jeudi 18 octobre 2007

Quelle place pour le tuteur à distance dans le triangle d'Houssaye ? Par Jacques Rodet

Au gré de ma veille sur le tutorat, j'ai constaté à plusieurs reprises que certains prestataires de formation proposent à leur clientèle une formation tutorée. A y regarder de plus près, je me suis rendu compte qu'il s'agit pour eux d'indiquer qu'il ne s'agit pas d'une autoformation mais que le tuteur est là pour jouer le rôle de l'enseignant, entendez de transmetteur de contenu.

Ma vision du tutorat est assez différente et une nouvelle fois, le bon vieux triangle d'Houssaye peut aider chacun à y voir un peu plus clair. C'est pourquoi, je reproduis ci-dessous un extrait de B. Albero et F. Thibault qui décrit précisément les processus en jeu dans cette figure.

Selon moi, le tuteur exerce la plupart de ses interventions dans le processus "former". Pour cela, il lui faut être à l'écoute ou provoquer un discours de l'apprenant sur son processus "apprendre". Le tuteur investit également le processus "enseigner" lors des remédiations qu'il opère sur le savoir à l'intention de l'apprenant.

«
La modélisation ternaire proposée par Jean Houssaye synthétise nombre des différenciations argumentées dans la linéature du champ. En mettant en scène les trois figures du « professeur », de « l'élève », du « savoir », ce modèle donne à voir comment leur organisation binaire, par exclusion du tiers, structure la relation pédagogique en privilégiant l'un des trois processus « enseigner », « former », « apprendre ». Le lien « professeur-savoir » privilégie le processus « enseigner » ; le lien « professeur-élève » priviliégie le processus « former » ; le lien « élève-savoir » privilégie le processus « apprendre ». Ce chercheur a mis en évidence, dans le cadre de ce modèle, la conduite du tiers exclu qui joue « le fou ou le mort », en produisant du dysfonctionnement de l'interaction binaire ou en acceptant sa négation comme sujet, ou tout au moins comme agent, dans le système d'interactions.

Cette modélisation met en évidence la nette différence qui existe entre les actions d'enseigner, le pédagogue privilégie sa propre relation au savoir et non celle de l'apprenant. Or, si l'objectif est d'aider l'étudiant à apprendre, tout le travail du professionnel est de privilégier la relation de celui-ci au savoir ciblé de manière à l'aider dans ses acquisitions. S'il vise à agir dans le sens de la formation, le savoir est mis au second plan, non qu'il ait perdu son importance, comme un certain nombre de faux-débats ont pu le laisser entrendre durant ces dernières décennies, mais parce que la focalisation du pédagogue, à un moment de son intervention, peut se porter sur un savoir-faire ou un savoir-être nécessaire au développement par l'étudiant d'une compétence précise. »

Pour aller plus loin sur le triangle d'Houssaye : tecfa et educnet

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