vendredi 9 octobre 2009

Le tutorat vu comme un projet de changement. Par Jacques Rodet


Jacques Nimier identifie 7 conditions pour qu'un changement puisse réussir. L'évolution des formateurs et enseignants vers des tâches tutorales et plus généralement la mise en place d'un système tutoral constituent bien pour une institution un projet de changement important. Les propositions de Nimier peuvent alors servir de guide pour penser celui-ci.

La première d'entre elles est qu'un « changement se prépare et demande du temps ». Préparer le tutorat revient à réaliser les différentes actions relatives à l'ingénierie tutorale que j'ai présentées dans un billet précédent. Il faut donc s'intéresser au tutorat bien avant la phase de diffusion de la formation afin d'avoir le temps nécessaire à sa mise au point.

« Un changement s'explique ». Cela revient non seulement à situer la démarche tutorale dans l'approche pédagogique du dispositif de formation dans lequel il s'inscrit mais demande également d'en préciser les fondements, les objectifs visés, les moyens envisagés. Parce que l'explication ne peut être à sens unique « un changement se discute ». Cela revient pour l'institution à aménager un espace d'échange sur son projet tutoral entre les différents acteurs (responsables du dispositif, futurs tuteurs, futurs apprenants). La production qui peut être attendue de ce groupe de travail est une charte tutorale. (cf. Produire une charte tutorale et Entretien avec Patrice Mouton).

Parce qu'un changement a des impacts sur la réalité des acteurs et des structures, « une aide au changement est nécessaire ». Celle-ci passe, outre la communication des intentions et l'association des acteurs au projet tutoral, par la formation de ceux-ci. Sur ce point, je renvoie au billet intitulé « Quels besoins de formation pour les tuteurs à distance » et aux vidéos « Les compétences du tuteur » et « La formation des tuteurs ».

Nimier indique également que « Pour changer, il faut savoir sortir des chemins habituels ». Se départir de ses réflexes, de ses habitudes d'animation en face à face est certainement essentiel pour le formateur ou l'enseignant devenant tuteur. Jacques Bahry, dans une récente intervention, indique ainsi le chemin à parcourir : « La fonction formation connaît aujourd'hui un changement de paradigme qu'Aristote résume bien en distinguant « le potier qui donne forme à une matière inerte, du jardinier qui se contente d'organiser un environnement favorable, le vivant se formant par lui-même ».

La sixième condition est qu'un « changement peur se produire à l'occasion d'une proposition des élèves ». C'est pourquoi le système tutoral doit intégrer un espace de dialogue ouvert aux apprenants leur permettant d'évaluer les prestations tutorales dont ils bénéficient et puissent faire des propositions pour son amélioration.

Jacques Nimier conclue en nous demandant de « Ne pas oublier que le changement ne se maîtrise pas : il reste toujours une part d'incertitude ». J'ajouterai qu'il y a une certaine prétention à vouloir piloter l'innovation tant le pilotage, comme la planification, renvoie à des compétences de projection, de prédiction auxquelles la véritable innovation ne peut être entièrement ramenée. Aussi, si je réaffirme la nécessité de concevoir un système tutoral, il est tout aussi important, une fois que celui-ci est en fonctionnement, de l'évaluer régulièrement pour examiner sa plasticité et sa pertinence face aux aléas auxquels un dispositif de formation en action est soumis.

Illustration :
Lilian Bourgeat, Porte gigogne, 1999

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