mercredi 9 janvier 2008

De la nécessité de mieux définir le tutorat dans le cadre des emplois étudiants à l'université, par Jacques Rodet

Depuis la publication, fin décembre, du décret permettant aux universités et grandes écoles d'embaucher des étudiants en contrats à mi-temps, notamment comme tuteur, bien peu d'informations précises sur les missions qui seront confiées à cette nouvelle catégorie de personnel de l'université ont été diffusées.

J'avais attiré l'attention, mi-décembre, sur le fait que la réussite du tutorat de masse en direction des étudiants en parcours de licence était, selon moi, étroitement liée à la formulation de réponses précises à quelques questions incontournables : Quels seront les rôles précis des tuteurs étudiants ? Quelle formation pour les y préparer ? Quelles relations auront-ils avec le corps enseignant ? Quelle forme de contrat de travail ? La rémunération au SMIC pour un contrat à mi-temps sera-t-elle suffisamment attrayante ?

Les informations actuellement disponibles sont tellement partielles que le syndicat étudiant Unef s'inquiète du fait que "l'emploi étudiant" se "substitue" aux emplois statutaires et affirme que "Le recrutement d'un étudiant tuteur ne peut remplacer une heure d'enseignement et l'extension des horaires d'ouverture des bibliothèques ne peut s'envisager sans recrutement de personnels statutaires qualifiés et formés" (VousNousIl.Fr)

La concurrence entre le tutorat par les pairs et les interventions de l'équipe pédagogique n'est ni automatique, ni souhaitable, comme me l'avait montré mon étude du cas du tutorat par les pairs à la Téluq « L'encadrement par les pairs est-il concurrent de l'encadrement-cours à la Téluq ? Les représentations des auxiliaires d'enseignement, des pair anciens et des pairs nouveaux de la fonction de pair ancien ». Toutefois, ceci nécessite que les rôles et champs d'interventions des uns et des autres soient identifiés et que tous ces acteurs du support à l'apprentissage soient en dialogue les uns avec les autres.

Une autre disposition contractuelle des emplois pour les étudiants semble bien curieuse. En effet, l'absence à trois cours consécutifs ou à un examen de la part d'un étudiant étant par ailleurs salarié de l'université peut entraîner le licenciement de celui-ci par l'université sous 15 jours. Il y a là, manifestement, mélange des genres. D'une part, dans le système universitaire, la présence aux cours n'est pas obligatoire. D'autre part, l'interruption d'un contrat de travail ne peut être justifiée que par un manquement grave à l'exécution de ses obligations par le salarié. Lier le contrat de travail de l'étudiant à l'université avec le déroulement de ses propres études est une nouveauté qui peut avoir des répercussions négatives sur le droit du travail. Rappelons que le CPE avait été fortement contesté parce que l'interruption du contrat pouvait intervenir sans motif exprimés par l'employeur. Stipuler, dans le contrat de travail, des dispositions extérieures à l'exécution du travail pouvant entraîner l'interruption du contrat ne participe-t-il pas d'une même logique ?

Parce que le tutorat de masse est un défi important et qu'il est de nature à combattre efficacement l'échec au premier cycle universitaire, parce que le développement du e-learning à l'université ne peut faire l'économie d'une réflexion approfondie sur les systèmes tutoraux, il est indispensable que les missions des étudiants tuteurs soient mieux définies et positionnées par rapport aux interventions de support à l'apprentissage émanant du corps enseignant. Ce travail de définition des champs d'intervention pourrait donc aussi constituer une excellente occasion de mieux exprimer ce qui est attendu de la part des enseignants en matière de tutorat.

Image dans son contexte original, sur la page wwwedu.ge.ch/.../dessin_lettriste/demarche.html

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