mardi 11 décembre 2007

Enquête sur le concept de modèle allostérique de l'apprendre, par Philippe Inowlocki

J'ai regardé la vidéo de l'interview de Frédéric Sibomana avec beaucoup d'intérêt et j'ai cherché les liens que Jacques établissaient avec la présentation Powerpoint de Francine Pellaud sur les modèles d'apprentissage tels qu'ils sont étudiés au Laboratoire de didactique et d’épistémologie des sciences (LDES) dirigé par M. André Giordan.

Et quel est donc la signification de cet étrange vocable de "Allostérie" pour moi qui ne suis ni biologiste, ni physicien ?

Une première recherche sur Wikipédia m'apprend que : l'allostérie (du grec λλως, allos : autre et στερεός, stereós : forme) est un concept élaboré en sciences biologiques, décrivant la manière dont les molécules telles des enzymes au sein de l'environnement de la protéine interagissent ensemble et cela à distance.

Ce concept a été formalisé par Jacques Monod, Jean-Pierre Changeux et Jeffries Wyman dans une publication de 1965.

Comme me le fait remarquer Jacques Rodet, il aura fallu 22 ans avant qu'André Giordan (1987), agrégé de biologie, emploi l'analogie de la protéine allostérique pour décrire comment les conceptions des personnes en situation d'apprentissage se structurent et se déstructurent pour créer de nouveaux aménagements. Et près de 43 ans pour que nous en discutions ici !

Le fondement du modèle allostérique de l’apprendre :
les conceptions, modelées par les multiples environnements de l’apprenant.
Giordan et Pellaud, LDES, 2001


Francine Pellaud, R-E Eastes et A. Giordan écrivent dans "Un modèle pour comprendre l'apprendre : le modèle allostérique" (mars 2007)

"Tout comme le chimiste fonde sa description de la structure de la matière sur le concept de molécule, nous considérons le savoir comme résultant de la juxtaposition de conceptions. Les conceptions constitutives du savoir étant par nature intégrées dans des structures mentales dynamiques enchevêtrées et liées par des liens de forces très variables, elles peuvent être comparées aux acides aminés des protéines. A ce titre, la biologie moléculaire fournit un exemple de protéines particulièrement adaptées à cette métaphore : les protéines allostériques, dont la structure et la fonctionnalité changent sous l’influence de leur environnement. D’où la dénomination du modèle développé ici : le modèle allostérique de l’apprendre."

Francine Pellaud (qui recherche un éditeur pour ses œuvres multimédias pour enfants) précise dans son article publié dans la revue Gymnasium Helveticum, que cette série de travaux vise non pas à proposer une énième nouvelle méthode pédagogique mais plutôt à aider à comprendre comment on apprend. Libre à l'enseignant ensuite de réfléchir à l'usage qu'il pourrait en faire dans son activité.

Reste à discuter ici la pertinence de l'emploi de concepts issus des sciences "dures" ou du vivant pour éclairer des processus de l'activité mentale et sociale. En effet, il s'agit d'un mouvement ancien et très fructueux au sein de la psychologie, pour ne citer que les travaux de Piaget par exemple, celui-ci fait appel au modèle biologique pour décrire le développement de l'intelligence et des aptitudes chez l'enfant. Car pour Piaget, c'est dans la biologie du développement de la pensée que se trouve les clefs pour comprendre les phénomènes mentaux et les processus intellectuels.

Dans le cas qui nous occupe, le modèle allostérique, il s'agit d'une métaphore pour décrire de manière didactique le développement des apprentissages. Ce n'est donc pas un modèle explicatif biologique.

Et vous, employez-vous des métaphores biologiques, corporelles ou médicales dans vos activités de tutorat ?

Comment réagissent les apprenants que vous accompagnez ? Peut-être pouvons-nous en parler ici ?

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