lundi 25 octobre 2010

Le tutorat en FOAD éveille l'intérêt des professionnels de la formation. Par Philippe Inowlocki


Jeudi 21 octobre 2010 s'est tenue la première journée nationale sur le tutorat dans les dispositifs formation à distance et son implication dans la qualité de la formation intitulée Tutorat à distance et qualité de la formation : des témoignages et un guide. Le FFFOD avait bien fait les choses.

Récit


Cette journée a réuni à Paris à la Cité des sciences et de l'industrie pour la première fois en France plus de 80 participants, chercheurs, ingénieurs et "artisans" du tutorat en formation à distance. De "parent pauvre" des dispositifs de formation à distance, comme l'a écrit la pionnière Geneviève Jacquinot, le tutorat est en passe d'être reconnu comme un paramètre stratégique de l'amélioration de la qualité de la FOAD. La rencontre s'est déroulée en terrain familier à l'invitation de Sonia Le Louarn du FFFOD.

Après la présentation du programme de la journée par Sylvaine Roi, la parole a été donnée à Jacques Rodet qui a développé son propos autour des raisons qui font que le tutorat à distance ne trouve pas encore toute sa place dans l'ensemble des dispositifs de FOAD. Manque de connaissances sur le tutorat à distance, changement de paradigme, formation des tuteurs, ingénierie tutorale et modèle économique ont tout à tour été évoqué. Cela a été l'occasion pour Jacques Rodet de formuler des propositions concrètes comme celle de transférer 5 à 10% du budget dédié au LMS et à la production des ressources à la conception des services tutoraux. Il a également abordé trois interventions type du tuteur : le premier contact, le soutien motivationnel relié à la métacognition et au développement de l'autonomie, la production de rétroactions signifiantes aux travaux des apprenants.


Les grands témoins


Le CNED, représenté par Corinne Courtin-Chaudun, responsable des Services à la direction de l’offre et des services au Cned et Françoise Desmaison, responsable du service « Etudes, Veille, Prospective » du Cned, a rendu-compte de deux systèmes d'information des apprenants, le premier gère un numéro de téléphone unique de communication administrative et pédagogique ; le second, d'une ingénierie plus expérimentale, est confié à un chef de projet et des responsables de formations pour industrialiser les chartes de communications électroniques ( tons des messages et pertinences).

Olivier Kirsch et Olivier Fouquet du CFA du Sport de Bourgogne ont narré comment le dispositif de tutorat d'une formation de salariés chargés de l'intégration professionnelle dans leur entreprise a été élaboré. Une organisation originale d'une double fonction de tutorat nous a été présentée : le tutorat d'accueil technologique et administratif des apprenants est effectué par la même personne qui a la charge de coordonner et de soutenir l'équipe de tuteurs pédagogiques.

Yves Gillemaud, directeur du service FOAD au CNAM a fait l'analyse des pratiques des tutorats pour les formations longues du Cnam. Ses observations des comportements des acteurs des cours en ligne décrivent une analyse didactique du choix des modalités ( forum général, forum particulier à un cours, salons de discussions, messageries ) et des interactions pédagogiques ( explication-aide, organisation, restitutions-applications, collaboration-échanges) en fonction des disciplines ( mathématiques, économie, sciences sociales, etc..) enseignées et des profils de formation des auditeurs (les personnes de niveau bac peuvent accéder aux formations Bac+2) du CNAM.

Sophie Massoulier, Responsable eLearning Services à la société Demos a détaillé les offres d'accompagnement des apprenants pour les formations à distance sur la plateforme MOS. Elle a présenté une gamme d'offres de services tutoraux, de l'accueil au coaching en ligne, qui aussi bien du point de vue commercial que pédagogique semble répondre aux attentes de leurs clients pour les différentes catégories de formations dispensées par l'entreprise.

Michel Lisowski a exposé en avant-première un multimédia intitulé le guide du e-tutorat au Centre-INFFO. Le guide reconnait la paternité intellectuelle (et la maternité) des travaux de Geneviève Jacquinot, Philippe Carré et Viviane Glikman. Viviane Glikman dont la présence questionnante dans la salle a été très utile pour les débats.

Jacques Rodet et Sylvaine Roi, vice présidente du FFFOD ont joyeusement été les maîtres de cérémonie de cette journée. La discussion de synthèse a permis de reformuler les questions nécessaires sur "Quel e-tutorat pour quelle qualité ?" :

A propos des systèmes de traces dans les plate-formes de formation
  • Quels rôles peuvent jouer les tuteurs pour définir et concevoir les indicateurs de traces de l'activité pédagogique ?
  • N'y a-t-il pas là une piste pour l'amélioration des outils de pilotage de la formation et de la qualité en général ?
  • Est-ce qu'un certain nombres de traces n'ont-elles pas une simple vocation administrative pour les OPCA et les autres financeurs ?
A propos du management du dispositif tutoral
  • Plusieurs dispositifs voient apparaître la figure d'un hypertuteur, tuteur en charge de la coordination des tuteurs, est-ce une fonction qui va se généraliser ?
A propos du lien entre pratiques tutorales et contenus disciplinaires (économie, mathématiques, sciences...)
  • Des modèles didactiques d'usage et de pratique du tutorat ont été décrits lors d'enquêtes d'évaluation dans les différents organismes. Ainsi les fonctions, les rôles et les modalités de communication s'avèrent différents en fonction des disciplines enseignées.
  • L'industrialisation, c'est à dire la planification des moyens à mettre en œuvre doit en tenir compte.
A propos du choix des modalités d'accompagnement, on voit émerger une typologie de gammes d'offres de services
  • offre simple : information-documentation sur le dispositif technico-pédagogique,
  • offre de soutien disciplinaire ou métier quant aux apprentissages visés par le cours,
  • offre de coaching des personnes dans le cadre d'une formation-action en relation avec l'environnement réel de travail des collaborateurs.
  • Le choix de la modalité est fait par le commanditaire en fonction de sa connaissance des besoins des apprenants.
A propos de la co-conception et de la co-évaluation des dispositifs
  • Jacques Rodet a donné l'exemple du cours en ligne tutoré de Rennes 1 dont il a co-défini l'ingénierie tutorale, en associant les tuteurs à la définition du dispositif et en demandant aux apprenants de se livrer à une analyse du dispositif tutoral pour faire des propositions d'évolution.
A propos de la normalisation des services tutoraux
  • Serait-il pertinent de traiter le tutorat en FOAD comme un service de l'entreprise comme un autre qui puisse être décrit par des processus dans le cadre de démarches de certification pour vérifier que le service respecte des normes et des standards de qualités ( type ISO ou AFNOR ) ?
  • Au CNED, les critères de qualité des dispositifs sont définis du point de vue des apprenants (Accessibilité, Facilité de compréhension et niveau de Compétences des équipes intervenant dans le tutorat). Il s'agit aussi de poser la question : "Quels sont les services aux apprenants qui ne sont pas encore couverts actuellement ?"
La qualité d'un dispositif peut se mesurer à partir d'indicateurs et de critères comme :
  • le taux d'abandon des personnes avant la fin de la formation ou l'obtention du titre visé,
  • le taux de réussite des formations,
  • le taux de satisfaction,
  • la nature des remarques et suggestions des apprenants.
La table ronde

Dans la salle, Noëlle Leroux, chargée des TICE à l'Université Paris XIII, dans le cadre d'un dispositif de reprise d'études, évoque la situation de validation des acquis de l'expérience (VAE), où le tuteur du dispositif peut être poussé à outre-passer son rôle et de prendre en charge un travail d'écriture qui devrait être de la responsabilité de l'apprenant.

Y a-t-il un risque dans la recherche de la qualité, en particulier, lorsqu'il s'agit de chercher à obtenir des taux de réussite des apprenants les plus importants possibles, allant ainsi à l'encontre de la recherche de l'autonomie de l'apprenant ?

A propos des fonctions du tuteurs dans les dispositifs
  • Jean Vanderspelden a défendu l'idée que le tuteur peut être un tuteur présent en centre de ressources comme un APP ( Atelier de pédagogie personnalisée), qu'il faut peut-être envisager le tutorat dans des organisations qui ne sont pas construites autour de la seule et incontournable plate-forme de télé-formation.
  • Jacques Rodet a évoqué les situations de tutorat par les pairs qui ne conservent leurs intérêts pour la dynamique du groupe que lorsque l'institution ne cherche pas à faire du tutorat par les pairs une fonction au service unique celle-ci, la privant de sa dimension bénévole et engagée.
  • A l'université Paris I, au Service des Enseignements Numériques, les tuteurs sont des doctorants de troisième cycle, les enseignants-tuteurs sont eux des enseignants universitaires comme des maîtres de conférences. Il peut s'agir de fonctions identiques mais les compétences et les statuts mis en œuvre ne sont pas les mêmes.
A propos de la certification des compétences
  • Accroitre la qualité de la FOAD par le tutorat, est-ce aussi travailler à la reconnaissance statutaire des compétences et de la professionnalité du tuteur ?
  • Michel Lisowski rappelle que dans l'histoire de la pédagogie et de l'enseignement, l'enseignant a toujours eu besoin de relais qu'il s'agisse d'un tuteur-précepteur ou de la famille de l'élève.
  • La FIED (Fédération Inter-universitaire de l'Enseignement à Distance) et l'AUF mettent en place un référenciel des compétences des tuteurs comparable dans sa philosophie au C2i (certificat de compétences Informatiques et Internet) pour les pays du Sud. Le référentiel sera organisé autour de références de connaissances théoriques et de références de compétences pratiques.
  • Dans une démarche de certification de la compétence du tuteur, il y a un risque de créer des profils trop spécialisés reconnus par des diplômes trop limités.
Conclusion

Sylvaine Roi a conclu magistralement la journée en retenant quelques recommandations et stratégies proposées par les intervenants à la réflexion :
  • En amont lors du chiffrage du coût du projet, affecter un pourcentage du budget habituellement dévolu à la médiatisation à la conception du dispositif tutoral,
  • Mettre en place et faire vivre des communautés de pratiques de tuteurs au sein du dispositif de formation pour faire circuler l'information dans l'équipe en charge du tutorat et diffuser les bonnes pratiques.
  • Organiser le dispositif pour être capable de délivrer l'information pertinente et répondre, en juste à temps aux questions posées par les apprenants.
  • Apparition d'une figure de tuteur-coordinateur qui pourrait prendre le nom de hyper-tuteur ou "e-pertuteur" !
  • Selon le dispositif, sa taille, son public, la discipline enseignée, le tuteur est une fonction du dispositif ou un métier exercé à part entière.
  • La délivrance de titres certifiant la compétence de tuteur devrait aboutir à une meilleure reconnaissance de l'expertise du tuteur mais au risque de voir ses tâches et ses rôles figés.
Discussion

J'ai apprécié la proximité intellectuelle et les convergences de pratiques qui ont pu être observées de la part des intervenants lors de cette journée qu'il s'agisse d'établissements publics ou d'entreprise privée. Il s'est exprimé autour des concepts et des méthodes du tutorat un véritable consensus.

Qu'en est-il de la prospective sur les nouvelles formes d'accompagnement dans les dispositifs en ligne pour répondre à l'impératif besoin de formation tout au long de la vie ?
Les dispositifs de développement professionnel et personnel se conçoivent à distance et le tutorat y trouverait naturellement sa place, je citerai :
  • les portfolios de compétences électroniques,
  • la validation des acquis de l'expérience,
  • et la certification des compétences..
Ces dispositifs posent de nouvelles questions en terme de qualité, la mise en œuvre de normes et de standards sur les compétences et les référentiels de formation sont en voie d'être adoptées au sein des instances internationales telle que l'ISO (International Organization for Standardization).

Enfin, du point de vue des publics, on peut envisager des dispositifs socio-constructivistes qui auraient échoués il y a dix ans, mais qui aujourd'hui peuvent réussir par une plus grande capacité des apprenants à s'impliquer affectivement et cognitivement dans des réseaux sociaux, mobilisant différentes formes de tutorats et de collaboration ; là aussi, se posent de nouveau enjeux pour la qualité de la formation, entre formalisation des procédures et développement d'apprentissages informels. Histoire d'envisager l'avenir du tutorat. D'ailleurs, sans rapports, il parait que la prochaine rencontre du FFFOD traitera des applications robotiques en formation !

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