lundi 17 octobre 2011

A propos de l'annonce d'Adrien Ferro sur la venue de l'heure du tutorat social. Par Jacques Rodet

Claude Viallat. Aigues Mortes.
Notre Dame des Sablons, 1992
Adrien Ferro, a publié récemment un billet intitulé "Venue est l’heure du tutorat social ! Première partie : Un esprit R&D".

Outre le fait que nous avons l'habitude d'échanger ensemble, en particulier au sein du Master MFEG de Rennes 1 où nous donnons des cours, l'expression même de « tutorat social », proposée par Adrien, m'a suscité les réflexions suivantes. Celles-ci ne seront réellement appréhendables qu'après lecture du billet d'Adrien.

L’expression « tutorat social » désigne-t-elle autre chose que le tutorat ? Existe-t-il un tutorat non social ?

Tout d’abord, il est utile de rappeler que tout dispositif de formation a une dimension sociale, ne serait-ce que de par sa fonction de causateur et de récepteur de médiations entre les individus qu’il réunit. Par ailleurs, si comme je le soutiens, le tutorat s’inscrit dans une relation d’aide (cf. mon texte Formes et modalités de l’aide apportée par le tuteur in Le tutorat en formation à distance. De Boeck, 2011), sa fonction sociale est tout aussi évidente.

L’expression « tutorat social » n’étant probablement pas un pléonasme, elle doit donc renvoyer à une autre réalité (… ?). L’adjectif social ne doit pas avoir la même fonction que d’autres termes accolés au tutorat, tels que tutorat d’accueil, tutorat pédagogique, tutorat technique (… ?).

J’interprète donc que le tutorat social serait l’investissement de fonctions tutorales par un réseau social. En ce sens, il se rapprocherait d’une des formes de tutorat investie par les apprenants eux-mêmes : le tutorat par les pairs. Les pairs, n’étant plus ceux d’un groupe classe ou d’une promotion mais des utilisateurs-joueurs d’un jeu (… ?).

Plusieurs questions se posent alors. Le tutorat à distance suppose l’établissement d’une relation d’aide reconnue comme telle entre le(s) tuteur(s) et le(s) tutor(és). Ainsi, il est utile que le cadre de cette relation soit spécifié au sein d’une charte tutorale co-élaborée par les acteurs. Dès lors que les entrées et sorties dans le jeu et dans le réseau de joueurs sont permanentes, ne devient-il pas plus difficile ou trop dispendieux d’obtenir cet engagement social de chacun ? La communication de l’anonyme ou quasi s’adressant à d’autres anonymes n’est pas propice à l'établissement d'une relation tutorale. Le tutorat social ne se limiterait-il donc pas à un dépannage, solidaire ou corporatiste dans sa meilleure version et l’équivalent d’une hot-line dans sa mouture la moins intéressante, du moins pédagogiquement ?

Mais peut-être que cette hypothèse n’est pas encore la bonne et qu’il s’agit en fait d’un tutorat non formel où le fortuit des interactions lié aux entrées et sorties permanentes dans le réseau de joueurs soit l’alternative à une ingénierie tutorale (… ?). Toutefois, le scénario d’un jeu nécessitant une ingénierie de grande précision, il serait étonnant, bien que constaté dans de nombreux serious game, que d’ingénierie tutorale, il n’y ait point (… ?).

Comme tu le vois, cher Adrien, ton expression de « tutorat social » m’interroge et nécessite, à mon sens, une définition plus précise que celle que tu as suggérée jusqu’à maintenant.

Au plaisir de te lire,
Jacques

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