mardi 22 janvier 2008

La visioconférence, outil de prédilection du tuteur à distance ? Par Jacques Rodet


Depuis quelques mois, les annonces d'outils ayant recours à la visioconférence sont de plus en plus fréquentes. De même, les solutions de classes virtuelles se multiplient. Certaines sont à intégrer dans des plateformes de e-learning comme DimDim qui peut être implémentée dans Moodle. D'autres services tel MeBeam offrent la possibilité de bénéficier d'une visioconférence en ligne à partir d'un simple site Internet. Par ailleurs, l'utilisation de MSN ou de Skype habitue de nombreuses personnes à être présentes visuellement à distance. Bref, la communication synchrone à distance se développe et surtout elle devient largement orale au détriment des dialogues écrits.

Quelles peuvent être les conséquences de cette tendance sur les interventions des tuteurs ? Un directeur d'une des plus grosses sociétés françaises de e-learning me faisait part de sa conviction que la visioconférence deviendrait la norme en matière de tutorat et que cette technologie contribuerait fortement au développement du tutorat dans la mesure où cette modalité réintroduisait une manière simple de mesurer, au temps passé, le volume du support à l'apprentissage en direction des apprenants.

Il est probable que la simulation de la rencontre présentielle via la visioconférence soit plus acceptable par les clients du e-learning, car plus proche de leurs représentations et de leurs vécus. De manière comparable, il apparaît que, selon certains, l'avenir du e-learning résiderait dans la numérisation des ressources pédagogiques ainsi que le laisse entendre I. Henri dans son rapport à Valérie Pécresse dans lequel il préconise la massification des enregistrements de cours en amphi comme moyen de rattraper le retard des universités françaises en matière de production de ressources numériques pour la FOAD.

Ainsi, tant en matière de production des contenus de FOAD que pour l'accompagnement des apprenants, la solution d'avenir serait la visioconférence. Sans affirmer que cela ne sera pas, j'entrevois que cela puisse se traduire par une certaine régression pédagogique. En effet, la FOAD et la médiatisation des ressources ont été l'occasion, pour de nombreuses institutions et formateurs, de repenser leur pédagogie et de procéder à des ré-ingénieries qui leur imposaient d'identifier, de nommer et d'adapter leurs pratiques. Dès lors où la mise à distance se limiterait à une sorte de copier-coller des situations présentielles, ces efforts d'ingénierie pédagogique ne risquent-ils pas de passer à la trappe ?

Par ailleurs, les NTIC, même si elles ne se réduisent pas à cela, offrent assez fréquemment, dans leurs premiers usages, la possibilité de réactiver des modèles pédagogiques sinon dépassés du moins très discutables du point de vue des sciences de l'éducation. Comment les apprenants à distance pourront interagir lors de la visualisation de la vidéo d'un cours qui recentre la formation sur le discours de l'enseignant ? Réduire les possibles en matière de communication, c'est appauvrir la conception, l'imagination pédagogique, c'est prescrire des usages qui réactivent des modèles pédagogiques académiques où l'enseignant reprend la main alors qu'il ne l'a que rarement passée aux apprenants.

Enfin, le bon sens invite à ne pas mettre tous les oeufs dans un même panier qui serait ici la visioconférence. Les modalités asynchrones ont aussi un certain nombre d'avantages qu'il serait aventureux de laisser en route : la possibilité de ne pas réagir à chaud, de prendre le temps d'une rétroaction mûrie, de pouvoir choisir le temps de sa réponse. De même, le détour par l'écrit offre la possibilité de mieux structurer son propos, de s'approprier en reformulant, de produire des traces facilement réutilisables. L'audio sans vidéo facilite la centration sur le propos et l'écoute active.

Si donc, le développement de la visioconférence est en marche, je pense qu'il est avant tout nécessaire d'en penser les usages pédagogiques et de les articuler aux autres modalités de communication plutôt que dans faire un nouveau sésame universel pour la production de ressources numériques et l'établissement de médiations tutorales au service des apprenants.


Image dans son contexte original, sur la page blog.ndreams.org/2006/11/29/idees-de-cadeaux-...
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