2009 a été une année bien remplie pour t@d. En examinant les différents espaces qui la constituent nous faisons les constats suivants : - 111 billets ont été publiés sur le Blog de t@d- 2 volumes des Fragments du Blog de t@d ont été publiés- Environ 300 ressources ont été signalées par notre système de veille- 4 numéros de la revue Tutorales sont parus- 35 articles scientifiques ont été répertoriés dans la Base documentaireParmi les nombreux échos faits à t@d, dont je remercie sincèrement les auteurs, je relève plus particulièrement celui de la revue Distances et Savoirs qui a publié l'entretien que j'ai eu avec Geneviève Jacquinot, sous le titre t@d et Tutorales, 13 questions.
Et parce que toute bonne rétro ne peut être conclue sans la manifestation de quelques signes du futur, je reproduis, ci-dessous, ma réponse à la question que Geneviève me posait sur le devenir de t@d :
"Si c’est le sens de votre question, je conviens volontiers que le modèle économique de t@d reste à trouver… Jusqu’à maintenant, t@d a fonctionné uniquement sur le bénévolat de ses participants. Diverses personnes, certaines ponctuellement, d’autres de manière plus continue, me sont venues en aide tout au long de ces six années et je leur en suis très reconnaissant. Il est certain que la diversification des activités se traduit, pour moi, par un engagement personnel correspondant. Il est bon de préciser ici, que je suis le premier bénéficiaire de t@d, tant par l’aiguillon qu’elle constitue pour ma réflexion sur le tutorat à distance, que par une certaine reconnaissance qui m’est accordée. Les limites et faiblesses actuelles de t@d sont ainsi clairement liées à cet état de fait. Diverses solutions sont envisageables et certaines d’entre elles ont déjà fait l’objet de réflexions voire de tentatives timides. La première consisterait à structurer t@d de manière plus formelle, sous forme d’association ou même de petite entreprise proposant divers services de veille et de formation. Si cette option présenterait certains avantages, il ne faut pas nier qu’elle aurait aussi ses inconvénients et comporterait une part de risques non négligeables pouvant toucher à l’existence même de t@d. En effet, il n’est pas certain que les personnes attachées à la forme actuelle seraient prêtes à nous suivre dans cette nouvelle aventure. Une autre option serait la recherche de partenaires logistiques et financiers voire la recherche de subventions. La dernière option repérée à ce jour, serait d’adosser t@d à une organisation ou une institution qui verrait dans t@d la possibilité d’enrichir ses activités sur le thème du tutorat à distance et qui lui permettrait de surmonter les limites évoquées ainsi que d’étendre son audience."Illustration : Morris Louis, Beta Lambda
Cherchant à identifier des réseaux sociaux réunissant des communautés professionnelles dans le champ de l’éducation et de la formation à distance, j’ai eu la chance de me voir recommander par Michèle Drechsler un groupe électronique sur Linkedin consacré au sujet de la Métacognition. Ce groupe ouvert à toutes personnes donne la parole à un public - à majorité anglo-saxonne - de professionnels de l’éducation mais aussi plus largement de personnes intéressées par les démarches d'autoformation et les nouvelles technologies. Michèle Drechsler, qu’il nous faut désormais appeler Docteure Michèle Drechsler, est intervenue régulièrement dans ce groupe, dans le cadre de sa thèse mais surtout par son orientation intellectuelle collaborative et participative, pour proposer à la discussion une réflexion sur la métacognition et le "socialbookmarking". Le socialbookmarking est une pratique visant le partage de signets ou « bookmarks » pour un site Web public et le fait de les « tagguer » avec des mots-clés."
Michèle Drechsler est inspectrice de l'Education nationale en France chargée de la mission « maternelle ». Elle a obtenu un DEA en sciences de l’information et de la communication, son mémoire a consisté en une analyse des relations entre les TICE, le KM et la formation des enseignants. « Quels changements induits par les TIC pour la formation professionnelle des enseignants face au paradigme du KM et des communautés de pratiques ? » Elle a également obtenu un DESS « communautés virtuelles et management de l’intelligence collective via les réseaux numériques » à l’Université de Limoges.J’ai proposé à Michèle une interview par un échange d'emails sur son thème de recherche en relation avec la dynamique sociale qu’elle a pu observer dans le groupe Metacognition. Je l’en remercie chaleureusement.Philippe Inowlocki : Michèle, tu as soutenu une thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication le mois dernier en particulier sur le socialbookmarking - la collaboration pour le partage de liens sur internet- et les communautés de pratiques. Tout d'abord, toutes mes félicitations pour ce travail de recherche et ta soutenance ! Pour nos lecteurs, quel est le titre de ta thèse ?
Michèle Drechsler : "Pratiques du socialbookmarking dans le domaine de l'éducation. Affordances sémantiques, socio-cognitives et formatives" - Avis de soutenance.P.I. : Quelle importance occupe la démarche métacognitive dans ta relation avec les enseignants que tu accompagnes et inspectes ?M.D. : Quand j’étais enseignante, la compréhension et la métacognition en vue d'une résolution des difficultés d'apprentissage étaient des pistes pour une meilleure remédiation aux difficultés de mes élèves. J’ai toujours essayé de chercher les modalités permettant de surmonter les échecs de l'apprenant et connaître les processus cognitifs qui sont à l'oeuvre pour une aide pédagogique.La démarche métacognitive est tout à fait présente dans mes relations avec les enseignants pendant l’inspection mais aussi lors des stages de formation continue. Elle a toute sa place aussi dans le socialbookmarking. En faisant appel à la métacognition, je m’intéresse à la professionnalisation des enseignants, aux processus mêmes du développement de leurs compétences. Je cherche en quelque sorte à comprendre leurs façons d'apprendre à gérer des apprentissages. D’une façon générale, je m’interroge sur les stratégies d'apprentissage que les enseignants mettent en place pour faire réussir tous les élèves.
Avec l’arrivée du numérique, la dimension métacognitive est cruciale.
Dans un dispositif de formation à distance, et comme le précise Jacques Rodet, « le métacognitif renvoie à l’ensemble des activités que l’apprenant devrait réaliser pour avoir un regard distancié sur sa formation. C’est cette prise de distance qui peut favoriser l’accroissement de son autonomie. Le tuteur doit donc favoriser la posture métacognitive de l’apprenant en facilitant la planification du parcours d’apprentissage, l’évaluation des stratégies d’apprentissage ainsi que l’autoévaluation de l’apprenant. » (Cf. http://blogdetad.blogspot.com/2008/03/retour-surle-sondage-pour-quel-type-de.html)Par exemple, l’outil de socialbookmarking « Diigo » avec toutes ses fonctionnalités - commentaires, visualisation des utilisateurs d’une même ressource, découverte d’usages de la même ressource dans des contextes variés… - peut faciliter la mise en place « d’un champ instrumental collectif » qui permet de rendre compte a posteriori du degré d’utilisation de la ressource éducative et développer la professionnalisation des enseignants.P.I. : Le socialbookmarking te semble t-il une pratique à encourager parmi les personnels enseignants et en particulier pour les intervenants dans les dispositifs à distance, les tuteurs ?M.D. : Dans ma thèse, j’ai analysé les travaux de George Siemens et j’ai retenu quelques principes essentiels de sa théorie pour ma recherche. Le connectivisme de Siemens reconnaît la centralité de l'apprentissage avec une place importante accordée à l'activité sociale, la possibilité de créer des réseaux personnels, de proposer une interactivité et un engagement dans les tâches expérientielles. En tant que tel, le connectivisme m’a semblé particulièrement adapté aux principes de l'ère du Web 2.0 pour le socialbookmarking. Le connectivisme prend en compte les connexions qui nous permettent d'apprendre. J’ai étudié quelles étaient les procédures de connexion des praticiens du socialbookmarking et quelles étaient leurs nouvelles façons d’apprendre à ligne grâce aux réseaux. Apprendre avec des plate-formes de socialbookmarking, exige des apprenants de la métacognition pour faire face à la non-linéarité de la masse d'informations, ceci sans perdre trop de temps. Les lieux d’auto-régulation et les capacités métacognitives y sont des facteurs clés pour l'efficacité de l'apprentissage dans ce réseau de connaissances omniprésentes de part tous les flux d’informations générés lors du partage de signets de ressources et les commentaires.J’ai montré que le socialbookmarking permet la mise en place de PKM ( Personal Knowledge Management) défini par Steve Barth (2000) comme un « un ensemble de techniques et d’outils relativement simples et peu coûteux que chacun peut utiliser pour acquérir, créer et partager la connaissance, étendre son réseau personnel et collaborer avec ses collègues sans avoir à compter sur les ressources techniques ou financières de son employeur ». J’ai expliqué comment le socialbookmarking peut s’inscrire dans le cercle du PKM (Personal Knowledge Management). Cette donnée est importante car comme précisait François Taddei, « dans un monde en mutation rapide, l’avenir appartient à ceux qui sauront mettre à jour leurs savoirs » (2009). Cela concerne particulièrement le monde de l’éducation. P.I. : Sous quels angles théoriques et pratiques as tu commencé à travailler sur la métacognition ?M.D. : J’ai beaucoup travaillé sur ces questions de métacognition dès l’arrivée des ordinateurs dans les écoles, en 1984, 1985. J’ai suivi les programmes de 1985 qui prenaient en compte l’informatique comme objet d’étude. Cela a fait l’objet de différentes interventions et communications pour le développement d’une culture numérique à l’école. Par exemple, Drechsler 2008, "L’informatique à l’école. Analepse et prolepse pour une discipline retrouvée ?" A l'époque, j'ai fait plusieurs communications sur le thème de la métacognition dans le domaine de l’informatique avec l’approche de la programmation à l’école. Je me suis référée à la pensée de Papert en particulier : « Penser sur sa pensée c'est devenir épistémologue, c'est entrer dans une étude critique de sa propre réflexion. Une expérience que bien des adultes ne vivent jamais.» !Ainsi, j'ai voulu aborder des questions comme : "L’école saura t-elle intégrer Logo, Smalltalk, des langages « objets » pour le développement d’objectifs métacognitifs, " peut-on dire qu'il s'agit d'un tiercé gagnant pour « apprendre à apprendre », une clé pour la réussite scolaire ?"P.I. : Comment as tu connu la liste linkedin sur la métacognition ? ( je ne crois pas qu'il existe l'équivalent pour le public francophone sur ce thème là et cette modalité de groupe en ligne)M.D. : Je suis sur Linkedin depuis plusieurs années. Je m’inscris dans les groupes qui m’intéressent et qui concernent divers thèmes : les TICE, l’intégration des TICE pour l’éducation, les logiciels libres, le socialweb pour l’éducation, les sciences cognitives, la culture numérique, la maîtrise de l’information.Je consacre un temps très important pour mener une veille efficace et mettre à jour mes connaissances dans ces domaines qui m’intéressent énormément. La métacognition est au cœur des apprentissages et elle est une des clés pour la pédagogie . Je me suis inscrite dès la création du groupe par Alvin Yut qui est directeur à l’Université Rutgers (New Jersey), en Février 2009.Extrait des objectifs du groupe Metacognition : "Ce groupe a pour thème les questions de l'apprendre à apprendre. Thèmes associés : l'apprentissage tout au long de la vie, l'apprentissage des étudiants, l'autoformation, l'autogestion de la formation, les capacités nécessaires à la réussite des études, les styles d'apprentissage, le constructivisme, les scolaires ( K-12) l'éducation au collège, l'andragogie, la formation des salariés, l'entreprise formative, la gestion des talents, l'apprentissage organisationnel, la réforme du travail et de la formation. L'objectif de ce groupe est de tenter l'intégration de membres de différents horizons dans une conversation unique en relation avec la métacognition. Les trois principaux sous-groupes sont 1 l'apprentissage des étudiants, 2 l'apprentissage organisationnel dans les entreprises, 3- la recherche et le changement concernant la métacognition et les l'apprentissage tout au long de la vie."P.I. : Tu as été la première, en tant que chercheuse, à commencer ton intervention dans le groupe par une définition du terme et de ses concepts afférents ? Est-ce une impression ?M.D. : J’ai essayé d’approfondir le terme « Metacognition » en faisant référence à diverses définitions. Voir notamment les recherches citées dans cet article, Theo L. Dawson, 2008, Metacognition and learning in adulthood ( Métacoginition et apprentissage à l'age adulte). P.I. : As tu identifié une ou des définitions de l'apprentissage à l'apprentissage dans les échanges que tu as pu lire sur la liste ?M.D. : Lors des échanges sur la liste, j’ai surtout essayé de voir dans quelles mesures le sociabookmarking impliquait des démarches faisant appel à la métacognition. Il a fallu préciser des termes de vocabulaire.P.I. : Quels sont les profils professionnels que tu as pu observer parmi les participants, les chercheurs sont ils les plus nombreux, les formateurs, les les responsables de formation, les consultants d'entreprise sur le KM ? Autres ?M.D. : Il y a eu tous les profils possibles et c’est intéressant justement d’avoir des regards croisés sur la question : des praticiens, des spécialistes en ingénierie pédagogique, des formateurs, des enseignants… Les chercheurs universitaires étaient minoritaires.
P.I. : As tu le sentiment de l'existence d'écarts entre nos référents théoriques "latins" et les référents de ce public à majorité anglo-saxonne /américaine ? Cette différence se perçoit-elle par l'approche de la question, le type d'exemples fournis ? la relation au Comment et au Pourquoi ? La culture technologique.M.D. : J’ai noté quelques différences. Par exemple, le socialbookmarking est intégré dans des dispositifs institutionnels de l’Australie qui s’est emparé de cet outil au service de la formation des enseignants. Ma thèse met en valeur justement toutes les potentialités, les affordances du socialbookmarking dans le domaine de la formation. Au Québec, on peut noter l’influence du travail des chercheurs Carl Bereiter et Marlène Scardamalia qui ont développé le logiciel Knowledge forum qui est beaucoup utilisé dans les écoles et qui favorise la co-construction des connaissances en ligne. Il est difficile de généraliser pour les USA puisque chaque état établit ses programmes dans le domaine des TICE. On peut noter l’influence de Paul Resta qui a joué un rôle à l’UNESCO http://www.edb.utexas.edu/education/centers/ltc/about/resta/P.I. : As tu poursuivi des échanges avec certaines personnes en dehors du groupe Metacognition ? As tu observé que les personnes sont en lien par ailleurs ?M.D. : J’ai dialogué avec Margarida Romero qui a travaillé sur la métacognition et qui m’a communiqué les références de son dernier ouvrage. Educational Social Software for Context-Aware Learning: Collaborative Methods and Human Interaction (2009)
Pour ma part, je poursuis un travail sur la notion de métacognition en liaison avec les TICE, en montrant l’importance de la programmation, la place de l’interaction avec l’ordinateur dans les processus d’apprentissage. Je travaille sur ces questions dans de nombreux groupes internationaux.
P.I. : Michèle, je te remercie pour ces repères théoriques et académiques, ainsi que pour ton témoignage. Je te souhaite d'excellentes fêtes de fin d'années.Référence
Steve Barth, The power of one, Knowledge Management Magazine, Décembre 2000
Pour prendre contact avec Michèle DrechslerTwitter Linkedin
iLearning Forum Paris 2010 ouvrira ses portes les 18 et 19 janvier 2010 au Palais des Congrès de Paris. Je donnerai une conférence le lundi 18 à 16h30 intitulée : L'ingénierie tutorale pour mettre en place les systèmes tutoraux des apprenants à distance.L'ingénierie tutorale se propose de définir et d'instrumenter les services tutoraux en direction des apprenants des dispositifs de formation à distance ou hybrides. Après avoir présenté les principales actions relevant de l'ingénierie tutorale (de l'analyse des besoins de support à la définition du modèle économique), j'illustrerai mon propos par la présentation du système de tutorat en fonctionnement au sein du Master MFEG de l'université de Rennes 1.Au plaisir de vous y rencontrer !
MINI BIOJacques Rodet, consultant-formateur en FOAD, est également maître de conférence associé à l'université de Versailles Saint Quentin-en-Yvelines et membre du laboratoire de recherche LAREQUOI. Enseignant-tuteur au sein du master MFEG de Rennes 1, il y donne un cours intitulé "Ingénierie et stratégies de support à l'apprentissage". Il est l'initiateur et l'animateur de t@d, la communauté de pratiques des tuteurs à distance qui publie la revue Tutorales.
Vendredi 18 décembre, j'anime une rencontre intitulée Comment organiser un tutorat à distance efficace au meilleur coût. Elle réunit une quinzaine de personnes étant chefs de projet e-learning, responsables de formation, formateurs, issues de grandes entreprises, d'organismes de formation, de collectivités territoriales, d'entreprises e-learning ou étant indépendants.
Au programme
- Comment garantir la qualité des formations en ligne ? - Comment assurer un tutorat performant ?- Comment mettre en place une organisation rigoureuse de l’encadrement en ligne ?- Comment maîtriser les coûts du tutorat ?
Si ces sujets vous intéressent, que vous êtes impliqués dans un projet de formation en ligne, que vous voulez offrir des services d’accompagnement et de tutorat de qualité à vos apprenants à distance, n'hésitez pas à prendre contact avec moi par mail, sur Viadeo ou sur Twitter et à consulter mon offre professionnelle.
« L’insertion professionnelle est l’un des facteurs majeurs de l’insertion sociale des individus, tant pour l’obtention de ressources financières nécessaires à un minimum d’autonomie que pour l’établissement de liens sociaux afin de donner à chaque individu un statut valorisant reconnu dans la société dans laquelle il vit. Toutes les statistiques montrent un déficit considérable de l’embauche des personnes handicapées par rapport au reste de la population et les handicaps mentaux et psychiques sont particulièrement pénalisés » (Wolff M. et Sperandio J.C. oct. 2005). « Actuellement, peu d’autistes sont intégrés professionnellement en milieu ordinaire. Ces cas existent et doivent être étudiés finement ». (ANAE 2005).
En deçà de l’information institutionnelle sur le handicap transmise par les cabinets de consultants spécialisés, les ressources humaines et les associations de personnes handicapées, il est une immédiateté de la relation sur le terrain de l’insertion d’une personne en situation de handicap qui renvoie chacun des acteurs à ses propres capacités de perception, et à sa construction territoriale personnelle et qui s’exprime de façon non verbale indiquant au partenaire le champ des possibles entre eux. « Dans cet engagement dans la relation, se niche l’impossibilité de ne pas communiquer par au moins un « canal », qu’il soit verbal, kinésique ou proxémique ». (Birdwhistell R.). L’étude d’une situation contemporaine triviale, celle de l’individu qui « ne peut» employer de façon acceptable l’idiome cérémoniel de son groupe … peut constituer une source d’enseignements quant à la nature des cérémonies» (Goffman E., 1974) pour le monde de l’entreprise.
L’insertion et le maintien d’une personne en situation de handicap psychique en entreprise ordinaire vient interroger clairement les individus sur ce qu’ils peuvent échanger et jusqu’où. « Si un individu échoue à préserver ce que les autres estiment une apparence convenable, et s’il refuse de se soumettre à ceux qui sont chargés de le rendre présentable, ceux-ci ne pourront accomplir leur tâche qu’au prix de sa dignité et de la déférence qu’ils lui doivent, ce qui risque alors de créer en eux des sentiments complexes (Hall E.T., 1966) voire «de très fortes humiliations » (Nuss M. 2008).
Je suis le fusible de l’entreprise me disait en tout début d’un premier entretien informel le tuteur de Monsieur Jean. Le sentiment d’usure du tuteur et sa solitude à gérer la fragilité du handicap indiquent clairement que d’autres ressources internes et externes à l’entreprise sont à trouver.
Il en est une que Monsieur Jean a développée : celui des « tuteurs-relais » ainsi baptisés par son tuteur. Ces individus se trouvent chacun à un étage dans un bâtiment qui en compte sept répartis sur deux ailes avec cinq cents personnes. Ces tuteurs-relais, choisis par Monsieur Jean, autiste Asperger seraient apparentés à un groupe d’individus dont les capacités de perceptions, de communication kinésique et proxémique sont particulières.
Ces particularités ne seraient-elles pas justement celles qui font qu’une Direction de Ressources Humaines aurait intérêt à privilégier lorsqu’elle propose des tuteurs à une personne en situation de handicap, quelque soit le handicap ? Si oui, Monsieur Jean ne serait-il pas acteur de son maintien non seulement par sa fiabilité dans ses missions, sa présence constante à son poste, son comportement qui appelle autour de lui à une intelligence distribuée mais aussi par sa compréhension dite «intuitive» de la juste relation qu’il peut entretenir avec les uns et les autres sur le terrain ?
Au cœur de la mission de tuteur d’entreprise se joue le « maintien de l’identité personnelle », et celui du « maintien de l’ordre social » (Nizet et Rigaux 2005).
Points d'attention
JURIDIQUE : Les tuteurs de personnes en situation de handicap ne sont pas reconnus par l’entreprise ni sur le plan du salaire, ni sur le plan du temps, ni souvent dans l’organigramme institutionnel des réunions. Les Comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail peuvent devenir des partenaires utiles pour relayer le tuteur en entreprise.
MEDICAL: Une évaluation fonctionnelle de la personne en situation de handicap par le biais du guide d’évaluation des besoins de compensation des personnes handicapées (GEVA) vient en appui de l’appréciation individualisée et globale de la situation de la personne. Cet élément fondamental introduit par la loi du 11 février 2005, n’est presque jamais engagé en entreprise car il n’est pas encore identifié comme un outil d’insertion et de maintien par les ressources humaines.
SOCIAL : Des partenaires extérieurs au tutorat peuvent ponctuellement venir enrichir les pratiques et éclairer certaines situations. Ils sont rarement sollicités : assistante sociale de secteur, médecin du travail, ergothérapeute, ergonome, éducateur spécialisé. Ils répondent à des besoins bien spécifiques. On les trouve dans les MDPH, conseils généraux, établissements spécialisés.
PSYCHOLOGIQUE : Se rappeler qu’il existe deux formes d’approche psychologique : clinique et comportementale. C’est l’évaluation fonctionnelle qui permettra d’aller vers un thérapeute ou un autre. L’approche comportementale en entreprise est bien développée dans les pays anglo-saxons mais peu ou pas utilisée en France. Le tuteur et/ou la personne en situation de handicap peuvent faire l’objet de cette démarche. La prise en charge est négociable dans le cadre de la prestation de compensation et des aides à l’insertion.
Illustration, Sigmar Polke, sans titre (2001-2006)
Face à ses propres fragilités la personne en situation de handicap tisse son fil au travers de notre quotidien et le croise avec des personnes de confiance. C’est ce double « je » qui semble être le cœur du binôme tuteur/personne en situation de handicap. Une mutuelle présence à l’autre. Pourquoi eux ? Pourquoi moi !? répond le poète…
De cette alliance fragile obtenue par la confiance et la reconnaissance mutuelle, l’entreprise, les établissements et les familles doivent tirer les leçons qui s’imposent et construire autour de la personne en situation de handicap un certain nombre de points d’ancrages complémentaires au tutorat que les lois, les institutions, les services et les formations proposent et qui puisse permettre une navigation au long cours.
S’il convient d’informer sur les stratégies à mettre en place autour de la personne en situation de handicap, il est tout aussi nécessaire d’identifier sereinement les comportements décalés pour qu’on puisse trouver des tuteurs de résilience, formant avec la personne en situation de handicap, une dynamique de « tisserands sociaux ».
C’est de cette imbrication : personne en situation de handicap, tuteurs, collectif de travail ou de proximité dont il sera question dans cette chronique.
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Hélène BUKIET fut enseignante auprès d’élèves en difficulté pendant plusieurs années et a créé voici dix ans l’association parisienne de recherche en pédagogie active. Devenue directrice d’école déchargée de classe, elle a initié un projet sur la gestion des conflits en milieu scolaire ordinaire ainsi que plusieurs projets associatifs sur le handicap en utilisant divers outils en psychologie, pédagogie et ressources humaines.
Affectée de surdité dès la naissance, appareillée et reconnue « Travailleur handicapé », elle a choisi d’enrichir ses compétences sur les handicaps en suivant une formation de « Consultante en insertion du handicap » au Cnam avec la soutenance d’un mémoire portant sur « Le tutorat de personnes en situation de handicap psychique en entreprise ordinaire».
Elle mobilise actuellement son expertise sur les handicaps en poursuivant des études de « Manager » au Cnam dans le but de conseiller les entreprises et les associations.
Hélène Bukiet
Consultante en insertion du handicap
lestisserandsociaux@live.fr
Organisée par l'Enact au Corum de Montpellier, les 1er et 2 février 2010, les Assises territoriales de la FOAD proposent aux participants un état des lieux, des ateliers et témoignages, ainsi que des démonstrations de produits. Parmi les ateliers proposés, nous notons plus particulièrement celui intitulé Atelier 2 – Accompagner et être accompagné à distance.
Les ateliers, permettant la rencontre entre toutes les catégories d'acteurs de la FOAD (Apprenants, Documentation, Administration, Technique, Communication) vont vous offrir la possibilité de confronter vos points de vue, d'exposer vos expériences, de croiser vos approches, d'identifier des enjeux, de partager des ressources, de dégager des points d'ancrage.Toutes les informations sur l'organisation, vos suggestions, votre inscription sur ce sitePour plus d'information ou si vous désirez apporter votre témoignage,
veuillez contacter Fabienne ODILE (fabienne.odile@cnfpt.fr) ou tél : 04 67 99 76 35
Nous avons le plaisir de vous annoncer la publication du n°5 de la revue Tutorales que vous pouvez télécharger ici. Nous reproduisons ci-dessous son sommaire ainsi que l'éditorial.
Sommaire - Analyse critique de pratiques d'accompagnement dans des dispositifs hybrides de Jean Yves Trespeuch- Entretien avec Madeth May- Inconvénients de la figure du « tuteur-orchestre » de Jacques Rodet- Actualité de la recherche sur le tutorat à distance
Editorial
Les dispositifs de formation hybrides présentent une large variété d'organisation et de place accordée aux activités en présentiel et à distance. Il n'est donc pas très étonnant de constater là aussi de grandes différences dans la manière dont les interventions d'accompagnement et de tutorat sont menées. Si celles-ci dépendent en grande partie de la maquette de la formation et de son orientation pédagogique, il n'est pas inintéressant d'établir un certain nombre de comparaisons entre ces formes et actions de support à l'apprentissage.
C'est ce que Jean Yves Trespeush, réalise dans son article « Analyse critique de pratiques d'accompagnement dans des dispositifs hybrides ». Après avoir présenté les trois dispositifs hybrides sur lesquels il est intervenu, il étudie, à partir de différents critères (place relative de l'encadrement en fonction du type de ressources de contenu, l'exclusion dont sont victimes certains apprenants, la pluralité des intervenants assumant des tâches tutorales) les différentes formes d'accompagnement. Il évoque aussi la nécessaire reconnaissance que devraient avoir les tâches tutorales et préconise que celles-ci fassent l'objet d'une réelle traçabilité.
Sur ce dernier point, l'entretien que j'ai eu avec Madeth May permet de poser quelques jalons qui sont prometteurs pour la difficile tâche d'interprétation des traces laissées par les apprenants sur une plate-forme. L'outil TrAVis, développé par l'équipe à laquelle Madeth May appartient à l'INSA de Lyon, semble prometteur d'une analyse non plus uniquement quantitative mais autorisant aussi la production de traces au niveau sémantique.
Les nombreuses publications sur le tutorat à distance dont vous trouverez les dernières nouveautés en fin de ce numéro de Tutorales tendraient à démontrer que désormais, les fonctions, les rôles et les tâches des tuteurs sont bien identifiés et qu'il ne reste plus qu'à les mettre en œuvre. Pour autant, nous le savons bien, de la réflexion à la pratique le pas est souvent difficile à franchir. Une des raisons tient peut-être au fait que les acteurs raisonnent trop souvent en terme de profil idéal de tuteur, ce que je nomme la figure du « tuteur-orchestre ». C'est pourquoi, il m'a semblé utile d'insérer dans cette livraison, un récent billet publié dans le Blog de t@d dans lequel je mets en avant les différents inconvénients à n'envisager le tutorat qu'autour de ce type de profil, ce qui amène à négliger la mise en place d'un système tutoral devant faire l'objet d'une véritable ingénierie tutorale.
Jacques Rodet
SkolaBlog a lancé il y a quelques semaines une série d'entretien avec des pédago-blogueurs. Parmi les questions posées, il y en a une qui nous intéresse plus particulièrement ici : "Le tutorat vous semble-t-il nécessaire à la réussite d'une formation en ligne ?"
Alors que 10 entretiens sont parus, il est temps de faire un petit bilan. 9 pédago-blogueurs sur 10 sont persuadés que le tutorat doit tenir un rôle en formation à distance et dans le e-learning. Ceci est plutôt réjouissant et confirme que le message est désormais bien passé... reste aux institutions à mettre en oeuvre !
L'intégralité des entretiens est à lire sur Skola-Blog
Les réponses des pédago-blogueurs à la question "Le tutorat vous semble-t-il nécessaire à la réussite d'une formation en ligne ?"
Ocarbone
Sans tutorat une formation en ligne devient une autoformation. La question revient donc à dire "une autoformation peut elle être efficace ?". Oui, bien sur mais pour les autodidactes seulement !
A noter, le tutorat peut être porté par d'autres apprenants et par forcément un professionnel. Cependant, l'efficacité des dispositifs de co-apprentissage repose sur les compétences pédagogiques des apprenants. Autrement dit, pour former des formateurs le co-apprentissage c'est génial !!
Fabrice Gly
Oui, un formateur est nécessaire, ne serait-ce que pour répondre aux questions, via un forum, par courrier électronique ou tout autre moyen. S'il peut aussi donner des conseils sur les axes de formation, en procédant de manière différenciée suivant le niveau de chaque apprenant (ou de chaque groupe d'apprenant), c'est encore mieux.
Jérôme Hidalgo
Non. Au risque de faire bondir certains collègues, je pense que le tutorat ne s’applique de loin pas à toutes les configurations de formation en ligne. Lorsque par exemple je me forme à Photoshop sur Weecast, je n’ai pas de tuteur et je n’en ai d’ailleurs pas besoin. Quelque part le tuteur est là pour combler les déficiences de la conception pédagogique multimédia. Lorsque le module elearning n’est pas suffisant pour atteindre l’objectif pédagogique, alors oui il y a besoin d’un tuteur, sinon la question reste ouverte.
Là où un apport humain est à mon avis le plus efficace, c’est ponctuellement avant et après une formation. Avant la formation pour coacher les apprenants et leur donner les différentes consignes. Après la formation pour répondre aux questions restées sans réponse à l’issue de la formation en ligne.
Stéphane Leprince
Il est essentiel, et demande beaucoup de temps. Philippe Gaberan responsable pédagogique de la formation en alternance des moniteurs éducateurs et éducateurs spécialisés, a d'ailleurs banalisé des temps sur les emplois du temps pour les formateurs pour effectuer ce tutorat et l'animation de la formation. Ces temps sont repérés comme de réel temps de face à face pédagogique et non pas de préparation/correction de cours. Les blogs de formation individuels de nos stagiaires étant le point central de leur formation pour le rendu de leurs écrits, nous nous devons de commenter ces écrits et travaux. Philippe, pour continuer cette dynamique anime lui même un blog de la formation pour les stagiaires.
Jérôme Deiss
Pas nécessaire mais obligatoire, une formation en ligne sans tutorat est vouée à l'échec...
Christophe Batier
Par rapport à mon expérience à l’université, je suis peut être mal placé pour répondre à cette question car nous avons mis nos enseignants auteurs dans le rôle du tuteur, généralement de leurs contenus.
Nous avons une vision qui rend indissociable ces deux rôles.
L’animation, la motivation, peuvent être stimulées directement entre les étudiants et le rôle de l’enseignant doit rester majeur et incontournable.
Isabelle Dremeau
Bien sûr et Jacques RODET est bien placé pour nous parler des différents rôles (présents et à venir) du formateur- tuteur !
Richard Peirano
ouuuuuuuuuuuuuuuuuiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
Christophe Jaeglin
Oui, d'une manière ou d'une autre , je pense que le facteur humain sera toujours présent et indispensable au bon déroulement de la formation. Bien qu'essentiel, ce temps de formation n'est souvent pas reconnu/rémunéré par beaucoup d'institutions.
Jacques Rodet
Oui, un formateur est nécessaire, ne serait-ce que pour répondre aux questions, via un forum, par courrier électronique ou tout autre moyen. S'il peut aussi donner des conseils sur les axes de formation, en procédant de manière différenciée suivant le niveau de chaque apprenant (ou de chaque groupe d'apprenant), c'est encore mieux. Oui, le tutorat est un élément incontournable pour la réussite d'une formation en ligne. Encore faut-il s'entendre sur la notion de formation en ligne. S'il s'agit, comme pour de nombreux produits e-learning, de simplement améliorer l'efficacité de la transmission d'un message par sa médiatisation puis de vérifier que les récepteurs l'ont bien intégré à travers un QCM, il est difficile, selon moi, de parler de formation et dans ce cas le tutorat n'est pas utile. Si on admet que la formation en ligne, comme toute formation, vise la construction de connaissances, le développement de savoir-faire et de savoir-être, le tutorat est alors indispensable et un facteur déterminant de l'atteinte de leurs objectifs par les apprenants.
Un nouveau DU voit le jour à l’Université de Franche-Comté. Il s’agit du DU CADIF (Conception et Animation de Dispositifs FOAD) dont la première session aura lieu à partir du 16 septembre 2010.
Eléments remarquables du programme, les deux cours consacrés au tutorat et à l'accompagnement représentent un quart de la durée totale de ce parcours de 180 heures. Ainsi les futurs apprenants du CADIF se formeront aux :
Techniques d'animation en ligne- Historique de la relation tutorale + les types de tutorat
- Les rôles et les fonctions du tuteur
- Le travail collaboratif
- Techniques de préparation et d’animation asynchrone
- Techniques de préparation et d’animation synchrone
Suivi des apprenants
- Etat de l’art, suivi
- Analyse des traces
- Construire des outils de suivi
Présentation générale du CADIFVous désirez vous former pour devenir chef de projet dans des dispositifs de formation ouverte ou/et à distance (autrement baptisés e-formation, e-learning ou encore dispositifs hybrides - blended learning, en anglais -), concepteur de ressources d'apprentissage multimédia en ligne, tuteur / accompagnateur d'apprenants en ligne, le DU Cadif vous propose de développer vos compétences :- Concevoir et gérer un dispositif FOAD en tant que chef de projets
- Scénariser des contenus, séquences et parcours pour la FOAD et concevoir des ressources d’apprentissage en ligne avec les outils multimédia adaptés
- Accompagner à distance des apprenants (techniques d’animation en ligne, suivi des apprenants)
- Connaître les plates-formes de FOAD et savoir les administrer
La formation se déroule sur un semestre pour une durée totale de 180h (115h en présentiel et 65h à distance)