jeudi 4 octobre 2007

A propos des styles d'apprentissage, par Jacques Rodet

Image dans son contexte original, sur la page www.novamind.fr/education.php

Il est parfois demandé aux tuteurs de repérer les préférences cognitives des apprenants qu'ils vont encadrer. Ainsi, la Téluq met à disposition un questionnaire en ligne de 9 questions http://www.savie.qc.ca/samidps/QuestionnaireTeluq/Questionnaire1/Questionnaire1.htm permettant au répondant de se faire une meilleure idée de son style personnel d'apprentissage. D'autres ressources, en définissant les différents profils cognitifs peuvent également aider à cerner ses préférences. Parmi elles, le site de Clisthène est particulièrement intéressant http://clisthene.ac-bordeaux.fr/profilscognitifs.htm

Si il est utile à un tuteur de mieux identifier les styles d'apprentissage de ses tutorés, il n'est pas inutile qu'il connaisse aussi ses propres préférences. C'est conscient de ses facilités ou de sa répugnance pour telle ou telle stratégie que le tuteur sera à même d'adapter son propos à chaque apprenant.

Pour illustrer ceci, je reproduis ci-après la question qu'un directeur de centre de formation m'a posée et la réponse que je lui ai faite.

Quand il y a un visuel expliqué oralement :
- Certains préfèrent que le visuel soit dessiné au tableau,
- Certains préfèrent que le visuel soit déjà dessiné dans le transparent,
Quel est le mieux ? Pourquoi ?

Je suis vraiment désolé de produire une réponse aussi longue à une courte question de votre part mais comme souvent en pédagogie ce sont les questions qui sont simples et les réponses plus complexes.

Les préférences que vous citez sont relatives aux profils cognitifs des individus. Ceux qui sont plus "sérialistes" préfèrent qu'on leur raconte une "histoire" car c'est de cette manière là qu'ils mémorisent leurs connaissances. Ceux qui sont plus "globalistes" préfèrent voir directement le visuel dans sa totalité car ils mémorisent leurs connaissances sous forme d'images. Par exemple, votre consultante X appartient à la deuxième catégorie. Les chercheurs s'accordent à penser qu'il y a plus de sérialistes que de globalistes mais il faut dire que notre système éducatif prépare mal aux stratégies cognitives globalistes (Quid de l'éducation à l'image par exemple ?).

Ensuite il y a les pratiques du formateur. Un formateur a souvent tendance à utiliser les méthodes qui conviennent à son propre profil cognitif. De fait, dans le cas d'un visuel, un choix doit être fait entre le dessiner au tableau ou le projeter déjà dessiné. En présentiel un choix exclu l'autre. Ce n'est pas forcément le cas en e-learning ou différentes ressources concernant le même objet d'apprentissage peuvent être mises à disposition.

Toutefois, ce serait une erreur de vouloir créer autant de ressources qu'il y a de profils cognitifs. D'une part cela alourdirait considérablement la conception et la réalisation. D'autre part, un profil cognitif indique les préférences cognitives d'un individu et non pas une incapacité de traitement cognitif face à des ressources qui correspondent plus à un autre profil cognitif que le sien. Enfin, dans une démarche d'apprentissage et en particulier en e-learning où le développement de compétences cognitives permettant le développement de l'autonomie de l'apprenant se révèle souvent comme objectif transversal à la formation, il n'est pas inintéressant de confronter les apprenants à des ressources qui conviennent moins à leurs profils cognitifs.

L'apprentissage survient d'ailleurs fréquemment lors de l'étape que les "constructivistes"(Piaget, Brunner, Vygotski) appellent le conflit cognitif. Or, le fait d'être confronté à des ressources qui ne font pas directement écho à ses préférences cognitives participe à l'émergence du conflit cognitif. L'apprentissage est réalisé lorsque ce conflit cognitif (entre ses représentations préalables et les nouvelles connaissances abordées) est résolu, c'est-à-dire lorsque l'apprenant accomode ou articule les nouvelles connaissances à ses anciennes. L'intégration de ces connaissances n'est effective que lorsque l'apprenant est mis en situation de réutiliser ses connaissances (anciennes et nouvelles, ré-agencées) dans un contexte signifiant soit interne à la formation (étude de cas, résolution de problèmes, etc.), soit en dehors de la formation (situation professionnelle ou autre).

En résumé il n'y a pas de réponse exclusive à votre question. Le mieux pour l'apprenant est de faire écho à ses préférences (et il est nécessaire de le faire au moins de temps en temps), ET le mieux pour l'apprenant c'est de vivre des conflits cognitifs (ceci étant nécessaire pour apprendre) ET le mieux pour l'apprenant est d'élargir son profil cognitif (devenir un meilleur apprenant en acquérant d'autres stratégies cognitives que celles qu'il préfère). Le mieux pour un formateur est de bien faire ce qu'il sait faire et donc de s'appuyer sur ses préférences cognitives, ET le mieux pour un formateur est aussi de diversifier la nature de ses interventions et de ses ressources pédagogiques afin de tenir compte des différentes préférences cognitives des apprenants (dans un groupe, il y a presque toujours une hétérogénité de profils cognitifs), ET le mieux pour un formateur est d'élargir son profil cognitif (devenir un meilleur formateur en acquérant d'autres stratégies cognitives que celles qu'il préfère).

Ma préconisation serait donc, en situation présentiel, que vous alterniez les deux méthodes d'exposition de visuels. En e-learning, la même solution peut être utilisée mais il est également possible de créer des animations qui permettent, au choix de l'apprenant, de voir se composer le visuel étape par étape ou de l'appréhender dans sa globalité. Dans ce dernier cas, et si il y a généralisation de cette approche, cela peut avoir un impact non négligeable sur la phase de réalisation des ressources (c'est moins long et moins coûteux de faire réaliser un visuel statique qu'animé).

Encore désolé pour la longueur de cette réponse. N'hésitez pas à me faire savoir si elle vous provoque d'autres questions en retour.

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