mercredi 18 mars 2009

Aider et évaluer les apprenants... Par Jacques Rodet

Sam Francis, Long Blue (SF-55) (L-72), 1964

Aider et évaluer, entre ces deux fonctions confiées au tuteur à distance, il existe une certaine tension. Pour mieux la saisir, il suffit de se mettre quelques instants à la place de l'apprenant. Est-ce que je suis naturellement disposé à demander de l'aide à celui qui va porter un jugement sur mes productions ? Est-ce que je ne vais pas éprouver quelques réserves à exposer ainsi mes difficultés au regard de celui qui va m'évaluer ? Est-ce que je peux compter sur mon tuteur pour qu'il fasse la part des choses entre ma demande d'assistance et l'appréciation de mes travaux ?

Les réponses de l'apprenant à ces différentes interrogations dépendra fortement de la relation établie avec son tuteur. Aussi, ce dernier à tout intérêt à bien signifier de quelle place il s'exprime, celle de l'accompagnateur ou celle de l'évaluateur.

A mon sens, les interventions d'évaluation du tuteur à distance doivent être circonscrites à la correction et à la rétroaction aux travaux. Tant que l'apprenant n'a pas remis son travail, le tuteur est dans son rôle de guide, de conseiller, d'accompagnateur. Il est donc nécessaire pour le tuteur de se tenir à une déontologie précise et énoncée : toutes les demandes d'aide et les interactions précédant la remise d'un travail évalué ne seront pas prises en compte négativement au moment de porter jugement sur la qualité du travail, mieux elles ne pourront être prise en compte que de manière positive pour l'apprenant lorsque par exemple elles traduisent une évolution intéressante de l'apprenant dans son processus d'apprentissage.

Le statut de l'évaluation pèsera aussi sur la décision de l'apprenant à demander de l'aide ou non à son tuteur. Si l'évaluation est considérée comme l'activité qui clôture un parcours de formation, qui permet de délivrer une sanction (diplômé, non diplômé), qui sélectionne (reçu, recalé, ajourné...), qui quantifie (note), bref si l'évaluation a des visées plus sommatives que formatives, c'est bien le rôle d'évaluateur sur celui d'accompagnateur qui primera dans les représentations des apprenants sur leurs tuteurs. A contrario, si l'évaluation a pour objectif l'approfondissement de leurs apprentissages par les apprenants, qu'elle donne lieu à des rétroactions consistantes et signifiantes, que celles-ci permettent à chaque apprenant de mieux se situer dans son parcours, bref si l'évaluation a des visées plus formatives que sommatives, les apprenants nourriront moins de réticences à contacter et à demander de l'aide à leurs tuteurs.

Entre évaluation sommative et formative, il y a, du moins en France, plus que des exigences institutionnelles, il y a une certaine culture, un habitus, qui pousse le plus grand nombre, mis en situation d'évaluer, à insister davantage sur les carences de l'objet évalué que sur ses points positifs. Plus grave, c'est souvent le producteur et non la production qui est ainsi jugé. En formation à distance, peut-être plus qu'en présentiel, le tuteur-évaluateur, parce qu'il est le mieux placé pour le faire eu égard à la relation entretenue avec l'apprenant, devrait toujours accompagner son évaluation de commentaires permettant de relever, à côté des manques, les réussites, même partielles, d'une production. Choisir l'évaluation formative, et donc la rétroaction plutôt que la correction, est certainement une des manières pour le tuteur de concilier plus facilement ses rôles d'évaluateur et d'accompagnateur.

Aller plus loin
Rodet, Jacques (2000), La rétroaction, support à l'apprentissage ? Revue DistanceS, CQFD, Québec, 2000.

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