vendredi 2 juillet 2010

La fonction d'encadrement à travers l'intelligence informationnelle. Par François Pettigrew


"La connaissance s'acquiert par l'expérience,
tout le reste n'est que de l'information.
"
Albert Einstein

Idéalement, ce billet n'aurait comporté que quelques mots et un lien hypertexte vers une version électronique du livre auquel j'ai contribué et qui porte sur l'intelligence informationnelle. Malheureusement et paradoxalement, ce livre n'existe qu'en version papier. On peut se le procurer sur le site de l'ASTED (Association pour l'avancement des sciences et des techniques de la documentation; voir lien dans les références). Je n'ai rien contre le fait de payer pour une version papier, mais l'absence d'une version électronique gratuite en libre accès me surprend et m'attriste, surtout venant d'une association comme l'ASTED.

Ceci dit, le sermon est terminé, revenons à nos moutons. Je m’inspirerai de certains passages de mon chapitre dans les lignes qui suivent. Dans ce billet, je parlerai de l’intelligence informationnelle dans le contexte de l’éducation à distance. Je définirai brièvement le concept d’intelligence informationnelle, mais je veux surtout, tout aussi brièvement, faire un lien entre éducation à distance et intelligence informationnelle, à travers la fonction d'encadrement.

En juillet 2008, deux ingénieurs de Google Search annonçaient qu’ils avaient répertoriés 1 trillion d’adresses URL différentes (Alpert et Hajaj, 2008). De leur point de vue assez unique, ils estiment que le Web grossit de plusieurs milliards de pages par jour. Quiconque ne sait pas naviguer dans ce flot d'information limite sérieusement ses perspectives.

Selon l’American Association of School Librarians (2007), la litéracie informationnelle a progressé d’une définition relativement simple, faisant référence à la capacité d’utiliser des ressources de référence pour trouver de l’information, à des litéracies multiples incluant le numérique, le visuel, le texte et la technologie. Nous avions donc besoin d’un concept pour éclairer cette nouvelle réalité. C’est pour répondre à ce besoin qu’a été créé le concept d’intelligence informationnelle.

Dans son sens de compétences informationnelles, on peut s’en remettre à la définition de l'American Library Association (1989) qui, traduite librement de l’anglais, stipule qu'être compétent dans l'usage de l'information c’est avoir appris à apprendre. C’est savoir comment la connaissance est organisée, comment trouver l’information, et comment utiliser cette information de telle sorte que d’autres peuvent apprendre. C’est être préparé à apprendre tout au long de la vie, parce qu’il est alors possible de trouver l’information nécessaire à toute tâche ou décision.

Pour certains, « l’intelligence informationnelle peut être définie comme une capacité individuelle et collective à comprendre et résoudre les problématiques d’acquisition de données et de transformation de l’information en connaissance opérationnelle, c’est-à-dire orientée vers la décision et l’action. Elle peut être envisagée comme un champ théorique et expérimental commun au renseignement, à l’intelligence économique, mais également à toutes les approches centrées sur l’information comme soutien à la décision (par exemple, Bulinge & Agostinelli, 2005). »

Pour Chaudy (2008) : « l’information peut être considérée comme une marchandise, un bien public, un droit, un outil de lobbying, un outil d’aide à la décision stratégique ou encore comme une arme de communication. L’acception « intelligence informationnelle » résulte alors de l’usage stratégique de l’information au niveau de sa production, de sa diffusion, de son traitement ou encore au niveau de sa préservation ».

On peut prétendre que ces compétences ou cette intelligence sont nécessaires à l'apprentissage et à l'enseignement, mais aussi à l'encadrement. Notons avant d'aller plus loin que les dispositifs mis en place pour certains cours à distance font déjà appel à ces compétences ou à cette intelligence, dans un cadre socioconstructiviste ou connectiviste surtout, ce qui n'est pas le cas de la plupart de cours dans les grandes universités à distance. L'encadrement, qui devrait faire partie intégrale du dispositif, voit la composante informationnelle s'ajouter aux autres composantes du processus. Effectivement, le contenu du cours n'étant plus fixe, l'étudiante ou l'étudiant a tout le loisir d'explorer de nouvelles avenues, à travers ses réseaux sociaux, les contenus en ligne et la personne tutrice. Cette dernière devient alors plus une balise qu'une savante, et plus une collaboratrice qu'une enseignante.

Comme toute évolution en éducation, l'évolution de l'étudiant-réceptacle vers l'étudiant-producteur de connaissances se fait lentement, et se caractérise par des périodes de transition plus ou moins longues. Les visionnaires d'aujourd'hui seront les conformistes de demain.

François Pettigrew
Professeur, UER Éducation, TÉLUQ



Références


Alpert, J. et Hajaj, N. (2008) We knew the web was big... The Official Google Blog, http://googleblog.blogspot.com/2008/07/we-knew-web-was-big.html

American Association of School Librarians (2007) AASL Standards for the 21st-Century Learner. http://www.ala.org/ala/mgrps/divs/aasl/aaslproftools/learningstandards/AASL_LearningStandards.pdf

American Library Association (1989) Presidential Committee on Information Literacy: Final Report, Washington, http://www.ala.org/ala/mgrps/divs/acrl/publications/whitepapers/presidential.cfm

Bulinge, F., et Agostinelli, S. (2005). L’analyse d’information : d’un modèle individuel à une culture collective. Management et Communication pour une économie de la connaissance. Revue internationale Intelligence informationnelle, www.revue-r3i.net

Chaudy, S. (2008) L’intelligence informationnelle : enjeux, pratiques et faits. Société française des sciences de l'information et de la communication. http://i3m.univ-tln.fr/IMG/pdf/appel_com_Intelligence-informationnelle_2008.pdf


Enregistrer un commentaire