens de l’emploi exercé : Tout travail rémunérateur exécuté pour un employeur ou pour son propre compte. 3

Deux critères distinguent l’activité du métier (ou de l’emploi). Il faut que le travail soit :

- reconnu en tant que tel par la société,

- rémunéré.

Le tutorat en présentiel est une activité dans le sens où c’est un travail non rémunéré (cf. étudiant-tuteur) mais dédommagé. Le professeur, qui est aussi tuteur, est rémunéré, il ne l’est pas en tant que tuteur, mais en tant que professeur, dont une de ses fonctions est le tutorat. Qu’en est-il pour le tutorat à distance ? La définition plus approfondie du mot « emploi » émanant de l’AFPA va contribuer à répondre à cette question.

Emploi au sens des emplois repérés : référents standardisés, composés de fonctions uniques ou combinées, correspondant à des situations de travail appelant des compétences identifiées, observables et relativement homogènes.

Dans cette définition on parle de fonctions (« uniques ou combinées »), de compétences (« identifiées »). Or tout au long de ce mémoire, les études théoriques et pratiques ont démontré que « tuteur à distance », était une activité :

- à part entière,

- qui consommait beaucoup de temps (elle est difficilement faisable en plus d’un emploi à temps plein)

- qui était nécessaire, voire indispensable dans certaines formations,

- qui demandait des compétences spécifiques, bien identifiables,

- qui devait être réalisée par des personnes qualifiées et expérimentées. En effet, tous les tuteurs du campus numérique FORSE ont un niveau troisième cycle, de même, ils avaient tous une expérience de tutorat en présentiel ou travaillés avec des tuteurs avant d’être TAD.

Les critères qui définissent un emploi sont présents dans le tutorat à distance. Le tutorat à distance pourrait être en passe de devenir un métier et non plus une simple activité réalisée en plus de son métier. Etant donné l’importance des taux d’abandon dans les formations en ligne, le métier de tuteur à distance pourrait se développer considérablement dans les années à venir. Or, c’est un métier qui demande de nombreuses compétences ; une formation devient inévitable. Tuteur à distance n’est pas un métier technique, mais un métier né de l’utilisation des nouvelles technologies. Qu’est-ce que serait une formation au métier de tuteur à distance ? Dans une telle formation, il ne s’agirait pas de faire du tuteur un professionnel de la pédagogie à distance, ni de lui donner la liste des tâches qu’il est susceptible d’accomplir, mais bien de lui donner les outils nécessaires pour comprendre ce qu’est le tutorat à distance et comment aider au mieux l’apprenant distant. Il s’agirait d’apprendre à repérer les rôles du tuteur en fonction des missions que chaque organisme de formation assigne aux tuteurs. Les tuteurs à distance du campus numérique FORSE n’ont pas reçu de formation, mais ont eu des informations lors de réunions entre tuteurs. Ils s’échangeaient aussi des mails lorsqu’ils rencontraient des problèmes, on peut parler alors de co-formation. Est-ce suffisant ? Chaque tuteur a-t-il bien identifié ses rôles ? Ont-ils rencontré des problèmes ? Lors des entretiens, lorsque je leur demandais de me dire quelles étaient leurs interventions auprès des étudiants, j’ai eu des réponses différentes car chacun a une idée bien spécifique de son rôle. Par exemple, Le tuteur 6 a clairement défini son rôle auprès des étudiants et ceux-ci ne l’interrogent pas sur les contenus. Le tuteur 3 explique aux étudiants que ça ne relève pas de sa compétence de traiter des questions sur le contenu et il les renvoie d’abord à d’autres étudiants puis si les problèmes persistent, aux professeurs compétents. Enfin, le tuteur 8 explique que quand il le peut il répond aux questions sur les contenus, mais dès qu’il est en difficulté il pose la question aux professeurs compétents. Nous sommes confrontés à trois tuteurs qui exercent différemment leur tutorat et pourtant qui devraient fonctionner à l’identique. Le but d’une formation serait aussi d’harmoniser et de réguler les pratiques de la fonction tutorale. Faute de formation, il semble indispensable de prévoir des réunions entre tuteurs comme cela c’est fait pour les tuteurs du campus numérique FORSE. En effet, elles sont l’occasion pour les tuteurs de mettre en commun leurs difficultés et d’essayer de les résoudre. Le tuteur 1 explique quel est l’intérêt de ces réunions : « on a des réunions et j’ai envie de dire que ces réunions nous sont extrêmement nécessaires, en ce sens que, elles nous permettent de mettre à plat un certain nombre de questionnements et certains apportent des réponses, donc on peut appeler ça une formation. On a aussi des échanges par mail qui nous permettent de partager à la fois les savoirs des uns, les ressources des autres et les interrogations de tous, alors on peut parler d’auto-formation. »

Plusieurs tuteurs ont déclaré que la fonction tutorale était un véritable métier ou en tout cas qu’elle prenait la place d’un vrai métier. La non-reconnaissance de celui-ci avec les retombées que cela implique (un statut, un salaire…) risque de poser des problèmes sur plusieurs niveaux.

- Tout d’abord sur ce qu’est véritablement être tuteur à distance. Pour donner les mêmes chances aux étudiants, il faudrait harmoniser les fonctions du tuteur. Voilà ce que répond le tuteur 8 lorsque je lui demande si une formation au tutorat à distance serait utile : « Euh, une formation, ben oui forcément, ben sur le métier, mais comme ce n’est pas encore très défini ce qu’est un tuteur, donc on apprend en faisant, voilà. », plus loin il ajoute : « est-ce qu’un tuteur doit être quelqu’un qui doit être compétent dans toutes les matières pour pouvoir justement apporter de l’aide, ou alors le tuteur doit être simplement quelqu’un qui accompagne, qui a une expérience et qui essaye de faire partager à l’autre, de le rassurer, etcetera, bon, c’est là tout le problème. »

- Le recrutement des tuteurs à distance va être de plus en plus difficile car le défraiement offert ne semble pas à la hauteur du travail effectué. Lorsque je demande au tuteur 8 ce qui a motivé sa candidature il me répond : « C’est pas le fric hein (rires), c’est pas l’argent, c’est l’intérêt du travail […] » De même le tuteur 9 explique que la fonction tutorale représente une charge de travail qui est difficilement conciliable en plus d’un métier : « Ce que je sais, c’est que ça consomme énormément de temps et que c’est une des raisons pour lesquelles je ne sais pas si je vais continuer l’année prochaine. Au niveau du temps c’est beaucoup, alors je ne sais pas, mais disons que, au minimum trois fois par semaine euh, je me mets à répondre aux courriers, à regarder les courriers et puis quand c’est pas tous les soirs, à certaine période de pointe, mais une fois que c’est commencé, c’est un vrai boulot, c’est un vrai métier quoi. » Le tuteur 1 après m’avoir fait part de ses différentes activités (tuteur, correcteur, …) exprime la difficulté qu’il a à les mener de front : « Je n’ai pas le sentiment d’être débordé, j’ai la certitude d’être débordé, je me demande combien de fois je vous ai dit, dans les réponses, que le problème c’était la gestion du temps, on est toujours débordé, même si on se donne des règles, c’était une de vos questions importantes, on est quand même toujours débordé. Euh, on n’est pas capable de mesurer le temps du virtuel. » Le cumul des fonctions peut représenter un handicap et le tuteur pourrait alors décider d’abandonner la fonction tutorale. Aussi faute de temps, certains tuteurs ont l’impression d’assurer un service minimum comme le dit le tuteur 9 : « C’est pour ça que, je trouve que c’est un vrai métier parce qu’il faudrait avoir plus de temps, il y a des gens dont je suis à peu près sûr euh, qui sont un peu en difficultés, je n’ai pas le temps de m’en occuper, voilà. »

Etre tuteur à distance est une activité qui réclame beaucoup de temps et qu’il est difficile de faire en plus de son métier. La reconnaissance du métier de tuteur à distance permettrait d’augmenter l’efficacité du tuteur grâce à une formation adaptée, à un temps adéquat consacré au tutorat, à un salaire plus motivant…


Résumé du mémoire de Stéphanie Ceron : L’éducation pour tous et tout au long de la vie est le nouveau paradigme avec lequel la société doit composer. Pour se former à tout âge, en n’importe quel lieu, il existe notamment les campus numériques, qui proposent des formations à distance et qui se servent des TIC pour optimiser leur efficacité. Nombreux sont les campus numériques qui proposent à leurs étudiants du tutorat pour les soutenir, les orienter, mais aussi pour rompre leur isolement. Le tuteur à distance, comme le tuteur en présentiel, est à la fois un médiateur, un guide, un conseiller, il a aussi des rôles et des compétences spécifiques. Les enquêtes menées auprès des tuteurs et étudiants distants du campus numérique FORSE révèlent qu’il est un acteur central. Le métier de tuteur à l’université n’existe pas, mais les résultats des enquêtes nous indiquent que « tuteur à distance », est en passe d’en devenir un (résumé d’auteur).